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: SCANDALES FRANÇAIS
Chapitre : X°) Les effets des téléphones portables GSM 
  et des antennes relais GSM sur la santé
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10-74°) Chapitre  4 du rapport de la DGS :

 
IV- L'état des connaissances scientifiques : analyse des rapports et des documents récents concernant les téléphones mobiles et la santé

Les rapports de base

ANALYSE DU RAPPORT ARCS (Austrian Research Center Seibersdorf)

Le Centre de Recherche Seibersdorf est, en Autriche, le plus important établissement de recherche hors l'Université. Il a déjà produit, pour le gouvernement ou par contrat avec des entreprises industrielles, plusieurs rapports sur les effets biologiques des champs électromagnétiques (rapports NIR I à V entre 1985 et 2000). Le présent rapport constitue la synthèse ('executive summary') du rapport NIR V portant sur les CEM-RF. Publié en mai 2000, il traite successivement de l'origine et de la nature des CEM, des résultats des travaux expérimentaux et épidémiologiques, avec un accent particulier sur ceux relatifs au cancer, des interférences électromagnétiques avec les implants médicaux, puis des réglementations nationales et internationales.

Etudes concernant le système nerveux et les comportements
Etudes chez l'animal

Conclusions résumées : on a retrouvé des effets dégénératifs sur l'œil  et des changements de l'EEG après exposition à des champs modulés, mais ces résultats sont inconstants et ces études doivent être répliquées.

L'EEG : Trois publications sont discutées, concernant le rat, le chat ou la grenouille. Cette dernière utilise des expositions très élevées, et hors sujet (DAS de crête voisin de 100 à 3000 W/kg). L'EEG apparaît modifié pour des champs pulsés de fréquence 950 MHz, avec une densité de puissance de 15 W/m2, mais pas pour 3 W/m2.

L'œil : Les résultats de quatre études concernant les effets fonctionnels ou histopathologiques d'une exposition unique ou répétée de singes sont décrits. Les densités de puissance sont très élevées, de l'ordre de 300 à 430 W/m2, pour des fréquences de 1250 et 2450 MHz, avec des DAS de 4 à 20 W/kg. Trois auteurs trouvent des anomalies cornéennes ou rétiniennes après expositions répétées, ou des altérations fonctionnelles, tandis que le quatrième retrouve ces résultats après exposition unique pour un DAS de 8 ou 20 W/kg, mais non de 4 W/kg.

Etudes chez l'homme

Conclusions résumées : des modifications de l'EEG ont été retrouvées par certains auteurs, mais pas par tous. Des réductions de temps de réaction ont été rapportées. Un raccourcissement du temps d'endormissement et de la durée du sommeil paradoxal a aussi été décrit, mais non confirmé au cours  de deux études de réplication par les mêmes auteurs. Ces résultats sont inconstants et demandent à être répliqués. Au total, ces effets modestes ne semblent pas altérer le bien-être.

L'EEG présente diverses modifications dans huit études, alors que cinq auteurs ne retrouvent pas d'altérations électro-encéphalographiques, selon des conditions expérimentales diverses (téléphones mobiles analogiques ou digitaux ; EEG de repos ou de veille, avec ou sans stimulation visuelle ou acoustique ; exposition continue ou intermittente ; densité de puissance variant de 0,2 à 50 W/m2…).

Le sommeil pourrait manifester, dans une étude, des effets pour un DAS  local (tête) de 1 W/kg, avec un raccourcissement des éveils nocturnes, conscients ou non, accompagnant une modification de l'intensité de l'EEG lors des phases de rêve.

Les performances cognitives et les temps de réaction montrent des modifications variées dans deux études, avec des modestes raccourcissements des temps d'exécution de tâches appelant la vigilance, mais ces résultats pourraient être expliqués par un effet thermique de faible amplitude. Dans deux autres expériences, les tests ne montrent pas de différence selon l'exposition.

Commentaires du groupe d'experts sur les effets concernant le système nerveux et le comportement : Les principales leçons tirées du rapport sont que les protocoles expérimentaux suivis sont très variés et difficilement comparables, tant chez l'homme que chez l'animal. Si des modifications physiologiques et du comportement semblent présentes de manière répétée, ces observations ne sont pas encore concluantes, par manque de réplication dans les mêmes conditions expérimentales. Le caractère 'menaçant' de ces modifications est de toute façon loin d'être établi. Les effets sur l'oeil méritent des travaux complémentaires, pour des niveaux de champs plus conformes à ceux mesurés lors de l'usage de téléphones mobiles. Malgré les limites de ce rapport, ces conclusions sont fondées sur l'examen d'un vaste ensemble d'études.
 

2. Études concernant le cancer

a- Études expérimentales

Conclusions résumées : globalement, les travaux n'apportent pas d'élément convaincant en faveur d'un risque de cancer. La pertinence des études publiées, du point de vue  du risque de cancer pour l'homme, n'est pas établie. Les CEM-RF n'ont pas d'effet génotoxique in vitro et in vivo, du moins dans des conditions n'entraînant pas d'effet thermique. Des effets indirects modestes sur la réplication et/ou la transcription de gènes seraient cependant observés dans certaines conditions particulières d'exposition, sans que les conséquences pour la santé puissent en être tirées en l'état actuel des connaissances.

Un effet génotoxique a été étudié in vitro et in vivo. Bien que la majorité des études soient négatives, une augmentation des cassures d'ADN dans des cellules du cerveau de rat a été décrite, après exposition à un CEM-RF de 2 450 MHz émis par impulsions intenses et brèves, mais ce résultat n'a pu être reproduit par d'autres auteurs. Des cassures d'ADN ont aussi été observées dans une lignée cellulaire radiosensible, pour des champs modulés voisins de 813 MHz mais non à 836 MHz et un DAS entre 2,4 et 26 W/Kg, suggérant que des processus de réparation de l'ADN, qui n'ont pas été étudiés jusqu'à présent, pourraient jouer un rôle. Des aberrations chromosomiques ont été rapportées dans des lymphocytes humains soumis au champ d'une antenne d'une station de base GSM, mais le même auteur n'a pu répliquer ce résultat. En revanche, le test des micronoyaux semble sensible, chez la plante (exposition à un champ de fréquence 10 à 21 MHz) et le lymphocyte humain (9 GHz) ; ces gammes de champs sont éloignées de celles utilisées en téléphonie mobile, et ces résultats doivent être reproduits pour des expositions plus réalistes.

L'activité de l'enzyme intracellulaire ODC (ornithine décarboxylase) a été augmentée dans plusieurs expérimentations avec un champ à modulation d'amplitude mais pas à modulation de fréquence ou non modulé. En raison du rôle possible de l'ODC dans les processus de promotion et de progression, cela pourrait pointer sur des mécanismes épigénétiques de cancérogénèse, mais ces travaux demandent encore à être répliqués.

Les travaux sur l'expression des proto-oncogènes (gènes impliqués dans les processus de régulation de la prolifération et de la différenciation cellulaire) n'ont pas produit de résultats univoques, malgré quelques expérimentations 'positives' (cellules de neuroblastomes, 915 MHz). Les résultats concernant la prolifération cellulaire sont contrastés : sur 7 publications commentées, 2 rapportent une prolifération cellulaire augmentée, pour des DAS allant de 5 à 81 W/Kg, 3 autres ont montré une inhibition de la croissance cellulaire (7 700 MHz ou 960 MHz GMS, ou 835 MHz non modulés). Des études antérieures ayant mis en évidence un possible effet sur le flux transmembranaire de calcium n'ont pas été confirmées par des travaux récents.

Des essais d'initiation et de promotion tumorale ont été réalisés et sont décrits au travers de 9 études. Parmi celles-ci, l'étude de Repacholi et al (1997) a montré une augmentation  du nombre de lymphomes dans une lignée de souris génétiquement sensibles, après exposition pendant 18 mois à un CEM-RF de 900 MHz modulé à 217 Hz. Les résultats de ce travail sont discutés, pour relever les problèmes d'interprétation liés aux conditions hétérogènes d'exposition des souris ; des réplications sont en cours, avec un plan expérimental mieux contrôlé. Les autres études présentées sont négatives, y compris celles s'intéressant à l'effet conjoint des champs avec des cancérogènes initiateurs (diéthylnitrosamine) ou promoteurs (l'hydrocarbure aromatique polycyclique benzo-a-pyrène).
 

b-  Etudes épidémiologiques

Conclusions résumées : La plupart des études, aux protocoles variés, ont caractérisé improprement l'exposition aux CEM-RF ; certaines ont une taille insuffisante ou manquent d'informations sur des facteurs de confusion potentiels. Les travaux actuels ne sont pas concordants du point de vue du type de cancer susceptible d'être associé aux champs. Du fait de ces limites, il n'est pas possible, à l'heure actuelle, de conclure sur la réalité d'un risque de cancer pour la population générale, lié aux CEM-RF.

Le rapport passe d'abord en revue, pour ce chapitre particulièrement sensible, les critères retenus pour apprécier la qualité des travaux épidémiologiques. Ces critères sont ceux habituellement considérés par la communauté des épidémiologistes. Huit études sont présentées, dont 4 concernent des expositions professionnelles aux CEM-RF. Parmi ces dernières, l'une concerne des personnels de l'armée polonaise exposés à des gammes de fréquences de champs très larges (150 à 3500 MHz)1 – étude dont les résultats sont mis en opposition avec d'autres travaux conduits en milieu militaire, notamment parmi les personnels de la marine américaine -,  une autre s'intéresse à des policiers canadiens exposés à des champs radar, tandis que la troisième a porté sur des opératrices radio et télégraphe norvégiennes de la marine marchande (champs de fréquences 405 à 25 000 MHz). Les résultats de ces trois études, pour lesquelles les expositions sont très variées, caractérisées par les profils de poste plus que par des (rares) mesures personnelles, ne sont guère extrapolables à la situation de la téléphonie mobile ; on notera cependant que les cancers qui sont reliés aux CEM sont de types divers (leucémies, lymphomes, mélanomes malins, prostate et testicules, sein et utérus).

Trois études ont été initiées par la survenue de cas agrégés (coïncidence de cas dans l'espace ou le temps, 'cluster' en anglais). Il est bien reconnu que si l'occurrence groupée dans le temps et l'espace de cas de maladie peut permettre de suggérer l'existence d'une cause commune, et donc conduire à la réalisation d'études épidémiologiques de confirmation, elle ne peut en aucun cas autoriser une conclusion définitive. L'un des agrégats s'est produit en Grande Bretagne, au voisinage d'une station émettrice de radio et de télévision, avec un apparent excès de leucémies de l'adulte. Une tendance à l'accroissement de l'incidence de lymphomes, de mélanomes cutanés et de cancers de la vessie a été suggérée parmi la population résidant à moins de 10 km de la station, mais pas pour l'ensemble des cancers ni pour les leucémies de l'enfant. Une analyse des cancers autour de 20 stations de Grande Bretagne a été réalisée par la même équipe, à la suite de ce travail ; les résultats ne montrent pas d'excès de cancer de la vessie, de leucémies de l'adulte ou de mélanomes, ne confirmant pas les résultats de l'étude initiale. Un travail similaire a été mené autour de 3 émetteurs de Galles du Sud, en Australie. Parmi 6 municipalités distantes à moins de 12 km, un excès de leucémies de l'enfant a été trouvé pour les zones à moins de 4 km, mais pas de cancers du cerveau chez l'adulte ou l'enfant. Etendue à d'autres municipalités proches, ces résultats ne sont pas retrouvés, sauf pour une municipalité où les leucémies de l'enfant sont plus fréquentes.

Une étude cas-témoins conduite en Suède suggère un lien non significatif entre la présence d'un tumeur du cerveau (cancéreuses ou bénignes) et l'usage d'un téléphone mobile analogique du même coté du crâne ; les données étaient insuffisantes pour les téléphones digitaux GSM, de technologie plus récente. En revanche, aucune association n'est trouvée avec l'usage d'un mobile, si l'analyse ne prend en compte le côté du cancer. Ces résultats reposent sur un petit nombre de cas et nécessitent donc confirmation, selon le rapport et les auteurs de l'étude (voir en annexe les différentes lectures faites de ce travail [Hardell et al 1999], dans divers articles et rapports de synthèse).

Une étude a comparé les causes de décès parmi les utilisateurs de téléphones mobiles et de téléphones 'mains libres' de voiture (dont l'antenne est éloignée du crâne). Aucune différence de taux de décès n'a été montrée, au bout d'un an d'utilisation –ce qui est un temps très court- alors que la mortalité parmi les utilisateurs était moindre que dans la population générale, sans doute en raison de différences socio-démographiques.

Commentaires du groupe d'experts sur les effets concernant le cancer : L'ancienneté de l'utilisation des téléphones mobiles n'est pas grande, ce qui limite considérablement la portée des études épidémiologiques, les latences habituellement décrites pour les cancers excédant 10 ans (elle peut être plus courte pour les leucémies, et pour les cancers de la thyroïde, ces derniers n'étant pas concernés ici, ou si les processus cancérogènes en cause procèdent de la promotion ou de la progression, hypothèse reprise par le projet international du CIRC). Lorsque les risques sont faibles (Risques Relatifs inférieurs à 2, en pratique), la qualité de la caractérisation de l'exposition est d'une importance capitale pour pouvoir discriminer convenablement les différents groupes. Les études présentées sont à cet égard assez sommaires, comme cela est dit dans ce rapport. La liste n'est cependant pas exhaustive ; celles qui n'ont pas été prises en compte ne portent pas, pourtant, un message différent.
La considération à la fois des données scientifiques expérimentales, in vitro et in vivo, et des travaux épidémiologiques, n'apporte pas d'évidence concluante d'un risque vis à vis du cancer, comme le rapporte le document de l'ARCS. La poursuite des recherches est cependant pleinement justifiée car si le risque de cancer par des mécanismes génétiques ne semble pas appuyée par les données présentées sur la génotoxicité des CEM-RF, des mécanismes épigénétiques ne peuvent être exclus en l'état actuel du dossier.
 

3. Etudes concernant le système cardio-vasculaire

Conclusions résumées : Le sens que l'on peut donner aux rares données disponibles est très incertain.

Une étude n'a pas retrouvé de modification des 12 paramètres mesurés du rythme cardiaque et du profil électrocardiographique après exposition à un champ GSM900. Pour la même exposition, une autre étude retrouve un accroissement de la pression sanguine diastolique et systolique de repos, avec un rythme cardiaque diminué, mais le rapport souligne que cette étude n'a pas alloué aléatoirement les périodes d'exposition réelle et placebo, ce qui en limite l'interprétation.

Commentaires du groupe d'experts concernant le système cardiovasculaire : les études sont en nombre limité ; ces donnée ne permettent pas de conclure.
 

4. Etudes concernant la reproduction et le développement

Seules deux études chez des rongeurs sont décrites, suggérant une réduction du poids de naissance de la descendance, mais ces résultats sont jugés limités par la qualité des protocoles d'exposition. Les auteurs ne rapportent pas d'effet tératogène .

Commentaires du groupe d'expert concernant la reproduction et le développement : les études sont en nombre limité ; ces données ne permettent pas de conclure. Ce registre biologique, particulièrement sensible, nécessite des études expérimentales.
 

5. Etudes concernant le système immunitaire

Les investigations concernant le système immunitaire sont assez rares. Trois études sont discutées dans le rapport, dont deux concernent des rongeurs. La première trouve, de manière inexpliquée,  des modifications de paramètres immunitaires chez la souris mâle mais non femelle pour un champ de 2 450 MHz à modulation de fréquence ou sans modulation, tandis que la seconde (GSM900) ne retrouve aucun effet sur différents lymphocytes de rats. La dernière étude concerne une exposition professionnelle (personnel utilisant des appareils de diathermie), sans effet observable.

Commentaires du groupe d'expert concernant l'immunité : les études sont en nombre limité mais ne sont pas en faveur d'un effet des CEM-RF sur l'immunité.
 

6. Etudes concernant les interférences avec les implants biomédicaux

Conclusions résumées : Une attention plus forte devrait être portée aux interférences électromagnétiques entre les CEM-RF et les dispositifs électroniques biomédicaux implantés. Malgré diverses prescriptions techniques, l'accroissement régulier du nombre de sources entraîne la multiplication des scénarios d'interférence. De nouveaux tests de compatibilité électromagnétique doivent être mis au point.

Stimulateurs et défibrillateurs cardiaques. Les technologies utilisées les plus récentes présentent un potentiel élevé de perturbations du fait des impulsions de basse fréquence qui leur sont associées, dont le spectre est proche de celui des signaux électriques cardiaques. Des études in vitro (implants actifs non portés par des personnes malades) ont montré que les téléphones digitaux, plus que les analogiques,  peuvent influencer un grand nombre des divers types de pacemakers testés, à courte distance. Les défibrillateurs cardiaques, installés chez des personnes souffrant de tachycardies et de fibrillations posent les mêmes problèmes. Au delà de 20 cm en revanche, aucun appareil n'a été perturbé. Des résultats semblables ont été observés avec des volontaires porteurs de pacemakers, pour des distances inférieures à 15 cm entre l'antenne et l'implant.

En conséquence, il est recommandé aux personnes portant un pacemaker de le porter à plus de 15 cm de leur mobile, et de mettre celui-ci, lors d'un appel, sur l'oreille opposée au côté du pacemaker. Moyennant ces mesures, l'usage des téléphones mobiles devrait être sans risque. Des précautions doivent aussi être prises lors du passage à travers les dispositifs électroniques de sécurité installés à la sortie de certains magasins. Les personnes concernées ne devraient pas séjourner entre les bornes, mais passer rapidement à travers ces dispositifs, en évitant de raser leurs antennes.

Neurostimulateurs. Ces implants sont utilisés pour soulager les personnes atteintes des tremblements de la maladie de Parkinson. Des tests sur différents mobiles à 900 MHz n'ont pas montré de perturbations des impulsions, semble-t-il parce que ces implants ne sont pas conçus pour réagir à des signaux physiologiques, contrairement aux pacemakers.

Prothèses auditives. L'interférence électromagnétique conduit à des bruits désagréables.

Commentaires du groupe d'expert concernant les interférences électromagnétiques avec les implants médicaux : le rapport met en lumière la nécessité de développer fortement la recherche sur la compatibilité électromagnétique, en raison de l'accroissement prévisible des sources de champs et du nombre d'implants dans la population générale. La sécurité des implants doit être améliorée, et l'information des personnes concernées assurée afin qu'elles puissent prendre des dispositions visant à limiter leurs expositions.
 

7. Autres effets

Conclusions résumées : Ces différents travaux appellent de nouvelles investigations, notamment auprès de personnes a priori plus sensibles (personnes âgées ou sujets déclarant des symptômes de mal être). La signification sanitaire des effets endocriniens mesurés n'est pas claire.

Lors d'expérimentations avec des volontaires, des faibles variations transitoires des concentrations sanguines de diverses hormones (cortisol ou thyrotropine) ont été retrouvées dans deux études, l'une avec un plan d'exposition de 2 h/j sur 5 jours, l'autre au cours d'une nuit (GSM900).

Divers troubles subjectifs ont été ressentis par des utilisateurs de téléphones mobiles (maux de tête, sensation locale de chaleur, fatigue…). Une étude a été conduite en Suède et en Norvège auprès d'utilisateurs d'appareils GSM et d'appareils analogiques. Cette étude épidémiologique transversale montre une fréquence plus élevée de troubles ressentis pour ces derniers, qui pourrait être reliée aux champs plus élevés émis, et à un effet thermique dû au courant plus important des batteries.

Une autre enquête transversale a été réalisée par interview auprès de populations résidant au voisinage d'un émetteur d'ondes courtes en Suisse. Les plaintes sont plus fréquentes proches de l'émetteur (nervosité, insomnie, fatigue…) ; les auteurs reconnaissent qu'il est difficile de conclure que ces manifestations sont dues aux CEM plutôt qu'aux craintes du public.

Commentaires du groupe d'expert concernant ces autres effets : Les CEM-RF pourraient avoir des effets sur certaines fonctions hormonales sans qu'on puisse, en l'état, dire s'il s'agit d'effets physiologiques d'adaptation ou de signes indicateurs de risques pour la santé. Des travaux devraient être conduits prioritairement sur des personnes a priori plus sensibles, par exemple des personnes prenant des médicaments psychotropes, ayant des antécédents d'épilepsie ou de migraines.

Conclusion générale du groupe d'expert sur le rapport ARCS : bien que très récent, ce rapport présente une synthèse moins détaillée que les documents canadien et britannique. Le rapport complet dont ce document constitue le résumé, n'a pas été consulté. La bibliographie citée ne paraît pas exhaustive, et les critères retenus pour sélectionner les travaux et les critiquer ne sont pas toujours explicites. Les conclusions des auteurs sont cependant en concordance avec les documents précités. Ce rapport est par ailleurs intéressant, en référence aux autres documents de synthèse passés en revue, par l'attention portée aux risques liés aux interférences électromagnétiques, et par les recommandations faites aux porteurs d'implants et de prothèses électroniques.
 

ANALYSE DU RAPPORT STEWART

Le rapport Stewart a été rédigé à la demande du gouvernement britannique pour évaluer les effets éventuels sur la santé des téléphones mobiles, des stations de base et antennes relais. Le comité d'experts était constitué de 12 personnes d'horizons divers et de 3 observateurs externes ; il comprenait des spécialistes en cancérologie, en physique, statistique et neurophysiologie, un membre de l'OMS, 2 membres du groupe consultatif du NRPB (National Radiological Protection Board), 2 membres de culture non scientifique (politique et communication sociale). Les observateurs faisaient partie du NRPB, du Ministère de la Santé et du Ministère du Commerce et de l'Industrie. Le comité d'experts a décidé d'organiser un vaste programme de consultations, au Royaume-Uni et à l'étranger ; de scientifiques, de membres du public, de groupes tels que "Friends of the Earth", Powerwatch, the Northern Ireland Families Against Telecommunications Transmitter Towers, de compagnies liées à la téléphonie mobile, des opérateurs, et de la Fédération des Industries Electroniques. Il s'est également appuyé sur les articles de presse, et sur les réunions publiques régionales (5), considérant extrêmement important d'être pleinement conscients des réactions et sensibilités d'une large part de la population. Des avis ont été diffusés dans des journaux nationaux et des journaux scientifiques pour inviter des individus ou des organisations à présenter leur point de vue argumenté. De nombreux avis ou informations ont été reçus par écrit. Un certain nombre d'individus et d'organisations (28) ont été invités à présenter leur point de vue dans des réunions restreintes du comité. L'établissement d'un risque sanitaire de l'exposition aux champs RF dépend d'études scientifiques bien conduites et reproductibles. C'est d'autant plus important que les effets aux niveaux produits par les télécommunications mobiles sont vraisemblablement faibles. De telles études sont principalement publiées dans les revues "à comité de lecture" ; cependant le comité d'experts a considéré toutes les sources d'information dont il a pu avoir connaissance.

Le rapport comprend cinq parties et trois annexes :
Partie 1 : Résumé et recommandations
Partie 2 : Introduction sur le développement des télécommunications mobiles
Partie 3 : Perceptions publiques et inquiétudes
Partie 4 : Bases physiques de la téléphonie mobile
Partie 5 : "Evidence" scientifique : Mécanismes d'interaction avec les tissus biologiques, Etudes expérimentales in vitro et chez l'animal, Etudes chez l'homme en laboratoire et épidémiologiques, Conduite automobile
Annexes : Financement actuel de la recherche, Approche de Précaution, Procédures actuelles de déploiement du réseau, Références bibliographiques, Glossaire, Constitution du Groupe d'Experts, Contributions écrites (174), Réunions publiques (5) et restreintes.

1- Etudes in vitro et chez l'animal

Etudes concernant le système nerveux et le comportement

L'indicateur le plus sensible qui aie pu être défini comme nocif pour la santé lors ou au décours d'une exposition aux champs électromagnétiques est le comportement, qui peut être altéré bien avant que n'apparaissent des lésions anatomiques pour des fortes expositions. Des tests comportementaux permettent de plus d'évaluer des fonctions cérébrales comme la mémoire ou d'autres fonctions cognitives. Une grande partie des travaux, en particulier par le passé, a été réalisée avec des champs de forte intensité, ou avec des émissions par impulsions de faible puissance moyenne, mais avec une puissance crête élevée, qui correspondent aux caractéristiques des radars.

Commentaires du groupe d'experts : les émissions en téléphonie mobile peuvent être ou non sous forme d'impulsions, mais la puissance moyenne  n'est pas très inférieure à la puissance crête ; typiquement, dans le système européen GSM (Global System for Mobile communications), elle est 8 fois inférieure ; dans les radars, ce rapport est habituellement de 1000.

Des modifications des flux de calcium ont été observées, corroborées en amont ou en aval par différents phénomènes :
une diminution du taux de formation des canaux membranaires spécifiques de l'ion calcium,
une diminution de fréquence de l'ouverture de ces canaux,
une augmentation des bouffées de potentiels d'action spontanés.

Le calcium est associé dans le cerveau à l'activité de certains récepteurs spécifiques d'une molécule de communication entre les neurones : le GABA, et plus précisément, dans le cortex et l'hippocampe, à des phénomènes de potentialisation à long terme, qui sont à la base du processus de mémorisation. Parmi les mécanismes explorés, il a été montré in vitro une transition de phase des lipides membranaires facilitée par des CEM-RF de faible intensité, mais ce phénomène se produisant à des températures comprises entre 17,7 et 25°C ne semble pas pouvoir être considéré chez l'homme à température physiologique. De nombreux autres travaux n'ont pas retrouvé de modification du potentiel transmembranaire, des potentiels d'action, ou des courants calciques ou potassiques (36 articles et 2 revues).

Plusieurs études ont montré un effet sur les neurotransmetteurs ou leur métabolisme ; les travaux de Lai sont cités à ce propos, et le rapport Stewart suggère que la modification du métabolisme de l'acétylcholine puisse être liée à une sensibilité thermique de l'hypothalamus (7 articles).

Une étude a montré une modification de l'activité enzymatique de l'acétylcholinestérase, suggérant également un effet spécifique d'une modulation par impulsions à la fréquence de 16 Hz, mais aussi un effet « fenêtre » quant à l'amplitude du signal appliqué, qui n'a pas été étayé pour l'instant, ni indépendamment répliqué (10 articles).

Plusieurs études ont montré des modifications de l'EEG, mal caractérisées, de même que sont mal définis les paramètres qui déterminent leurs conditions d'apparition (7 articles). L'apprentissage et la mémoire de rongeurs peuvent être affectés à des niveaux de DAS corps entier de 2,5 à 8 W/kg, à l'origine d'un échauffement de 1°C; ces modifications sont corrélées à une augmentation d'un proto-oncogène impliqué dans la plasticité neuronale : le c-fos. La sensibilité de tels effets dépend de la fréquence et de facteurs environnementaux comme la température extérieure et l'humidité. Le seuil d'exposition entraînant un effet peut alors être abaissé, dans des conditions défavorables, à 1 W/kg. L'étude de Lai se distingue des autres avec une sensibilité à 0,6 W/kg. Wood a même montré sur un modèle in vitro de coupes épaisses d'hippocampe, une modification de la potentiation à long terme de 0,001 W/kg ! La méthodologie statistique de Lai paraît contestée (5.88) (9 articles, 1 revue).

Des effets décrits sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique n'ont pas été confirmés indépendamment (7 articles, 1 revue).

Les phénomènes de thermorégulation sont mis en jeu lorsque le DAS est équivalent ou supérieur au taux de production d'énergie métabolique, de l'ordre de 1 W/kg, mais moins efficacement avec des rayonnements de fréquences inférieures à 10 GHz, car à charge thermique identique, les récepteurs cutanés, particulièrement impliqués dans la réponse thermique, sont alors stimulés moins efficacement (2 articles, 1 revue). L'activité motrice est ralentie pour atténuer la production de chaleur endogène, à partir de 1 W/kg à 2,45 GHz, à partir de 3 W/kg à 915 MHz. Il a également été rapporté une inhibition temporaire de l'activité motrice après 6 semaines d'exposition à 0,4 W/kg, qui se normalisait par la suite (1 revue, toujours la même : UNEP/WHO/IRPA, 1993).

La perception auditive des impulsions micro-ondes est maintenant un phénomène bien caractérisé, qui peut se produire avec des impulsions d'une durée inférieure à 35 µs lorsque l'énergie contenue dans l'impulsion est supérieure à 1 mJ/kg, soit un DAS-crête de l'ordre de 30 W/kg pendant l'impulsion. Ce phénomène peut générer un stress chez les animaux qui le perçoivent, qu'il est nécessaire de prendre en compte dans l'interprétation des effets observés. Il ne peut cependant pas se produire avec les paramètres de la téléphonie mobile (6 articles, 2 revues).

Œil

Des effets sur l'œil, non confirmés, n'ont pu être observés qu'à des puissances crêtes très élevées (9 articles, 1 revue).

Mélatonine

Une inhibition de la sécrétion de mélatonine a été fréquemment démontrée à basses fréquences, mais n'a pas été retrouvée aux fréquences radio, ni de 3 à 30 MHz, ni à 900 MHz chez le rat, ni à 900 MHz ou 1800 MHz chez l'homme (5 articles, 2 revues).

Commentaires du groupe d'experts sur les effets neurologiques et comportementaux : La conclusion du rapport Stewart semble sous-estimer les travaux de Lai, attribués pour les neuro-transmetteurs à un effet thermique, ce qui ne nous paraît pas être le cas. S'il est vrai que les effets rapportés sur la mémoire n'ont pas été confirmés, ils constituent pourtant un ensemble cohérent de travaux et n'ont pas non plus été démentis. Mais ces effets ne sont cependant pas extrapolables à la situation de la téléphonie mobile principalement en raison de la forme du signal par impulsions brèves et puissance crête élevée, et de la possible influence de la perception auditive dans les effets obtenus.

Cancer et Génotoxicité

Les différentes phases de la cancérisation sont rappelées : initiation, promotion, progression. Le rôle de l'enzyme ornithine décarboxylase (ODC) dans la cancérogenèse est décrit : cette enzyme a un rôle clé dans le métabolisme des polyamines, qui stimulent à leur tour la synthèse de l'ADN, ainsi que la croissance et la différenciation cellulaire. Sa concentration et son activité sont augmentées dans les processus de cancérisation, après activation des gènes qui synthétisent cette enzyme. Quelques auteurs ont décrit une augmentation de l'activité de l'ODC au décours de l'exposition aux champs électromagnétiques : un doublement de l'activité sous exposition à des champs RF de faible intensité modulés en amplitude à basse fréquence, inférieure à 60 Hz. Aucune augmentation de synthèse d'ADN n'a accompagné cette augmentation d'activité. De plus, l'augmentation d'activité produite par des agents promoteurs identifiés est de l'ordre de 500. Cet effet peut donc en comparaison être qualifié de mineur.

Commentaires du groupe d'experts : Les auteurs concluent à une augmentation de concentration de l'ODC, laquelle nous paraît devoir encore être confirmée. De même, après avoir indiqué dans le paragraphe précédent que des modifications de l'ordre de la promotion avaient pu être observées malgré une augmentation qualifiée de « relativement faible » (non quantifiée) d'activité de l'ODC, les auteurs estiment comme très improbable l'effet promoteur d'une augmentation de l'ODC. Bien que cet avis nous paraisse raisonnable, il est difficile d'avancer cette conclusion sans l'étayer par des arguments plus développés. Ils avancent également comme très improbable une synergie avec d'autres facteurs environnementaux  sans présenter les fondements de cette hypothèse (9 articles, 1 revue).

En ce qui concerne l'expression des gènes, le tableau 5.8 cite deux études apparemment positives : celle de Goswami et al. (1999) montrant une légère élévation de c-fos mais pas de c-jun ou c-myc à 0,6 W/kg, et celle de Ivaschuk et al. (1997) montrant une augmentation de c-jun mais pas de c-fos « aux plus hautes intensités » (5 mW/kg). Ces résultats sont dits « contradictoires », mais ils portent sur des modèles différents à des intensités différentes : s'il existait un mécanisme spécifique des champs radiofréquences, ne pourraient-ils pas avoir un effet thermique « a minima » à 0,6 W/kg sur le gène c-fos et un effet spécifique à 5 mW/kg sur le gène c-jun ? (10 articles)

Des modifications de 10 à 20% de la croissance cellulaire ont été décrites sur des levures par Grundler (1992) avec des champs à 41-42 GHz, mais ces effets n'ont pas été retrouvés par Gos (1997). A faible puissance, Stagg a observé une augmentation de la synthèse d'ADN dans une « fenêtre » d'intensité à 6 mW/kg, tandis que Kwee et Raskmark ont trouvé une diminution de la prolifération. Les auteurs du rapport Stewart recommandent un complément aux travaux de Stagg (8 articles).

Il n'a pas été observé d'effet mutagène ni de lésion de l'ADN in vitro. Une fragilisation de l'ADN montrée in vivo par Lai d'après le test de comète, avec un signal très différent de celui utilisé en téléphonie mobile, et malgré quelques travaux complémentaires apparemment cohérents, n'a pas été retrouvé par plusieurs équipes. Deux travaux ont montré une augmentation des aberrations chromosomiques in vitro, et un in vivo. Les résultats sur les échanges de chromatides sœurs sont inconsistants, et l'apparition de micronoyaux, clairement négative in vitro, a quelquefois été décrite après exposition in vivo. Des conséquences sur la santé ne sont pas clairement envisageables.

Les études d'incidence tumorale à long terme sont peu nombreuses et négatives (Chou et al., 1992), même sur des modèles présentant une forte incidence spontanée à cette affection comme les souris C3H/HeJ. Un effet copromoteur (« épigénétique ») a été montré par plusieurs équipes, et doit être plus complètement étudié, bien que de nombreuses autres équipes ne l'aient pas retrouvé. Enfin, les études sur la prolifération de tumeurs greffées sont négatives. Sur les 38 articles référencés, seuls 4 montrent une incidence augmentée de tumeurs, parmi lesquels 3 portent sur des niveaux de DAS élevés (amalgame sur les niveaux de puissance), tandis que le 4ème, celui de Repacholi (1997) nécessite une réplication qui est en cours dans 2 laboratoires différents (4 revues).

Hématologie, immunologie et longévité

A faible puissance, des effets de faible amplitude et transitoires ont été décrits sur le système hématologique et immunologique. Plusieurs études de longévité ne montrent pas d'effet, tandis qu'une autre montre une diminution de la durée de vie sous exposition 1 heure par jour durant la vie entière à 7 W/kg (10 articles, 1 revue).

Reproduction et développement

Aucun effet n'a été observé sur la reproduction ; tout au plus, une légère augmentation d'activité a été décrite sur la deuxième génération avec des niveaux de DAS non négligeables. Une décroissance de la fertilité de rats mâles a été obtenue après exposition très prolongée à 2 W/kg, et une expérience sans contrôle adapté a indiqué une diminution de la fertilité de souris femelles positionnées près d'antennes de télé et radiodiffusion.  Bien que cette expérience soit de mauvaise qualité, les implications qu'elle suggère sur la santé nécessitent des études complémentaires (17 articles, 3 revues).

Système cardio-vasculaire

Il n'a pas été rapporté d'effets des RF de faible puissance sur le système cardio-vasculaire (4 articles).

Commentaires du groupe d'experts sur les études animales et cellulaires: Quelques effets de copromotion nécessitent vérification. Les auteurs du rapport Stewart rapportent des lésions sur le tissu oculaire, mais ces lésions ont été produites avec des impulsions de très fortes intensités. Sont aussi rapporté des effets sur le système nerveux de rats. Les effets présentés sont de faible amplitude, et sont difficiles à interpréter en termes de biologie ou de santé; ils ne paraissent pas susceptibles d'altérer le fonctionnement cellulaire et d'entraîner un retentissement sur la santé.
 

2- Etudes chez l'homme en laboratoire

Fonctionnement cérébral (3 articles)

Parmi les interrogations suscitées par l'utilisation des téléphones mobiles, se trouve la possibilité que les champs qu'ils émettent aient des effets néfastes sur des fonctions cognitives telles que la mémoire, l'attention et la concentration. Cependant, à trois exceptions près, les études réalisées jusqu'à présent ont plutôt porté sur des mesures physiologiques de l'activité cérébrale comme l'électroencéphalogramme que sur des indices de performance cognitive à proprement parler.

Preece et al (1999) a appliqué un signal à 915 MHz, de 1 W continu ou 0,125 W par impulsions à 217 Hz, chez 36 volontaires. Il a étudié l'influence de cette émission sur les temps de réaction à des tâches d'attention et la vitesse lors de tâches de mémorisation, en pondérant par le nombre d'erreurs dans ces tâches. Aucun effet n'a été observé sur la mémoire, ni sur les temps de réaction simples. Une accélération du temps de réaction de choix (374 ms au lieu de 388 ms pour choisir un bouton droite ou gauche selon l'information affichée sur un écran, par exemple : « oui » ou « non »), a été montrée sous exposition au champ continu à 1 W, mais pas au champ pulsé à 0,125 W.
Koivisto a recherché un effet chez 48 volontaires sur des tests explorant les mêmes fonctions, avec un signal de 902 MHz modulé à 217 Hz, à une puissance de 0,25 W. Il n'a pas retrouvé d'effet sur le temps de réaction de choix, comme Preece avec 0,125 W, mais il a trouvé un effet significatif sur un temps de réaction dit « de vigilance ». Dans une étude complémentaire en cours de publication sur la mémoire de travail, il trouve également une diminution du temps de réaction à la visualisation d'une lettre-cible présentée dans une séquence de caractères à trois essais antérieurs, tandis que paradoxalement ce temps est augmenté pour la réaction à une lettre-cible présentée un seul ou deux essais auparavant.

Ces résultats nécessitent une approche fondée sur une hypothèse plus élaborée pour préciser les circonstances d'apparition d'un effet sur un nombre réduit de variables psychophysiologiques. De plus, nonobstant la confirmation d'un effet à court terme, ces travaux ne permettent pas d'en déduire les éventuelles conséquences à long terme d'expositions répétées sur la santé.

Electroencéphalogramme (EEG) (10 articles)

La signification fonctionnelle des différentes composantes fréquentielles de l'EEG diurne est loin d'être claire. C'est moins le cas avec l'EEG pendant la nuit, qui correspond à des stades bien définis du sommeil chez un individu en bonne santé. Il est aussi possible de mesurer l'activité électrique du cerveau associée à des événements déclenchants sensoriels, cognitifs ou moteurs : ce sont les potentiels « évoqués ». Des effets variables ont été observés sur l'EEG de veille ou de sommeil, parfois difficilement réplicables même au sein d'une équipe, et sans cohérence ou parfois même contradictoires entre eux.

Krause et al (2000), ont montré une modification de la répartition spectrale de l'EEG entre 4 et 12 Hz lors de l'audition d'un mot évoquant l'un de quatre mots cibles prononcés au début du test. Cette différence était considérée par les auteurs comme possiblement corrélée aux modifications comportementales décrites par Koivisto et al (2000, in press). Malheureusement, Krause et al (2000) n'ont pas rapporté les scores de performance de leur étude, ce qui rend difficile dans ces conditions d'estimer si l'exposition a facilité la tâche de mémorisation, comme on pourrait s'y attendre si les modifications EEG étaient réellement corrélées à cet effet.

Trois autres études de potentiels évoqués ont donné des résultats divers : sur les potentiels visuels, celle d'Urban et al (1998) était négative, tandis que celle de Freude et al (1998) montrait une diminution d'amplitude de la réponse ; celle d'Eulitz et al (1998) sur des potentiels auditifs corticaux associés à une tâche de vigilance indiquait une diminution de la puissance spectrale dans les plus hautes fréquences (18-30 Hz).

Conclusions du groupe d'experts sur les études concernant le fonctionnement cérébral : Les résultats de Preece et Koivisto suggèrent que l'exposition aiguë aux champs des téléphones mobiles à des niveaux inférieurs aux valeurs limites recommandées produit des effets d'amplitude suffisante pour modifier le comportement. Le mécanisme causal reste incompris, mais pourrait faire intervenir un faible échauffement localisé. Il apparaît assez clairement que l'exposition aux téléphones mobiles modifie certaines fonctions cérébrales, sans que l'on puisse en établir la signification biologique, clinique, et a fortiori l'éventuel impact sanitaire. Des études d'exposition à long terme en laboratoire ou parmi un groupe de nouveaux utilisateurs permettraient d'identifier des modifications du fonctionnement cérébral associées à une exposition cumulée. De telles études devraient constituer une priorité des recherches futures.
 

Effets sur le cœur et la pression sanguine (9 articles)

Braune et al (1998) ont montré de légers effets sur le rythme cardiaque, la pression sanguine et la perfusion capillaire, mais l'ordre de passage placebo-exposés était toujours le même pour tous les sujets, et il n'y avait donc pas de vrai groupe contrôle.
Le groupe d'experts en conclue qu'il n'y a pas d'éléments pour suspecter des effets sur le cœur et la circulation, mais conseillent de reproduire l'expérimentation de Braune et al avec un protocole approprié.
 

Téléphones mobiles et conduite automobile (15 articles)

L'usage du téléphone mobile peut perturber la conduite par un effet direct, de l'encombrement d'une main qui n'est alors plus disponible, ou par un effet indirect plus central de dispersion de l'attention sur la communication plutôt que sur la conduite. Plusieurs études en laboratoire ont montré, étonnement, que ces deux aspects intervenaient dans la même proportion, c'est-à-dire que la distraction due à un téléphone mobile est aussi importante avec un téléphone « mains libres » qu'avec un téléphone tenu à la main. Plus importante qu'une simple écoute de la radio ou qu'une tâche automatique comme la répétition de mots entendus, la perturbation est évidente lors d'une conversation banale, augmente avec la charge mentale de la discussion, et est plus importante chez les sujets âgés.
 

3- Études épidémiologiques

Etudes en population générale (6 articles)

L'étude de cohorte réalisée par Rothman et al (1996) n'a pas duré suffisamment longtemps car elle a dû être interrompue prématurément. L'absence de différence de mortalité entre les utilisateurs de téléphones "mains libres" ou "tenus main" après 3 ans d'exposition ne permet pas de tirer des conclusions. En effet, si un risque de cancer existait, il faudrait plus de temps pour qu'il se manifeste.

L'étude cas-témoins de Hardell et al (1999) en Suède n'a pas mis en évidence de risque augmenté de tumeur lié à l'utilisation du téléphone mobile, qu'il soit analogue ou digital. Les critiques de cet article sont par ailleurs développées dans une section de l'annexe.

Hocking (1998) a détecté par annonce 40 personnes qui présentaient des symptômes attribués à l'usage d'un téléphone mobile. Les principaux symptômes étaient des douleurs, un échauffement désagréable, une vision floue, des bourdonnements ou des vertiges. Il n'a été déclaré aucune crise d'épilepsie. L'équipe de Hansson-Mild (Oftedal et al, 2000) a montré une incidence identique de différents symptômes entre les utilisateurs de téléphones analogues et digitaux. Ces symptômes comprenaient des céphalées, un état de fatigue, et la sensation de chaleur sur ou derrière l'oreille ; leur survenue était associée au nombre et à la durée quotidienne des appels. L'enquête par questionnaire peut être à l'origine de biais dans la sélection des réponses.
 

Etudes en milieu professionnel (4 revues)

De nombreuses autres études ont porté sur les maladies et les décès en relation avec une exposition RF professionnelle ou de loisir (radio-amateurs). Les pathologies les plus incriminées sont les cancers lympho- et hématopoïétiques et les cancers du cerveau (18 articles).

- Cancer: Szmigielski (1996) a décrit un risque six fois plus élevé de cancer lympho et hématopoïétique dans le personnel militaire polonais professionnellement exposé aux RF. Cependant, cette étude présente des défauts importants qui limitent sinon annulent ses conclusions : les expositions des cas de cancers n'ont pas été évaluées par les mêmes équipes que celles de la population générale, la méthodologie statistique n'est pas correctement décrite et des données importantes manquent dans ce rapport. En dehors de cette étude, sur 9 autres publications, seule celle de Tynes et al (1992) montre un risque significativement augmenté - de leucémie chez les travailleurs dans l'électricité en Norvège. De même pour les cancers du cerveau, en dehors de l'étude de Szmigielski, 2 études sur 7, toutes deux de type cas-contrôle, retrouvent un risque significativement augmenté : celle de Thomas et al (1987) qui a évalué l'exposition à partir des titres des professions, et celle de Grayson (1996) pour laquelle le risque est faible même pour les expositions les plus intenses (RR = 1,39 ; IC95% = 1,01-1,90).

En résumé, il n'y a globalement pas d'indication d'un risque augmenté de cancer par l'exposition professionnelle aux RF, mais les paramètres sont variables entre les études et ne sont pas comparables à l'exposition aux téléphones mobiles. De nombreuses études ont une faible puissance statistique et plusieurs ont des défauts méthodologiques. C'est pourquoi l'absence de résultats positifs cohérents ne garantit pas que les champs RF des téléphones mobiles ne constitue pas un risque de cancer.

- Aspects sanitaires autres que le cancer (5 articles, 1 revue): Plusieurs études de cohortes professionnelles ont étudié la mortalité "non-cancer" et parfois la morbidité. Bien qu'elles n'aient pas mis en évidence de risque pour la santé, il semble raisonnable d'instaurer un suivi à long terme des travailleurs exposés à des champs RF intenses. Les experts recommandent de constituer un registre de ces travailleurs exposés et d'examiner les risques de cancer et la mortalité pour définir s'il y a un effet néfaste.
 

Exposition résidentielle autour d'émetteurs radio et télévision (8 articles)

Quelques excès non significatifs de leucémies chez des enfants ont été observés dans les études de Maskarinec et al (1994), de Dolk et al (1997a), de Hocking et al (1996). Une étude plus large de Dolk et al (1997b) était négative, tandis que McKenzie et al (1998) a montré que l'augmentation observée par Hocking ne concernait qu'un village sur trois et pouvait constituer un "cluster". Toutes les études de ce type ont les faiblesses des études écologiques, basées sur des données de cancer et d'exposition de population et non individuelles. Globalement l'évidence indique qu'il n'y a pas de risque pour la santé des personnes habitant près des stations de base où les niveaux d'exposition atteignent seulement une faible fraction des valeurs recommandées.
 

Téléphones mobiles et conduite automobile

Les études épidémiologiques de Violanti (1997, 1998) et de Redelmeier et Tibshirani (1997) ont clairement montré l'association entre le risque d'accident et la présence à bord ou l'usage de téléphones mobiles, qu'ils soient « mains libres » ou non. Les experts concluent qu'il n'y a donc pas de justification à légiférer différemment entre les téléphones tenus à la main, plus faciles à détecter, et ceux « mains libres ». En effet, le risque serait alors de donner l'impression de favoriser, ou au moins de tolérer, ce dernier usage.

La conclusion générale du rapport Stewart est exposée dans son avant propos : « L'équilibre des faits ne suggère pas que les technologies de la téléphonie mobile expose la population générale du Royaume Uni à un risque. Il existe une évidence préliminaire que les champs émis par ces technologies peuvent induire, dans certains cas, des effets biologiques subtiles, mais il est important de noter que de tels effets ne représentent pas nécessairement des menaces pour la santé ».
 
 

Conclusion générale du groupe d'experts sur le rapport Stewart : Ce rapport présente une description très précise et juste des systèmes de téléphonie mobile et des champs qu'ils émettent, dans l'air et dans les tissus de la tête. Les rappels physiques sur les champs électromagnétiques et les mécanismes d'interaction démontrés ou hypothétiques sont bien développés.La littérature de référence, quoique extensive, n'est pas exhaustive.

Le groupe d'experts constate que l'analyse des effets biologiques et sanitaires dans ce rapport prend aussi bien en compte les effets des fortes intensités que des faibles intensités, ce qui peut être trompeur. Le niveau d'exposition est parfois insuffisamment précisé, souvent qualitativement (intensité «très faible, faible, moyennement élevée, forte»), ce qui peut prêter à confusion ou permettre des erreurs d'interprétation quant aux valeurs que ces termes recouvrent. C'est ainsi qu'un même niveau de DAS de 55 W/m² semble être considéré comme «faible» (§ 5.138), tandis que quelques pages auparavant, 100 W/m² est identifié comme «très haute intensité» (§ 5.128) ; l'interprétation des effets attribués aux champs électromagnétiques à cette intensité peut alors être éminemment variable, mais constitue une source d'erreur de jugement non négligeable. De la même manière, l'amplitude des effets observés n'est pas toujours indiquée, ce qui rend difficile leur interprétation en termes de conséquences sanitaires.

Certains résultats sont considérés dans ce rapport comme ne relevant pas du contexte de la téléphonie mobile : par exemple, l'influence sanitaire d'effets des radiofréquences modulées à 16 Hz n'est pas envisagée sous prétexte que cette fréquence de modulation n'est pas utilisée en téléphonie mobile. Le groupe d'experts est réservé sur ce point car il est parfaitement concevable, en fonction des mécanismes qui régissent ce type d'effets, qu'ils puissent se produire à 217 Hz (fréquence actuellement utilisée) ou que l'évolution technologique justifie un jour l'utilisation de cette très basse fréquence de modulation. C'est également le cas des effets sur la transition de phase lipidique dans les membranes, et des effets sur l'électroencéphalogramme (EEG) : si l'on ne connaît pas les mécanismes à l'origine des effets observés, ni les conséquences éventuelles de ces effets sur le fonctionnement de la cellule ou de l'organisme, on ne peut les considérer comme non nocifs sous le seul motif que les conditions d'exposition ou biologiques dans lesquelles ils ont été observés ne correspondent pas aux conditions d'utilisation des téléphones mobiles.

Le groupe d'experts est d'accord sur le fait qu'il y a une nette évidence que l'exposition aux signaux des téléphones mobiles, à des intensités respectant les recommandations de l'ICNIRP, a des effets directs à court terme sur l'activité électrique du cerveau et les fonctions cognitives. Il est urgent d'en étudier les conséquences possibles sur la santé, car s'il y en a, et si un seuil peut être défini, les recommandations devront être revues. Il est aussi important de préciser si ces effets sont produits par une élévation locale de température ou, comme cela semble possible, par un mécanisme "non-thermique". Le même accord existe sur les études expérimentales, qui ne suggèrent pas d'effet néfaste sur le cœur, le sang ou le système immunitaire, mais le groupe d'experts observe que les données sont moins riches pour la reproduction et le développement.

Un certain nombre de personnes signalent des symptômes tels que des maux de tête, de la fatigue et une perception de chaleur derrière l'oreille pendant ou peu après l'utilisation d'un téléphone mobile. Il n'est pas clair à quel point ces symptômes sont réellement dus aux champs RF. Cela appelle de nouvelles études. L'évidence épidémiologique à ce jour ne suggère pas que l'exposition RF provoque le cancer, ce qui est cohérent avec l'absence d'effets mutagène, initiateur ou promoteur démontré des RF en dessous des valeurs recommandées. Cependant l'utilisation des téléphones mobiles est trop récente pour permettre une évaluation épidémiologique décisive, et la possibilité d'une association entre la technologie de la téléphonie mobile et le cancer ne peut pas être exclue à ce stade.

Un seul risque sérieux pour la santé de la téléphonie mobile a été clairement établi : celui de l'incidence augmentée d'accident de la circulation quand le conducteur utilise un téléphone mobile. Ce risque est équivalent pour un téléphone "mains libres" ou "tenu en main", car il provient de la distraction lié à la conversation plus que de la gêne à diriger le véhicule ou d'un effet direct du champ RF sur le cerveau.

Au total, le groupe d'experts juge que l'information apportée par ce rapport est très riche et pertinente ; il en partage les conclusions, pour l'essentiel.
 


ANALYSE DES RAPPORTS  « Mc Kinlay »  et cost 244 bis

Rapport remis à la DG XIII en septembre 1996 et sur sa mise à jour par le COST 244 bis en 1999

 Le rapport « McKinlay », du nom du responsable du groupe d'experts, a été écrit en neuf mois par dix experts. Il avait été commandé par la DG XIII de la commission européenne pour fournir des recommandations sur la recherche à effectuer en Europe sur les effets sanitaires éventuels des téléphones mobiles. Il s'agissait là du premier rapport important de cette nature. Les experts avaient été choisis directement par la commission et étaient chargés d'émettre des recommandations basées sur l'état des connaissances, sur le contenu de la recherche à effectuer et l'organisation de la recherche  (mise en place de « pare feux » et financement).

 En 1998, la DG XIII a demandé au membres du COST "244 bis" de mettre à jour les données bibliographiques et les recommandations du rapport McKinlay. Ce rapport désigné ci-après comme le rapport COST 244, a été remis à la DG XIII en juin 1999, après la tenue à Bordeaux en avril 1999 d'un colloque intitulé « Future European Research on Mobile Communications and Health ». Chercheurs de l'Université et de l'industrie étaient associés pour la réalisation de cette tâche. La critique donnée ci-dessous prend en compte l'ensemble des deux rapports.

1. Etudes concernant le système nerveux et les comportements (47 études en 1996 ;  18 supplémentaires en 1999)

a- Etudes in vitro  (11 études citées en 1996)

Conclusions résumées : Les quelques études pratiquées sur des préparations nerveuses ne sont pas concluantes car un effet thermique est souvent présent, sauf quand la thermorégulation est correctement effectuée et, dans ce cas, les résultats sont négatifs.
Les études anciennes sur l'efflux de l'ion calcium des membranes de cellules nerveuses, soumises à des micro-ondes ne sont pas non plus concluantes car les conditions d'exposition n'étaient pas bien connues et des études de réplication se sont avérées négatives.

Calcium :  Plusieurs observations de relargage d'ions calcium de la membrane de cellules nerveuses ont été faites sur des cerveaux de poussins. L'effet ne se produisait que pour des fréquences de modulation entre 6 et 20 Hz. Certains auteurs n'obtenaient l'effet que pour des valeurs particulières de la puissance (effets « fenêtre »). D'autres auteurs ont été incapables de reproduire ces résultats.
Potentialisation à long terme: Scott et Tattersall (1999) ont étudié l'effet d'exposition à  700, 900 et 1800 MHz (continu et GSM) pendant 10 min sur des tranches de cerveau de rat. Ils ont observé une altération de la potentialisation à long terme (un des mécanismes de mémorisation), indépendante de la nature du signal.
Expression de gènes. Ivaschuk et coll (1997) ont exposé des cellules nerveuses PC12 traitées par le NGF à 836.55 MHz (signal TDMA, DAS de 0.41-41 mW/kg) pendant 20, 40, et 60 minutes. Aucune modification de l'expression de l'oncogène c-fos n'a été observée tandis que celle de c-jun était augmentée au plus haut niveau de DAS, mais seulement après 20 minutes d'exposition.

b- Etudes chez l'animal  (34 études citées en 1996, 6 supplémentaires en 1999, 12 en cours)

Conclusions résumées :
Electrophysiologie : L'effet acoustique ou "clic micro-onde" a été largement étudié et est maintenant bien compris. Il s'agit d'une stimulation directe de la cochlée par une onde thermo-élastique générée par l'absorption des micro-ondes par le liquide céphalorachidien. Il ne se produit que pour des impulsions suffisamment énergétiques.

Neurotransmetteurs et hormones : Les données disponibles semblent indiquer que les effets observés sont de nature thermique. Les études récentes sur les niveaux de neurotransmetteurs chez le rat (dopamine, noradrénaline et GABA) ont été négatives.

Barrière hémato-encéphalique De nombreuses études ont été pratiquées sur l'effet potentiel des micro-ondes sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique (BHE). La plupart des études anciennes étaient faites à des niveaux thermiques, mais les conclusions des études récentes réalisées avec des signaux de téléphonie mobile sont difficiles à évaluer. Les effets sont contradictoires sauf à niveaux d'exposition élevés. Il est donc concevable que les effets soient dus à des augmentations de la pression artérielle causée par le stress de confinement dans les systèmes d'exposition.

Fritze et coll (1997) ont montré que les micro-ondes des téléphones mobiles ne provoquaient pas d'extravasation de protéines pour des DAS inférieurs à 7,5 W/kg chez des rats dont la tête était exposée dans un "carrousel".
Le groupe de Salford et Persson a effectué une longue série d'études sur des rats soumis "corps-entier" à différents signaux. Ils ont rapporté une augmentation de 50 % de la perméabilité pour des DAS inférieurs à 0,3 W/kg  (GSM 900 et 1800 ; Persson et al., 1999). Au-dessus de ce seuil, la perméabilité augmentait rapidement avec la puissance.
Récemment, Tsurita et coll. (1999) ont exposé des rats dans un carrousel à 1,439 GHz et n'ont détecté aucune augmentation de la perméabilité de la BHE pour des DAS allant jusqu'à 10 W/kg.

Mémoire : Une étude datant de 1994 avait montré des effets délétères sur l'apprentissage de rats soumis à des micro-ondes pulsées (mémoire de travail). Depuis cette date, un seul essai de réplication a été tenté avec un signal de faible puissance à 900 MHz, et s'est soldé par un échec.

En 1999, Sienkiewicz et coll ont tenté d'adapter l'expérience de Lai sur des souris soumises à des expositions de 45 minutes (GSM 900, DAS de 0,05 W/kg). Les animaux étaient ensuite placés dans des labyrinthes à 8 bras. Aucun effet sur l'apprentissage ne fut observé à ce faible niveau de puissance.

Expression des gènes et études de stress: Plusieurs études ont été menées sur les protéines de choc thermique (ARNm). Seules des expositions pulsées ou continues à niveau élevé ont conduit à des augmentations de l'expression des gènes. Dans le cerveau, l'expression du gène c-fos correspond souvent à un stress d'origine thermique ou autre. La mesure de c-fos a donc été utilisée dans deux études qui n'ont montré d'altérations qu'à des niveaux thermiques.

Fritze et coll (1997) ont étudié le stress, l'apoptose, et la prolifération de cellules de cerveau de rats exposés à des signaux de téléphonie mobile tandis que Morrissey et coll en 1999 effectuaient ces études sur la souris. Dans les deux cas, des augmentations de l'expression de c-fos et d'autres gènes ont été observées mais seulement au plus haut niveau de DAS. (environ 7 W/kg)

Etudes chez l'homme (4 études citées en 1996, 8  supplémentaires en 1999)

 En raison de la proximité entre le téléphone mobile et la tête de l'utilisateur, une partie importante de l'énergie absorbée se trouve proche du cerveau. Des études d'électrophysiologie et des fonctions neuronales ont donc été faites. La plupart de ces études ont été pratiquées sur l'homme.

Conclusions résumées : Les études sur l'EEG et le sommeil ont montré des altérations mineures. Des expérimentations dans des conditions très rigoureuses devraient être effectuées pour confirmer ces résultats et permettre de les interpréter.

Commentaires du groupe d'experts sur les effets concernant le système nerveux et le comportement : Les deux rapports sont très complets, et montrent bien la part importante qu'a pris ce thème dans le contexte des effets sanitaires des téléphones mobiles. Aucune étude effectuée in vitro n'a effectivement mis en évidence d'effet à des niveaux non thermiques, bien que certaines études méritent d'être dupliquées. Chez l'animal, il est exact que les effets sur la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique sont à étudier de manière soutenue et que des marqueurs du stress seraient utiles pour déceler des effets sur le fonctionnement cérébral. Chez l'homme,  il est juste de recommander des études sur le sommeil avec exposition diurne, ce qui n'a pas encore été effectué.
 

2. Etudes concernant le cancer

a- Etudes expérimentales

Conclusions résumées :
Etudes de génotoxicité in vitro (11 études en 1996, 9 supplémentaires en 1999, 2 en cours ou prévues)
La plupart des résultats obtenus avant 1996 étaient négatifs pour des niveaux non thermiques. Les études récentes sur les dommages à l'ADN, les échanges de chromatides sœurs, micro-noyaux et cycle cellulaire ont également été négatives. Certains résultats indiquent une synergie potentielle entre micro-ondes et facteurs mutagènes.

Des effets de faible amplitude ont été rapportés par Maes et al. (1996, 1997) montrant une action de synergie entre des champs RF et un agent mutagène (mitomycine C) sur des lymphocytes humains (935.2 MHz CW et GSM, 2 heures d'exposition à  0.3-0.4 W/kg).
Phillips et al. (1998) ont observé des effets de directions opposées sur des lignées de lymphocytes (signaux de téléphones mobiles américains). Les niveaux de DAS étaient très bas (2,4-26 mW/kg).

Etudes de génotoxicité in vivo (11 études en 1996, 7 supplémentaires en 1999, 3 en cours ou prévues)
La plupart des études ont été réalisées à des niveaux de DAS élevés correspondant à des effets thermiques. Néanmoins, une série d'études portant sur la fragmentation de l'ADN dans des cerveaux de rats exposés à des micro-ondes pulsées, a fourni des résultats positifs qui n'ont pas depuis été répliqués.

En 1996, Lai et Singh ont publié leurs résultats sur les ruptures de l'ADN dans les cellules de cerveaux de rats exposés, corps-entier, pendant 2 heures, à des micro-ondes pulsées ou continues (2450 MHz, DAS de 1.2 W/kg). Le test dit de « comètes » était utilisé et le nombre de ruptures de l'ADN était augmentée de manière significative. En 1997, le même groupe rapportait l'inhibition de l'effet par des antioxydants.
Malayapa et coll (1998) ne purent retrouver les effets en utilisant le même protocole et le même système d'exposition (micro-ondes continues). Depuis, le même groupe a également échoué dans leur réplication de l'expérience de Lai et Singh avec cette fois des micro-ondes pulsées (Lagroye et coll, 1999). De même, l'expérience de Hook (1999) sur le même modèle biologique mais avec des signaux de téléphonie mobile a été négative.

Etudes in vitro sur des modèles de cancer (7 études citées en 1996, 9 supplémentaires en 1999, 15 en cours ou prévues)

Prolifération cellulaire
Plusieurs études de prolifération ont été effectuées sur des cellules en culture soumises à des signaux micro-ondes avec des résultats contradictoires ou non confirmés.

Le groupe de Cleary avait décrit des effets sur la prolifération de cellules CHO (Cao et coll., 1995) et de lymphocytes (Cleary et coll., 1996), exposés à des micro-ondes de forte puissance (2450 MHz 25 W/kg) dans des conditions isothermes. Depuis, Shi et al. (1999) n'ont pas observé les mêmes effets en utilisant un système d'exposition identique mais en contrôlant mieux la température.
Dans des expériences sur des mastocytes exposées à des micro-ondes à 835 MHz et 8,1 mW/cm2, Donnellan et coll. en 1997 ont observé une augmentation de la prolifération. Aucune indication de DAS et donc d'échauffement n' était donnée.
Récemment, Stagg et coll. (1997), ont exposé des cellules C6  de gliome à 836.55 MHz (signal pulsé de téléphonie mobile), pendant deux semaines à bas niveau (mW/kg). Une faible augmentation de l'incorporation de thymidine tritiée était observée dans certaines expériences sans que la prolifération, mesurée à partir d'un comptage de cellules, soit affectée.

Transformation cellulaire
Après l'étude du groupe de BalcerKubiczek datant 1991, qui avait montré un effet dose de micro-ondes modulées associées à des promoteurs de tumeurs sur la transformation de cellules C3H 10T1/2, deux études de transformation récentes, réalisées avec des signaux le téléphonie mobile, se sont révélées négatives (Cain et coll., 1997 ; Malyapa et coll. 1997)

Activité enzymatique
 Une série de travaux effectués avec des micro-ondes de faible puissance, modulées à basse fréquence ont montré des altérations de l'activité d'enzymes intracellulaires impliqués dans la promotion cancéreuse, sans que la synthèse d'ADN soir notablement affectée. C'est le cas en particulier des études du groupe de Litovitz (Krause et al., 1997; Litovitz et al., 1993, 1997), sur l'activité de l'enzyme ornithine décarboxylase (ODC). Quand de tels effets sont observés, l'amplitude en est bien plus faible que sous l'effet de promoteurs de tumeurs.

Etudes in vivo sur des modèles de cancer (10 études citées en 1996, 14 supplémentaires en 1999, 1 en cours ou prévue)

 Différents modèles de cancer ont été mis en œuvre chez l'animal pour déterminer les effets éventuels des micro-ondes sur les trois phases du développement cancéreux (initiation, promotion et progression). En plus des modèles classiques de tumeurs induites chimiquement à l'aide de rayonnements ionisants, des modèles d'animaux transgéniques rendus plus susceptibles de développer des tumeurs ont été utilisés.

 Globalement, les résultats des études sur ces différents modèles animaux apportent peu  d'indices d'une influence des micro-ondes sur le processus cancéreux et en particulier sur la phase de promotion qui a été la plus étudiée.

En 1997, le groupe australien de Repacholi a publié des résultats positifs sur des souris transgéniques porteuses de lymphomes exposées pendant 18 mois à des signaux GSM (DAS corps-entier de 0,008 à 4,2 W/kg). Une augmentation importante de l'incidence des lymphomes était observée.
Toler et coll. en 1997 et Frei et al. en 1998, ont exposé des souris susceptibles de développer des tumeurs mammaires à 2450 MHz (jusqu'à 1 W/kg), sur la durée de vie des souris. Aucune différence n'a été observée sur l'incidence et le délai d'apparition des tumeurs, la longévité des animaux.
Les résultats du groupe de Adey (1999) sur les tumeurs du cerveau induites chez le rat ont toutes été négatives, indépendamment du signal de téléphone mobile utilisé pour l'exposition à long terme des animaux
Wu et coll. (1994) n'ont pas observé d'altération du développement de tumeurs du colon induites chez la souris tandis que Imaida et coll., en 1998, ne décelaient pas d'effets des micro-ondes dans un modèle de cancer du foie chez le rat.
Les résultats récents des groupes de Bartsch et de Anane obtenus syu des rats porteurs de tumeurs induites par le DMBA, et soumis à des signaux GSM à bas niveau, montrent des réductions de l'incidence des tumeurs ou un retard de leur date d'apparition.
 

Etudes épidémiologiques (11 études citées sur les tumeurs du cerveau, 16 sur la leucémie)

Conclusions résumées :
Un résumé complet est donné des fondements de l'épidémiologie et de son application à la situation de l'exposition aux micro-ondes. La plupart des études n'a pas été  effectuée dans des conditions satisfaisantes d'évaluation de l'exposition et une seule étude concerne la téléphone mobile. Il est donc impossible de conclure, mais des recommandations précises sont faites quant au type d'étude à réaliser : étude cas-témoins des cancers de la tête, mais pas du cancer du sein ou de leucémie. Une approche épidémiologique concernant les stations de base est exclue. L'étude d'affections non cancéreuses ou de désordres subjectifs est également déconseillée dans l'état actuel des connaissances (en attendant les résultats définitifs de l'étude réalisée en Suède et Norvège).

Rothman et coll. ont publié en 1996 des résultats préliminaires sur les taux de mortalité chez lles clients d'un réseau de téléphonie mobile américain (255 868 personnes). La comparaison était faite entre les utilisateurs de terminaux portables et ceux des autres modèles de téléphones mobiles. Pour une population d'utilisateurs réguliers pendant 3 ans, le rapport de mortalité était de 0,86 (0,47–1,53). La faible durée du suivi (un an) et la méconnaissance des causes de la mort constituent des faiblesses majeures de l'étude.

Commentaires du groupe d'experts sur les effets concernant le cancer : Les données présentées sont exhaustives et prennent en compte les études en cours en 1999. À la lumière des connaissances acquises en 1999, on peut conclure avec les auteurs de rapport que l'induction de lymphomes, et de tumeurs en général, causée par l'exposition aux micro-ondes de la téléphonie mobile ne constitue pas un phénomène général. Néanmoins, il reste nécessaire de confirmer le rôle de l'exposition dans la promotion des tumeurs, les résultats actuels étant contradictoires
Les recommandations du rapport concernant les études épidémiologiques à mener rejoignent le protocole qui a été choisi pour l'étude internationale pilotée par le CIRC. Les conclusions du groupe d'experts concordent avec celles de ce rapport pour ce qui est des études sur les stations de base.

 3. Etudes concernant le système cardio-vasculaire

Conclusions résumées : Peu d'études ont été réalisées en rapport avec la téléphonie mobile.

Braune et coll. ont publié en 1999 leurs résultats sur l'augmentation de 10 % de la pression artérielle chez des volontaires exposés en aveugle à se signaux GSM durant 35 minutes. Malheureusement, l'interprétation de ces résultats est rendue difficile du fait de l'absence de randomisation des séquences exposition réelle- exposition fictive.

Commentaires du groupe d'experts concernant le système cardiovasculaire : Les effets observés  après exposition micro-onde à niveau élevé sont probablement dus à l'échauffement. Les études en rapport avec la téléphonie mobile sont en nombre limité ; ces donnée ne permettent pas de conclure.

 4. Etudes concernant la reproduction et le développement

Conclusions résumées : le sujet n'est pas abordé.

 5. Etudes concernant le système immunitaire

Conclusions résumées :
Études in vivo sur le système immunitaire (8 études en 1996, 2 supplémentaires en 1999)

La plupart des résultats récents sur la réponse immune étudiée in vitro ont été classés dans le chapitre concernant la génotoxicité et le cancer. Dans ces expérimentations aucun effet sur les paramètres immunitaires n'avait été observé (ex : Antonopoulos, 1997; Eberle, 1997).

Études in vivo sur le système immunitaire (11 études aiguës citées en 1996 et 5 chroniques, 2 supplémentaires en 1999)

 La plupart des études sur le système immunitaire chez l'animal datent. La plupart étaient couplées avec des études de promotion du cancer. Peu d'études concernent spécifiquement les signaux de la téléphonie mobile. La conclusion du rapport est que seules des niveaux thermiques peuvent provoquer des altérations durables de l'immunité. Le rôle que peut jouer le stress et la réponse immune au niveau de al peau doivent être étudiés en détail.

Chagnaud et coll, ont publié en 1999 des résultats négatifs sur certains paramètres immunitaires de rats exposés à des signaux GSM (activation et sous-populations lymphocytaires).

Commentaires du groupe d'experts concernant l'immunité :  Au vu des rares résultats pertinents, il est exact que l'on ne peut conclure à des effets des signaux de téléphone mobile sur le système immunitaire. Néanmoins, il faut approfondir les connaissances sur les effets du stress thermo-induit (même en absence d'élévation de la température corporelle), et étudier les effets éventuels sur la peau, en tant qu'organe immunitaire.

 6. Études concernant les interférences avec les implants biomédicaux

Conclusions résumées :
Avant 1996, l'essentiel de l'activité de recherche avait porté à juste titre sur les pacemakers. Des études avaient montré que certains pacemakers ne fonctionnaient pas correctement à côté d'un téléphone mobile.

Plusieurs auteurs ont montré l'absence d'interférence des pacemakers avec les téléphones mobiles quand l'éloignement est suffisant (Barbaro et coll, 1995 ; Carillo et coll, 1995 ; Hayes et coll, 1995; Meckelburg et coll, 1996).

En 1999, le sujet n'était pas abordé, en partie car le problème était alors considéré comme résolu.

Commentaires du groupe d'experts concernant les implants : Il est exact que la question des interférences avec les pacemakers ne se pose plus avec les appareils récents et la consigne d'éloignement de 15 cm. Néanmoins le problème des implants cochléaires n'est pas résolu.

Etudes d'autres effets

Oreille interne (2 études en cours en 1999 sur l'animal et plusieurs prévues chez l'homme)

Conclusion résumée :
Des études sont en cours et d'autres devront être menées pour s'assurer de l'immunité du système auditif.
 

Conclusion générale du groupe d'expert sur les rapports McKinlay/COST 244 bis : L'ensemble constitué par les deux rapports est cohérent et exhaustif. La participation de très nombreux experts au cours de leur rédaction a permis de rassembler des données et des opinions très variées. Il faut rappeler que ces rapports, et surtout celui de 1996, ont servi de base à l'établissement des appels d'offres de la commission européenne, dans le cadre du 5ème PCRD.

Les tableaux rassemblant les résultats des travaux de recherche sont assez complets. La présence de tableaux présentant les études en cours et les équipes de recherche en fin de rapport est originale et précieuse. Les recommandations de recherche sont soigneusement établies.

Les faiblesses de ces deux rapports concernent le chapitre sur le système cardiovasculaire et surtout celui sur la reproduction et le développement qui est absent.

Le groupe d'experts partage globalement les conclusions de ces rapports sur l'absence actuelle d'effets sanitaires avérés et sur les axes de recherche à privilégier pour compléter les connaissances en vu d'une analyse du risque plus rigoureuse.


ANALYSE DU RAPPORT DE LA SOCIETE ROYALE DU CANADA

Rapport remis au Ministère de la Santé du Canada en mars 1999 et intitulé : « A Review of the Potential Health Risks of Radiofrequency Fields  from Wireless Telecommunication Devices »

Un groupe de huit experts nord américains, dirigé par le professeur D. Krewski d'Ottawa, a écrit un rapport sur les risques potentiels des RF émises par les systèmes de télécommunication mobile. Il s'agissait d'informer le gouvernement sur la validité de la norme de santé canadienne intitulée « Health Canada's Safety Code 6 » qui régit l'exposition des fonctionnaires aux différents facteurs de l'environnement.

Un comité directeur canadien des groupes d'experts avaient défini les règles de sélection des membres du groupe, a revu les versions successives du rapport et les a fait examiner par un groupe d'experts indépendants. Le rapport a enfin été rendu public sans modification par le commanditaire, c'est-à-dire la Société royale du Canada.

Il est reconnu, en tête du rapport, que les niveaux mesurés près des stations de base sont très inférieurs aux limites du Safety Code 6, tandis que ceux des téléphones mobiles peuvent s'en approcher.

 Le comité a répondu à plusieurs questions précises qu'il est utile de résumer :

Les limites actuelles protègent-elles les travailleurs et le public des effets thermiques ?

Aucun effet ne peut survenir en dessous des limites d'exposition correspondant aux expositions corps-entier. Par contre, les limites d'exposition locale sont nettement plus élevées et pour des durées longues. Ainsi, le comité ne peut assurer que les travailleurs sont protégés des effets thermiques sur certaines parties du corps. Des recherches seront nécessaires pour déterminer la durée maximale des expositions.

Quels sont les effets biologiques et sanitaires non thermiques ?

Il y a des preuves nombreuses que des effets biologiques non thermiques existent, mais, si les données actuelles sont insuffisantes pour l'exclure, il n'a pas  été établi que des effets sanitaires en résultaient. L'absence de connaissances sur les mécanismes correspondants ne permet pas d'établir de limites d'exposition à partir des ces effets biologiques.

Aucun effet sanitaire de ce type n'est attendu en rapport avec l'exposition aux stations de base. Par contre, les utilisateurs de téléphones mobiles peuvent manifester des effets biologiques, mais on ne connaît pas d'effet sanitaire associé.

Les craintes concernant le cancer ne sont pour l'instant pas fondées. Les études concernant l'homme ont surtout porté sur le cancer, les troubles de la reproduction ou du développement, l'épilepsie, et les maux de tête. Globalement, ces études ne sont pas concluantes, mais des recherches nouvelles sont nécessaires.

Ces effets non thermiques, s'ils existent, sont-ils plus important chez les enfants ou d'autres sous-populations sensibles ?

Certaines sous-populations comme les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont plus sensibles à certains risques sanitaires liés à l'environnement. Peu d'études ont été faites sur ces groupes en ce qui concerne les RF, et pas toujours avec la qualité suffisante.

Le comité n'a pas trouvé de preuves de l'existence d'un syndrome des micro-ondes. Par contre il paraît clair que certaines personnes peuvent déceler qu'ils sont exposés à des champs RF.

Quelles sont les conclusions du comité et en particulier, sur la prise en compte des effets non-thermiques dans la révision du Safety Code 6 ?

Le Safety Code 6 protège bien les travailleurs et le public des effets thermiques, bien que certaines parties du corps comme la tête, le cou, le tronc, et les membres des travailleurs puissent dans certains cas être échauffés, au vu des limites actuelles d'exposition locales. Le groupe conseille donc de réviser les niveaux et les durées des expositions locales pour les travailleurs.

Les connaissances sur les effets non-thermiques ne sont pas actuellement suffisantes pour que ces effets soient pris en compte dans la révision du Safety Code 6. Les limites d'exposition locales devraient être appliquées à l'œil.

Quelles sont les recherches à mener pour mieux connaître les effets non-thermiques des RF ?

Des recherches devraient être lancées pour mieux connaître les effets sanitaires des RF, et en particulier sur la sensibilité particulière de certains groupes. Des études épidémiologiques sont recommandées, même si l'évaluation de l'exposition est difficile, car les durées d'usage des téléphones mobiles sont actuellement trop courtes pour pouvoir percevoir d'éventuels effets à long terme.

La suite du document expose et critique de manière systématique les conclusions du groupe d'experts canadien, en suivant le même plan que pour les autres rapports de base.
 

 1.  Etudes concernant le système nerveux et les comportements

La probabilité que les micro-ondes puissent interagir avec le tissu cérébral et provoquer des effets non-thermiques a été suggérée par les résultats des études soviétiques anciennes. La question principale est de savoir si ces tissus, siège d'une activité électrique, sont plus que d'autres susceptibles d'être affectés par les micro-ondes. Si c'est le cas, l'exposition peut-elle déclencher des troubles nerveux ou en aggraver d'autres ?

a- Etudes chez l'animal

Conclusions résumées :
Ion calcium: un longue série d'expériences réalisées dans plusieurs laboratoires a montré une augmentation du relargage du calcium des membranes.
Barrière hémato-encéphalique (BHE) : des augmentations de la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique ont été observées sous exposition micro-onde. Il s'agit là d'effets dont les conséquences pour la santé humaine pourraient être importants.
Métabolisme cérébral : plusieurs études consécutives issues d'un même groupe ont montré des altérations de récepteurs aux neurotransmetteurs et une implication des opïoides endogènes dans les effets des micro-ondes.
Comportement : quelques études ont montré un déficit de la mémoire de rats exposés à des micro-ondes pulsées.

  La plupart des effets rapportés chez l'animal concernent des niveaux élevés (thermiques), sauf ceux obtenus sur l'efflux d'ions calcium. Les études sur le comportement sont globalement positives, mais leur extrapolation à l'homme reste incertaine.

Une augmentation du relargage de l'ion calcium de membranes cellulaires cérébrales a été mis en évidence par Blackman et coll. (1979, 1980). Les RF à faible niveau (147 MHz, 0,5 mW/cm2) étaient modulées à basse fréquence (16 Hz).
Le groupe de D'Andrea a exposé des rats pendant 90 jours (7 h/j) à des micro-ondes (2450 MHz, 0,5 mW/cm2) et a observé des altérations du déroulement de tâches opératoires (DeWitt, D'Andrea et coll. 1987).
Lai, Horita et coll. (1994) ont examiné le rôle des opïoides endogènes dans les déficits de la mémoire induits par l'exposition aux RF, chez des rats placés dans des labyrinthes radiaux. Le retard d'apprentissage pouvait être inhibé par un traitement à l'aide d'un agoniste cholinergique ou par un antagoniste des opiacés.
Le groupe de Salford et Persson (1992,1994) a montré que des micro-ondes continues ou pulsées (915 MHz, DAS de 0,016-5 W/kg, modulation à 8 ; 16 ; 50  ou 200 Hz) augmentaient de façon significative la perméabilité de la BHE à l'albumine chez des rats exposés. L'augmentation était nette pour la plus haute valeur de DAS, mais non négligeable au dessous de 0,1 W/kg (soit au dessous des valeurs recommandées dans le cadre du Safety Code 6).

b- Etudes chez l'homme

Conclusions résumées :
Epilepsie : il n'existe pas à ce jour de données reproductibles indiquant que des crises d'épilepsie puissent être déclenchées ou aggravées par une exposition aux micro-ondes.
Maladies neurodégénératives : en raison du rôle que joue le métabolisme de l'acétylcholine dans le SNC, il est important de chercher si des effets des micro-ondes existent sur des maladies telles que l'Alzheimer. À ce jour, aucune donnée n'indique un lien causal entre les micro-ondes et la maladie d'Alzheimer. Ceci est également vrai pour la SLA (sclérose latérale amyotrophique). Dans le cas de la SLA, des études épidémiologiques dans la gamme des ELF ont été effectuées. Des études dans la gamme des RF sont nécessaires.
Troubles du sommeil : Les résultats obtenus chez des volontaires exposés durant leur sommeil ont montré des altérations du sommeil, que ce soit avec des signaux des téléphones mobiles ou d'autres à plus basse fréquence issus d'appareillages à visée thérapeutique. Pourtant, ces résultats ne paraissent pas compatibles avec ceux obtenus chez les animaux.
Dépression, suicide et comportement : Un syndrome des micro-ondes a été décrit mais jamais quantifié. Les symptômes en sont : irritabilité, fatigabilité, perte d'appétit, torpeur, perte de mémoire, difficulté à se concentrer, instabilité émotionnelle, dépression et maux de tête. Les données expérimentales actuelles ne confirment pas l'existence d'un lien entre exposition micro-ondes et mal de tête. Pourtant, des plaintes sont exprimées dans ce sens. Les études épidémiologiques sur le suicide n'ont été effectuées que dans la gamme des ELF.
Œil : Depuis 40 ans, les effets potentiels des micro-ondes sur l'œil, et en particulier sur la genèse des cataractes, ont été souvent étudiés. Les problèmes techniques d'expérimentation sont très nombreux et on ne sait toujours pas quels sont les mécanismes des dommages créés à l'œil par les micro-ondes, bien qu'à haut niveau de puissance, les effets thermiques soient évidents.

En conclusion, dans l'état actuel des connaissances, aucun effet sanitaire neurologique ou sur les fonctions cérébrales ne semble être attribuable aux micro-ondes de niveau non-thermique. Les maux de tête, qui ont été rapportés en lien avec l'exposition aux RF, sont un symptôme très variable qu'il est difficile de relier à des altérations neurochimiques. Mais il est nécessaire de poursuivre les recherches dans ce sens. De même, les propriétés spécifiques de l'œil appellent une attention particulière.

Dans l'étude de Reiser en 1995, un téléphone mobile commercial fonctionnant à 900 MHz était utilisé à 40 cm du sujet exposé. Il était constaté une augmentation de l'amplitude du spectre EEG dans les bandes alpha et béta après 15 min d'exposition.
Sobel and Davanipour (1996) ont suggéré que les champs électromagnétiques contribuent au processus neurodégénératif, tandis que Feychting et al. (1998) suggèrent que les altérations du tissu cérébral causé par les champs électromagnétiques  prédisposent à la maladie d'Alzheimer.
Dans l'étude sur le sommeil de Mann et Röschke en 1996, les sujets, exposés durant la nuit pendant 8 heures, ne voyaient pas leur sommeil altéré du point de vue de la durée et de la quantité de sommeil à ondes lentes. Pourtant, les durées de la phase d'endormissement et du sommeil paradoxal étaient réduites. Ces résultats n'ont pas été retrouvés par le même groupe en 1998, à plus bas niveau d'exposition.
Une étude récente de Hansson-Mild en Suède et Norvège en 1998, semble montrer que les maux de tête seraient effectivement un symptôme subjectif souvent rapporté par les utilisateurs de téléphones mobiles.
En 1997, Kues et collaborateurs ont étudié la perméabilité vasculaire chez le singe exposé à des micro-ondes à 2450 MHz pendant 3 jours. Une relation dose-effet fut trouvée entre la perméabilité vasculaire induite après l'exposition et les lésions de la  cornée constatées plus tard.

Commentaires du groupe d'experts sur les effets concernant le système nerveux et le comportement : Les conclusions du rapport sont que des zones d'ombre existent dans les connaissances, et en particulier en ce qui concerne les maux de tête et l'œil. La plupart des études publiées ont été prises en compte, mais le traitement des études animales et in vitro n'est pas approfondi et des erreurs d'interprétation sont commises. Un ensemble de données est en faveur d'un effet des RF sur les comportements de l'animal, mais la transposition de ces résultats à l'homme ne peut se faire sans des travaux appropriés.
A l'époque de la rédaction de ce rapport, les résultats récents concernant le sommeil et les tâches cognitives n'étaient pas connus. Ceci explique certaines conclusions rapides qui ne sont plus d'actualité.
 

 2. Etudes concernant le cancer

a- Etudes expérimentales

Conclusions résumées :
 Génotoxicité : Globalement, les résultats publiés n'apportent aucune preuve de l'existence d'effets génotoxiques associés aux micro-ondes utilisées en téléphonie mobile. Les taux de mutation in vitro ne sont pas altérés. Les études sur les aberrations chromosomiques se sont révélées incohérentes (14 études citées dont 5 positives). Le taux de micro-noyaux dans des cellules exposées est parfois augmenté de manière significative (9 études citées dont 7 positives). L'exposition de cellules en culture n'a pas donné lieu à des altérations de l'ADN (10 études citées, toutes négatives). Par contre, l'exposition d'animaux – les tests étant pratiqués in vitro - a donné des résultats variés concernant l'ADN (10 études citées dont 6 positives). Les tests de transformation cellulaire n'ont pas donné de résultats reproductibles (4 études citées dont 2 positives).
 Prolifération cellulaire : L'influence de l'exposition à des micro-ondes sur la prolifération cellulaire a été étudiée dans de nombreux cas dans des conditions très variées. Depuis que les conditions d'exposition et, en particulier, le contrôle de température, sont satisfaisantes, les résultats sont devenus négatifs à quelques exceptions près.
 ODC : l'enzyme ornithine décarboxylase, qui catalyse la formation de polyamines dans la cellule, jouerait un rôle important dans la phase de promotion du processus de cancérogenèse. Une augmentation de l'activité de l'ODC a été observée sous exposition à des micro-ondes modulées à basse fréquence ; il pourrait exister un 'effet fenêtre', l'augmentation de l'activité de l'ODC n'étant observée par certains auteurs que dans une gamme particulière de modulation basse-fréquence (5 études positives citées correspondant à des micro-ondes modulées).
 Mélatonine : en raison des résultats obtenus sur les niveaux nocturnes de l'hormone mélatonine chez les rongeurs dans la gamme ELF, quelques études ont été effectuées avec des micro-ondes. On n'a pas observé d'effet chez l'homme exposé durant la nuit. Chez des rats exposés, la quantité de mélatonine nocturne n'était pas non plus affectée.
 Initiation, promotion et progression de tumeurs : Certaines études ont montré une augmentation de l'incidence de tumeurs, mais d'autres une réduction du risque de cancer. Il n'y a pas de preuve d'une action de promotion des tumeurs par les micro-ondes, ni d'accélération de la progression. Néanmoins, au vu des résultats contradictoires, des études supplémentaires sont nécessaires.

Un seul résultat positif existe sur l'induction d'échanges de chromatide sœur dans des lymphocytes humains exposés à 167 MHz (Khalil et al., 1993). Il est probable que l'effet était dû dans cette expérience à un échauffement créé par les RF.
Lai et Singh (1995), ont utilisé le test dit des comètes pour observer une augmentation de la fragmentation de l'ADN dans des cellules de cerveau de rats soumis à une exposition à 2450 MHz. Plusieurs essais indépendants ont été menés pour répliquer leurs résultats positifs, sans succès jusqu'à présent.
Les résultats de Balcer-Kubiczek et Harrison (1985; 1989; 1991) sur la transformation des cellules C3H/10 T1/2 ont montré que les micro-ondes seules n'induisaient pas la transformation, mais qu'une synergie était peut-être possible avec d'autres mutagènes ou agents promoteurs.
Des cellules C6  et des cellules primaires de rats ont été exposés par Stagg et coll. (1997) à des signaux de téléphone mobile (TDMA) pendant 24 h à bas niveau de DAS. Une augmentation de la synthèse d'ADN fut observée à 5,9 mW/kg mais pas à 0,59 ou 59 mW/kg, ce qui correspond à de très faibles niveaux de puissance absorbée.
Le groupe de Litovitz, entre autres, a observé des augmentations de l'activité de l'enzyme ODC dans des cellules exposées pendant plusieurs heures à des RF (835-915 MHz, 2,5 W/kg), mais seulement quand elles étaient modulées en amplitude à 16 et 60 Hz. L'augmentation de l'activité de l'ODC était transitoire.
Dans une étude spécifique du taux de mélatonine, Vollrath et coll., (1997), n'ont pas trouvé d'effets chez des rats exposés pendant 6 heures à des micro-ondes à faible niveau (900 MHz, 0,06 to 0,6 W/kg)
En 1997, Repacholi et coll., ont publié des résultats sur des souris transgéniques exposées à des signaux GSM 900. L'exposition augmentait l'incidence de lymphomes (x 2,4) à la fin des 19 mois d'exposition. Le DAS moyen allait de 0,008 à 4,2 W/kg. Des expériences de réplication sont prévues.

b- Etudes épidémiologiques

Conclusions résumées :
 Les études épidémiologiques concernant les RF ont été peu nombreuses, très diverses et rarement en rapport avec la téléphonie mobile. Les études ont porté sur les cancers chez l'adulte et l'enfant, sur la reproduction et les anomalies congénitales.  La mesure et l'évaluation de ces expositions sont extrêmement difficiles. Le niveau est souvent plus élevé en milieu professionnel (militaires et policiers, travailleurs de l'électronique, de la médecine et de l'industrie sont les plus étudiés), mais les résultats sont très discordants et aucun n'a trait aux téléphones mobiles. Aucune étude épidémiologique ne permet d'estimer le risque concernant les enfants.

Dans une étude de cohorte de Szmigielski, réalisée en Pologne en 1996, sur des militaires, la dosimétrie fut réalisée sur des sujets placés dans des conditions d'exposition connues. Une incidence augmentée fut observée pour les cancers du système hématopoïétique, des organes lymphatiques et du système nerveux. Pourtant, des critiques sévères ont été émises sur la méthodologie de cette étude. A la suite de l'observation d'un nombre augmenté de leucémies chez l'adulte près d'un émetteur TV et radio en Angleterre (phénomène d'agrégat, ou 'cluster', en anglais), deux études furent menées, l'une localement autour de l'émetteur incriminé, et l'autre dans toute la Grande Bretagne (Dolk et coll., 1997). Une augmentation du nombre total de cas de cancer de 3%, non significative fut calculée autour de l'émetteur, indépendamment de la distance. Seule l'augmentation du nombre de leucémies était significatif (OR : 1,83 [1,22-2,74]). En revanche, dans l'étude portant sur l'ensemble du pays, aucune association ne fut trouvée. Les problèmes posés par ces études résidaient dans l'estimation du niveau de l'exposition en fonction de la distance à l'antenne et dans les mouvements de population durant ces longues périodes d'observation.
Rothman et coll., (1996) ont mesuré la mortalité globale d'utilisateurs de téléphones "mobiles" (puissants, transportables) et de "portatifs" (peu puissants, portables). Sur un échantillon de 255868 personnes, aucune différence ne fut trouvée entre les deux populations. Cette étude est critiquable en raison du manque de suivi, de la mauvaise définition de l'exposition à partir des informations issues des opérateurs.

Commentaires du groupe d'experts sur les effets concernant le cancer: Les données bibliographiques sont nombreuses mais pas bien ordonnées : les différents aspects du processus de cancérisation et les conséquences sanitaires se trouvent dans des chapitres éloignés.  Les auteurs du rapport se sont particulièrement penchés sur cette forme de risque. Ils discutent abondamment – peut-être surinterprêtent-ils - les travaux expérimentaux in vitro relatifs à l'ODC, comme possible 'chaînon manquant' d'un mécanisme de cancérogenèse. Les faits actuels sont peu clairs, et l'hypothèse ne suffit pas à faire une démonstration, en l'état actuel des données, et doit être confrontée à d'autres données expérimentales. En effet, l'incohérence des résultats est soulignée ainsi que le fait que la plupart sont négatifs. En particulier, au vu des données disponibles, on peut conclure  que les micro-ondes ne sont pas génotoxiques. Un effet promoteur n'est pas exclu, et d'ailleurs c'est l'hypothèse de travail qui a justifié l'engagement de l'étude internationale du CIRC. On regrettera que la synergie possible entre RF et mutagènes ou autres facteurs ne soit pas suffisamment considérée.

La pertinence des conditions d'exposition en rapport avec la téléphonie mobile, pour assurer la validité des expérimentations ou des travaux épidémiologiques, n'est pas suffisamment soulignée.
 

 3. Etudes concernant le système cardio-vasculaire

Conclusions résumées : Le sujet est traité très brièvement. Des études soviétiques datant des années 60 auraient montré des altérations de la pression artérielle ainsi que des anomalies du rythme.

Dans une étude récente (Bortkiewicz et al., 1997), sur 71 employés d'une station de radiodiffusion, des anomalies de l'électrocardiogramme ont été décelées plus fréquemment que sur des témoins non exposés.

Commentaires du groupe d'experts concernant le système cardiovasculaire : Les données ne permettent pas de conclure.
 

 4. Etudes concernant la reproduction et le développement

Conclusions résumées : Le rapport ne conclut pas sur ce sujet, peu exploré.
Huit études sont présentées, dont 5 conduites en milieu professionnel, parmi des kinésithérapeutes exposés aux micro-ondes. Elles concernent un ensemble disparate de manifestations telles que le risque d'interruption de grossesse, de malformations congénitales, la prématurité, ou le petit poids de naissance. Les conditions d'exposition ne sont pas celles de la téléphonie mobile. Les résultats sont discordants, et les effectifs souvent insuffisants pour conclure. Quelques unes de ces études sont suggestives (de manière non significative) d'un risque accru en cas d'exposition aux RF de dispositifs de diathermie.
Une étude a été initiée par l'observation, en Lituanie, d'un déficit de naissances mâles dans le voisinage d'une station radar émettant un champ de 154-162 MHz, pulsé à 24.4 Hz. Divers tests psychométriques et neurologiques ont été réalisés, montrant des différences selon la plus ou moins grande proximité de la station, mais la mobilité des enfants, âgés de 9 à 18 ans, n'a pas été prise en compte, ce qui rend délicate toute conclusion.

Commentaires du groupe d'experts concernant la reproduction et le développement : Le sujet n'est pas vraiment développé. De manière indirecte, sont discutées quelques études conduites en milieu professionnel, chez des kinésithérapeutes exposés aux micro-ondes, mais ces données, hétérogènes, ne sont pas concluantes. Ce point est une faiblesse du rapport.
 

 5. Etudes concernant le système immunitaire

Conclusions résumées : Le sujet n'est pas traité spécifiquement et les quelques données existantes sont citées dans le chapitre sur le cancer.

Commentaires du groupe d'experts concernant le système immunitaire : Les données ne permettent pas de conclure.
 

 6. Etudes concernant les interférences avec les implants biomédicaux

Conclusions résumées : Le sujet n'est pas traité dans ce rapport.

 7. Autres effets

Conclusions résumées :
Effets éventuels sur l'œil :
 Dans un court chapitre, les rares résultats des études sur les effets des micro-ondes sur l'œil sont décrits : seuls les deux groupes de Kues et Kamimura ont effectué de telles études. Kues a observé des effets délétères (cataracte), sur les yeux de singes exposés à des micro-ondes pulsées ou continues de forte puissance tandis que Kamimura n'a jamais observé d'effets de micro-ondes continues dans des modèles similaires. Les résultats de Kues n'ont pas été reproduits, mais aucune équipe n'a effectué d'études de réplication dans des conditions rigoureuses. En conclusion, en raison de la faible vascularisation de l'œil et de sa position exposée, il est recommandé de poursuivre les études pour déterminer les risques réels et d'établir des limites d'exposition plus sévères que pour les expositions locales d'autres organes. Ainsi, il est recommandé une limite de 1,6 W/kg pour les travailleurs et de 0,2 pour le public.
Téléphones mobiles et conduite automobile :
 Il ne s'agit pas là d'un risque direct des ondes mais les auteurs du rapport insistent sur le caractère gravissime du risque démontré par une étude canadienne originale sur 699 sujets impliqués dans un accident. Le risque (seuls les accidents sans blessés ont été considérés) est aussi élevé que pour la conduite en état d'ivresse (taux d'alcool dans le sang à la limite autorisée), avec un risque relatif de 4,3 [3,0-6,5], inchangé selon que les personnes utilisent ou non un kit mains-libres. C'est l'inattention qui serait responsable des accidents.

Syndrome des micro-ondes :
 Ce syndrome défini plus haut n'a pas reçu de confirmation objective.
 Néanmoins, il serait souhaitable d'étudier en double aveugle la sensibilité potentielle de certains sujets aux champs RF.

Commentaires du groupe d'experts concernant les effets sur l'œil : L'importance donnée à l'œil dans ce rapport est en partie due au fait qu'il s'agit de normes concernant d'abord les travailleurs dont les yeux peuvent, dans certaines circonstances, être exposés à des micro-ondes de puissance relativement forte. Néanmoins, il n'est pas raisonnable de donner autant d'importance à ce thème dans la mesure où :
Les résultats de Kues sont contredits par ceux de Kamimura,
Ils ont été obtenus à des puissances ou énergies très élevées, sans rapport avec les niveaux de la téléphonie mobile ou des walkies-talkies, et sont largement contestés.
Les niveaux d'exposition proposés sont plus bas que pour des organes moins fragiles ou les extrémités mais sont parfaitement compatibles avec l'utilisation de téléphones mobiles. En effet, de par sa position, l'œil est peu exposé au champ émis par le terminal.
 

Conclusion générale du groupe d'expert sur le rapport canadien :
Ce rapport n'est pas très récent et beaucoup de données expérimentales nouvelles manquent. L'ensemble n'est pas équilibré car certains sujets sont très détaillés tandis que d'autres sont traités trop brièvement ou pas du tout. La bibliographie est complète mais n'est pas organisée correctement par thème. Ceci est dû probablement à la taille trop faible du groupe d'experts et aux disciplines représentées.
Ce rapport porte de nombreux témoignages sur l'existence de manifestations biologiques et fonctionnelles résultant d'expositions aux RF bien inférieures à celles susceptibles d'occasionner des effets thermiques. Pour autant, il reste très prudent sur l'interprétation de ces constats en termes 'd'effets menaçants' et de risques sanitaires. La possibilité d'une différenciation des effets biologiques des RF selon les caractères de leur modulation est signalée, et mérite d'être explorée. Si certaines voies mécanistiques sont avancées, elles relèvent encore d'hypothèses scientifiques, montrant que les recherches doivent continuer pour lever les incertitudes concernant les expositions locales et les effets à long terme.



III - Les rapports additionnels

ANALYSE DU RAPPORT DE L'ACADEMIE DES SCIENCES

Actes du symposium international " Communication  mobile, Effets biologiques " organisé au Collège de France les 19 et 20 Avril 2000 par l'Académie des Sciences, le Conseil pour les Applications de l'Académie des Sciences (CADAS), l'Académie Nationale de Médecine et la Fondation pour le Développement de la Science et de ses Applications (FDSA).

INTRODUCTION

 Ce symposium, dont le but était d'aborder le plus exhaustivement possible les problèmes liés aux effets biologiques de la communication mobile, a été réparti selon 6 sessions :
 La session 1, consacrée à la dosimétrie, placée sous la responsabilité de Joe Wiart de France Télécom Recherche et Développement et présidée par Pierre Aigrain de l'Académie des Sciences et du CADAS. La session 2, consacrée aux études sur l'homme, placée sous la co-responsabilité de Jean-Louis Coatrieux et Alain Bardou du LTSI-INSERM  à l'Université Rennes 1 et présidée par Claude-Henri Chouard de l'Académie Nationale de Médecine.
- La session 3, consacrée aux études animales in vitro, placée sous la responsabilité de Brernard Veyret du PIOM de Bordeaux et présidée par Charles Pilet, de l'Académie Nationale de Médecine, de l'Académie des Sciences et du CADAS.
- La session 4, consacrée à l'épidémiologie, placée sous la responsabilité d'Elizabeth Cardis du CIRC de Lyon et présidée par Raymond Ardaillou de l'Académie Nationale de Médecine.
- La session 5, consacrée à l'évolution du contexte technique, économique et réglementaire, placée sous la responsabilité de Luis Miro de la faculté de Médecine de Nîmes et présidée par Jacques Joussot-Dubien de l'Académie des Sciences. La session 6, consacrée à la gestion d'éventuelles alertes devant un danger potentiel, placée sous la responsabilité de Claude Gilbert du CNRS et présidée par Pierre Fillet du CADAS.

En raison de la mission confiée au groupe d'experts, cette synthèse ne portera que sur les chapitres relatifs aux travaux sur les effets biologiques et sanitaires des RF. Cela   ne signifie pas, bien entendu, que les autres contribution soient de moindre valeur. Cependant, elles relèvent plus de la gestion des risques, et toute personne intéressée pourra se reporter au rapport complet publié par l'Académie des Sciences. La bibliographie citée dans cette synthèse figure en annexe.

1/ Dosimétrie

 Dans le premier chapitre de cet ouvrage, dédié à l'électromagnétisme appliqué à la dosimétrie des interactions des ondes radioélectriques avec les personnes, Joe Wiart rappelle en préambule que la dosimétrie, ou la quantification des champs et puissances induits dans les tissus, est un axe essentiel des études relatives aux interactions des champs électromagnétiques avec les personnes. Comme cela a été souligné par l'Organisation Mondiale de la Santé, et le projet EMF [917] en particulier, l'analyse des effets biologiques possibles des ondes électromagnétiques passe par la maîtrise des niveaux de champs électriques, magnétiques et les puissances induites dans les tissus. Par le passé, beaucoup d'études biomédicales ont été menées sans que les analyses dosimétriques n'aient été réalisées préalablement, aujourd'hui il est parfois difficile de tirer des conclusions de ces études. Les experts de la DGXIII [576] ont recommandé dans leur rapport que les analyses dosimétriques soient un préalable aux études in vivo et in vitro.
Les études dosimétriques sont également essentielles pour analyser la conformité aux normes et recommandations internationales des radiotéléphones et systèmes associés. La commission européenne a émis une recommandation relative à la limitation de l'exposition du public aux champs électromagnétiques (1999/519/CE)[224]. Ce document est basé sur les recommandations scientifiques [386] de la commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (CIPRNI). Ce document définit les restrictions de base, limites de puissances absorbées par les tissus, qui garantissent une protection des personnes visàvis des effets connus et les niveaux de références, champs électriques et magnétiques, qui assurent que les puissances induites sont inférieures aux restrictions de base. Pour le grand public et suivant ces recommandations, la puissance absorbée par le corps entier ne doit pas excéder 0,08 watts/Kg. Localement cette puissance moyennée sur 10 grammes de tissu ne doit pas dépasser 2 watts/kg. Dans le domaine de la radiotéléphonie, les niveaux de référence en champ électrique pour le grand public sont de  41,1 volts/mètre à 900 Hz et de 58 volts/mètre à 1800 MHz.
Après avoir exposé les enjeux actuels de la dosimétrie, l'auteur s'attache à poser les bases de la dosimétrie numérique et expérimentale en rappelant la structure du champ électromagnétique et le couplage entre les champs électriques et magnétiques liés par les équations de Maxwell. Sont ainsi exposées les bases de la quantification numérique et expérimentale de l'énergie dans les tissus et principalement du taux d'absorption massique (DAS) seront exposées ainsi que l'évaluation numérique et expérimentale des champs électromagnétiques.
Dans la deuxième partie, cet exposé traitera des applications de la dosimétrie dans le domaine de l'analyse des effets biologiques possibles des ondes radioélectriques. Les principes de l'accès par multiplexage temporel (TDMA), du contrôle de puissance et de la transmission discontinue, qui ont un impact important sur la puissance effectivement émise par les mobiles et relais radio, sont rappelés.
Un chapitre est consacré à la présentation d'un modèle numérique développé au CNET, comprenant 10 tissus (peau, os, liquide céphalo-rachidien, matière grise, matière blanche….) et permettant l'étude de la distribution de l'énergie dans ces différents tissus. Les caractéristiques électromagnétiques, permettivité et conductivité des tissus utilisées dans ce modèle sont celles publiées par Gabriel [289]. Dans ces conditions, pour une émission à 900 MHz avec une puissance de crête de 100 watts les simulations indiquent un  DAS moyen sur 10 grammes de 1,1 watts/kg [388]. L'analyse dosimétrique montre que la tête absorbe environ 50% de la puissance émise par le radiotéléphone, la peau absorbant15%, le muscle 10%, le liquide céphalo-rachidien 5% et le cerveau 13%. L'absorption est principalement localisée dans la zone proche de l'oreille, 30% de l'énergie étant absorbée dans un cube de 5 cm de coté centré sur l'oreille interne.
 Les problèmes d'évaluation des champs induits par les stations de base sont alors abordés. Les interactions des stations de base avec les personnes peuvent être analysées soit en terme de champ incident, soit en terme de champ induit dans les tissus. Cette deuxième approche, basée sur le DAS est la seule valide quand la personne est très près de l'antenne ('champ proche'). Dans ce cas, un modèle expérimental ou numérique est à construire pour analyser les champs induits et des études sont poursuivies pour analyser et quantifier ces interactions. La première approche concernant l'analyse en champ incident est très utilisée dans la mesure où elle permet une comparaison avec les niveaux de référence des recommandations. Ce type d'approche montre que les densités surfaciques des puissances émises décroissent rapidement. Au delà de quelques mètres, les champs induits et les puissances associées sont très inférieurs aux recommandations internationales. Les antennes relais, souvent  constituées de réseaux de dipôles, focalisent l'énergie dans une direction, cette dernière étant principalement rayonnée sur un axe perpendiculaire à l'antenne, sa densité surfacique étant extrêmement faible à sa verticale. Le problème métrologique est actuellement lié à la mesure sur site, les caractères multi-fréquence et multi-polarité des systèmes actuels localisés sur les même lieux interdisant l'usage de sondes de mesure intégrant directement une diode de détection. Des études sont actuellement menées autour d'antennes isotopes sélectives sur une large bande de fréquence et un traitement de signal associé.
En conclusion, l'auteur souligne que la dosimétrie des interactions des ondes radioélectriques avec les personnes et les animaux testés est essentielle pour quantifier les niveaux de DAS induits dans les tissus. Cette analyse et cette évaluation sont indispensables pour que les études in vivo, sur l'homme ou épidémiologiques puissent donner lieu à des conclusions fiables, les études dosimétriques comme les protocoles devant être parfaitement définis pour permettre, si nécessaire, la comparaison avec d'éventuelles études de réplication.

La deuxième contribution à ce chapitre consacré à la dosimétrie est due à Om P. Gandhi. Elle rapporte l'état des recherches actuelles de l'Université de l'Utah sur l'application de la dosimétrie à l'étude du couplage électromagnétique entre le corps humain et à la fois les téléphones mobiles et les stations de base. Après avoir rappelé que les recommandations internationales les plus récentes sur les émissions électromagnétiques sont exprimées en termes de DAS [388, 386, 873], l'auteur présente deux différents modèles de tête et cou humains destinés, comme dans la contribution précédente, à étudier la distribution des DAS dans le corps humain en lien avec l'exposition aux téléphones mobiles et aux stations de base [298, 668, 865]. L'auteur a principalement orienté ses travaux sur l'étude des variations de cette distribution de DAS en fonction de la fréquence émise (de 835 à 1900 MHz), la variation de la longueur de l'antenne, en incluant les antennes courtes et hélicoïdales qui sont de plus en plus utilisées à l'heure actuelle, l'angle que fait l'antenne par rapport à la tête ainsi que l'influence des variations de taille au niveau de la tête. La comparaison entre ces valeurs estimées par ce type de méthodes numériques et la mesure directe expérimentale montre un écart de moins de 20% ce qui, au niveau des valeurs mesurées, valide remarquablement, au sens de l'auteur, les modèles utilisés.
Dans une deuxième partie, cet article décrit  un système de dosimétrie portable [506] permettant d'évaluer le couplage électromagnétique entre les stations de base et le corps humain en moins d'une minute, avec une précision de 5 à 10 % par rapport à l'évaluation obtenue en utilisant la méthode complète de simulation FDTD (Finite Difference Time Domain) utilisant une grille de 3 cm à 835 MHz et 1,5 cm à 1900 MHz qui nécessite plus d'une heure de temps machine sur le même ordinateur. Ce système de dosimétrie portable peut être utilisé pour définir rapidement la région spatiale en proximité des stations de base où les DASs sont supérieurs à ceux prescrits par les recommandations des instances internationales.

La troisième et dernière contribution consacrée dans cet ouvrage à la dosimétrie est due à Niels Kuster et Nicolas Chavannes, qui exposent les derniers progrès en dosimétrie expérimentale pour l'évaluation de l'exposition humaine et pour la caractérisation et l'optimisation des installations utilisées dans les expérimentations biologiques. Pour ces auteurs, la mise en évidence d'effets potentiels de champs électromagnétiques sur la santé a trop souvent été remise en question pour des raisons de description incomplète et imprécise de l'exposition et d'une dosimétrie quasi inexistante dans beaucoup d'expérimentations in-vitro et in-vivo. Un autre composante importante semble être la validité d'outils fiables pour analyser et optimiser l'exposition journalière humaine [53]. Le but du présent article est donc de faire une revue des derniers progrès en dosimétrie expérimentale, en montrant à la fois les points forts ou les faiblesses de l'application de ces outils dosimétriques pour la mesure de la répartition des champs dans le corps humain et les procédés d'exposition mis en œuvre au cours des expérimentations biologique.
 Durant ces dernières années, de nombreux dispositifs basés sur des capteurs de champ " diode-loaded " aux performances élevées ont été décrits. Ils vont des sondes hautement spécialisées pour la mesure in vivo et in vitro de la répartition des champs [705], de la répartition de la polarisation du champ [706], etc. Des avancées majeures ont été réalisées au niveau de l'isotropie sphérique, de la résolution spatiale, de la sensibilité, de la largeur de bande, de la linéarité, de l'immunité contre les modes secondaires de réception, de la précision de la calibration, etc. [704]. Les points forts de la dosimétrie expérimentale résident essentiellement dans la validation des résultats des simulations car elle permet de mesurer précisément la répartition des champs dans les conditions réelles, non simplifiées et non modifiées. Ses points faibles se situent essentiellement au niveau de ses restrictions quand elle s'adresse à des milieux liquides ou assimilés, sa résolution spatiale limitée (supérieure à 1 mm3,  son applicabilité limitée à l'intérieur de petites structures.
A l'opposé, les points forts de la plus fiable des méthodes numériques (Finite Difference Time Domain technique ou FDTD) sont principalement son applicabilité à des structures non homogènes, le fait de fournir une haute résolution spatiale, de permettre d'appréhender une complète répartition en 3D, son aptitude à l'évaluation de la sensibilité des résultats en fonction de différents paramètres (dépendance de l'absorption en fonction de l'anatomie, de la posture, des paramètres tissulaires, etc.). Dans ces conditions, le FDTD est parfaitement applicable aux taches d'optimisation aux niveaux de dispositifs d'exposition ou de systèmes d'antennes.  Le plus important de ses points faibles est que les simulations électromagnétiques requièrent des simplifications de départ par rapport aux conditions véritables conditions d'exposition réelle par les divers dispositifs et que les méthodes FDTD ne permettent pas d'estimer cette incertitude de répartition en interne [117].
 

2/ Études sur l'homme

La contribution introductive d'Alain Bardou et Jean-Louis Coatrieux rappelle, de façon générale,  les domaines d'action possibles des effets biologiques de la communication mobile, tels qu'ils avaient été dégagés dans le rapport de la Commission de Sécurité du Consommateur au Président de la République et au Parlement en 1997 [60], l'état de l'art à cette date concernant principalement:
- la possible induction de tumeurs cérébrales. La majorité des études s'avéraient négatives (Persson et Salford [762, 764], Adey [11], Juutilainen [426] ;  la seule étude contradictoire, par rapport au grand nombre de travaux montrant une innocuité de l'irradiation, était celle de l'équipe de Michael Repacholi (Royal Academic Hospital, Adelaide, Centenary Institute of Cancer Medicine, Sydney, Australie), collaborateur de l'OMS qui, à partir de souris transgéniques génétiquement modifiées pour présenter un terrain favorable au développement du lymphome, a montré que "le risque de développement d'un lymphome est apparu significativement supérieur chez les souris exposées que chez les animaux de contrôle", [734].
- des modifications de perméabilité de la barrière hémato-encéphalique où les résultats demeuraient encore contradictoires, Prato [710], Salford et Persson [763, 695], Fritze et coll. [278].
- des modifications de l'électroencéphalogramme, plus particulièrement sur les ondes a et la puissance spectrale (Thuroczy [861], Von Klitzing [901] et du sommeil principalement au niveau du sommeil paradoxal (Mann and Röschke [554, 748]).
- de l'altération de l'ADN, principalement de possibles dommages au niveau de l'ADN de cellules cérébrales de rat après exposition aux radiofréquences, Lai [487, 488], ayant observé "une augmentation des cassures des mono et double brins d'ADN après exposition à la fréquence de 2450 MHz en mode pulsé ou continu ", alors que Fritze [279] et Juutilainen [426] affirment l'un comme l'autre que leurs résultats montrent qu'il est impossible d'imputer un quelconque effet génotoxique aux émissions du téléphone mobile.
- l'action au niveau des hormones hypophysaires, René de Sèze ayant montré une " légère modification du taux de TSH pendant la période d'écoute téléphonique " ainsi qu'une possible action sur le taux de Mélatonine [211, 212]
- le métabolisme de l'Acétylcholine, Lai [480] suggèrant une possible diminution de la capture de choline sodium-dépendante et une augmentation de récepteurs cholinergiques muscariniques, ainsi que des effets sur le système neurotransmetteur au niveau de variations de l'activité acétylcholine-estérasique rapportés par Hossmann [373].

La contribution de René de Seze à ces études sur l'homme est plus particulièrement consacrée à l'effet de téléphones mobiles sur l'audition, le sommeil et le système nerveux. Concernant le sommeil, des travaux de Röschke et Mann effectués chez 12 volontaires pendant le sommeil montrent que la latence d'endormissement était légèrement réduite (9,5 min au lieu de 12,3 min. ; p < 0,005) et la durée totale du sommeil paradoxal (REM) était également diminuée de 17,1 à 13,9% (p < 0,05) [554]. Borbely a également montré une réduction du temps d'éveil pendant le sommeil de 18 à 12 min. (p < 0,05) et une augmentation de la puissance spectrale pendant le sommeil paradoxal [40]. L'émission était alternative, avec des intervalles marche-arrêt de 15 minutes, une modulation à 217 Hz mais aussi à 2, 8, 17 et 36 Hz; ces dernières fréquences peuvent survenir pendant une faible fraction du temps d'émission des communications réelles. Le DAS calculé maximum dans les tissus, moyenné sur 10 g, était de 1 W/kg.
Au niveau de l'audition, aucune modification des latences des différents potentiels évoqués auditifs ou des intervalles qui les séparent n'a été observée par de Sèze et al. entre les PEA du tronc cérébral enregistrés, avant et après une demi-heure d'exposition à un radiotéléphone [214].
Au niveau du système nerveux en général, une étude épidémiologique non publiée [610] a montré une association entre l'utilisation des radiotéléphones cellulaires avec des symptômes bénins, mais perturbateurs de la qualité de la vie (céphalées, échauffement, voire irritation cutanée, ...). Si de tels effets sont provoqués par les radiotéléphones, une interaction physiologique primaire doit précéder l'apparition de symptômes ou d'une pathologie, qui pourrait être détectée par électroencéphalographie numérisée (Q-EEG). Les résultats sont variables, mais comme l'a signalé Reiser en 1995 [729], une augmentation d'activité de plusieurs bandes de l'EEG a plusieurs fois été observée. Thuroczy a par contre trouvé un effet inverse, d'abord chez le rat (1995), puis chez l'homme [862], tandis que Hietanen après 30 minutes d'exposition [30], ou l'équipe de Röschke après 3,5 minutes [748], n'ont pas observé de différence de la composition spectrale de l'EEG numérisé.
Au niveau des tests cognitifs (mémoire, attention, vigilance) Preece [715, 714] a montré que le temps de réaction de choix était significativement modifié, aucune variation n'étant par ailleurs notée pour le temps de réaction simple, le temps de réaction de vigilance, la mémoire immédiate de mots lus, de nombres ou d'images, ou la mémoire spatiale.
Koivisto a par ailleurs montré qu'aucun test de réaction visuel n'était significativement modifié [446]. Krause a également montré [452] qu'une exposition à un téléphone GSM pendant une tâche de rappel de mots prononcés, mettant en jeu la mémoire de travail auditive, augmentait la puissance relative de l'électroencéphalogramme dans la bande 6-12 Hz avec une prédominance en 10-12 Hz.

Ulf Berqvist s'est, dans sa contribution à ce thème, plus particulièrement attaché aux possibles effets hormonaux et cardiovasculaires de la communication mobile ainsi qu'à la possibilité de perception des signaux électromagnétiques du téléphone par des individus hypersensibles à leur égard.
Au niveau hormonal, l'auteur s'est principalement attaché à la mélatonine, dans la mesure où cette dernière peut avoir différents types d'action et être aussi bien impliquée dans l'inhibition de la croissance tumorale que dans le cycle nycthéméral. Quelques études ont examiné les taux de mélatonine en utilisant différentes sources de fréquences [216, 555] sans mettre en évidence de différences liées à l'exposition. Quelques études ont également examiné les taux de cortisol et quelques autres hormones avec de faibles indications d'action de l'exposition [555, 213]. Il faut cependant noter des résultats partiellement contradictoires pour le cortisol dont l'auteur du présent chapitre pense que l'on peut présumer qu'ils sont sans signification biologique.
Des travaux menés par Braune [106] se sont attachés à l'étude de la possible variation de certaines grandeurs circulatoires. Des modifications ont été notées chez l'homme au niveau de la  pression artérielle qui est augmentée par l'exposition au GSM de 5 mm Hg pour la pression diastolique et de 10 mm Hg  pour la systolique. Aucun effet n'a été observé au niveau de la fréquence cardiaque et de la perfusion capillaire. Il faut cependant noter que cette étude a été assez critiquée pour son manque de randomisation (l'exposition étant toujours pratiquée après le placebo) et pour le fait qu'elle ait été menée en simple et non en double aveugle. Cependant, les résultats de cette étude ont été beaucoup discutés au niveau de leur importance potentielle sur les maux de tête décrits par certains individus (voir les travaux de Hansson Mild dans la section épidémiologie du présent rapport) et les accidents vasculaires cérébraux. Une autre étude n'a, pour sa part, trouvé aucune modification au niveau de la circulation cérébrale après exposition au GSM [862].
La détection de signaux radiofréquences dus aux téléphones mobiles ou à leurs stations de base a été examinée dans quelques études sur des sujets souffrant d'hypersensibilité électromagnétique. Il ressort d'études très récentes effectuées en Finlande que de tels individus apparaissent incapables de détecter les signaux GSM issus des téléphones.
 L'auteur conclut en considérant que des études sont actuellement en cours et doivent être poursuivies sur ces différents points en incluant des sujets sains de différentes classes d'âge,  des sujets éprouvant divers symptômes associés à l'usage du téléphone mobile, ainsi que des sujets souffrant d'hypersensibilité électromagnétique.
 

3/ Etudes animales et in vitro

Dans son texte introductif à ce thème, Bernard Veyret souligne l'importance des modèles animaux et cellulaires, justifiée par la somme de connaissances que l'on peut obtenir à l'aide de ces modèles permettant de nombreuses expériences qui ne peuvent être pratiquées sur l'homme. Néanmoins, ce type d'approche expérimentale présente des limitations, la principale tenant à la difficulté posée par l'extrapolation à l'homme des résultats expérimentaux obtenus sur les modèles animaux et cellulaires. La nécessité de conditions expérimentales les plus standardisées possibles est particulièrement mise en exergue tant au niveau de la dosimétrie que des modèles biologiques choisis et des protocoles expérimentaux, dans le but d'une comparaison objective des différents résultats obtenus. Il est rappelé qu'aucun résultat publié ne porte à conclure qu'il existe des effets sanitaires délétères mais que cependant certains résultats positifs méritent d'être confirmés et que de nouvelles études sont nécessaires pour combler des lacunes dans les connaissances. De nombreuses recherches sont actuellement en cours soit au niveau de programmes nationaux, soit sur des programmes directement financés par l'industrie, (cf chapitre VI, 'état de la recherche')
La contribution de Zenon Sienkiewicz du National Radiological Protection Board (NRPB) du Royaume Uni  consiste en une revue très exhaustive des études animales concernant les effets biologiques des micro-ondes. Sont successivement abordées les études relatives aux effets sur le système nerveux (pris dans toutes ses composantes: l'expression des gènes, la barrière hématoencéphalique, l'activité électrique, les neurotransmetteurs, la mémoire), la cancérogenèse (également considérée au niveau de ses multiples aspects: les effets génotoxiques, l'incidence de tumeurs spontanées, la promotion, la progression de tumeurs injectées, la Mélatonine), la reproduction et le développement.

Effets sur le système nerveux:
Concernant l'expression génétique, plusieurs travaux, notamment ceux de de Pomerai et coll. [208], montrent une possible élévation de la protéine de choc thermique c-fos suggérant une possible élévation thermique très localisée, cette ligne de recherche méritant, selon l'auteur, des travaux additionnels et une réplication indépendante.
Les patterns EEG et la puissance spectrale semblent modifiés par l'exposition [151, 721, 903]. Le variations de puissance spectrale ne semblent par contre observés que pour des niveaux d'exposition faisant varier la température cérébrale locale [859].
Une action sur les neurotransmetteurs a été rapportée par plusieurs études isolées issues de différents laboratoires. L'acétyl-choline est un neurotransmetteur important associé à l'apprentissage et à la mémoire dans différentes régions du cerveau. L'exposition semble altérer cette activité cholinergique dans l'hippocampe et le cortex frontal [473, 447]. L'exposition prolongée semble entraîner une augmentation compensatoire des récepteurs muscariniques cholinergiques [480], ces effets étant corrélés avec des effets sur le comportement. Certains auteurs [476] constatent que des modifications identiques peuvent être induites par des facteurs de stress tels que le bruit ou le confinement. L'orientation actuelle penche pour une médiation possible de corticotrophine " releasing-factor " et l'intervention d'opioides endogènes [479, 482, 490]. Différentes modifications du comportement et de la fonction d'apprentissage peuvent également être observés consécutivement à différents types d'irradiation [485, 912, 810, 715, 446, 445]. L'auteur signale, sans les référencer, que de récentes études suggèrent que les micro-ondes peuvent avoir des effets spécifiques sur les performances cognitives chez l'homme et pense que des travaux complémentaires doivent être effectués sur ce sujet, principalement sur des primates.

Effets sur la cancérogenèse:
Concernant la génotoxicité, un point important concerne la non réplication [775] des expériences de Lai [549] sur les dommages du DNA liés à l'exposition. Des études complémentaires in vitro [548, 547] confirment cette non réplication. D'autre part, plusieurs études utilisant d'autres indicateurs de dommages du DNA [73, 778, 893, 895] tendent à dédouaner totalement le téléphone mobile au niveau de possibles effets génotoxiques.
Au niveau de l'incidence de tumeurs spontanées, la quasi totalité des études fournit des résultats négatifs [160, 870, 272, 271, 842]. Selon l'auteur, les résultats de l'étude de Repacholi [734] effectuée sur souris transgéniques semblent difficilement transposables à des animaux non transgéniques, et à fortiori à l'homme.
Concernant la promotion, des études datant d'une vingtaine d'années rapportent une promotion et une progression des tumeurs de la peau induites par le benzopyrène chez la souris. Ce rôle de promotion a particulièrement été étudié au cours d'études récentes sur de tumeurs chimiquement induites au niveau du colon chez la souris [485] et au niveau du foie chez le rat [391, 392]. Aucun effet sur l'incidence, le nombre et la taille des tumeurs n'a pu être mis en évidence. Il en a été de même pour l'exposition de tumeurs cérébrales et bulbaires chez le rat, que ces tumeurs soient spontanées ou chimiquement induites par  l'ethylnitrosurée (ENU) [15, 942].
Peu d'études ont été consacrées à la progression des tumeurs induites par injection de cellules cancéreuses à des animaux sains. Bien que la plupart de ces études montrent que l'exposition est sans effet sur la croissance de ce type de tumeurs [765, 360], une étude  en décrit un accroissement de la croissance par l'exposition aux micro-ondes [900].
Les effets possibles sur la Mélatonine ont également été étudiés dans la mesure où cette hormone peut agir en tant qu'agent oncostatique, une réduction de cette hormone apparaissant dans ces conditions susceptible d'accroître les risques de cancer.  Deux études rapportées par l'auteur ne montrent aucune variation de ce taux de Mélatonine consécutivement à l'exposition aux micro-ondes [96, 97], deux montrant même une augmentation de la Mélatonine sérique [391, 392]. Il faut noter que dans ce même ouvrage figurent deux références de travaux de René de Seze montrant une possible variation des taux de Mélatonine consécutive à l'utilisation du téléphone mobile [211, 212].
En conclusion à cette revue des travaux sur la cancérogenèse, l'auteur conclut que l'ensemble de ces résultats ne laisse que peu de place à l'hypothèse d'un accroissement du risque de cancer par l'exposition aux radiations émises par le téléphone mobile. Cependant, le peu d'études rapportant des résultats positifs interdit de disculper totalement la communication mobile (même s'il est possible de critiquer la pauvreté de la méthodologie expérimentale ou la difficulté d'extrapolation à l'homme de ces expériences), cette incertitude scientifique résiduelle justifiant la poursuite de recherches additionnelles de haute qualité.

Effets sur la reproduction
Les effets tératogènes et testiculaires de l'hyperthermie sont bien connus et l'exposition à la chaleur due aux microfréquences peut induire des taux élevés de mortalité intra utérine, des retards fœtaux ainsi que des stérilités plus ou moins temporaires [415, 665]. Dans la mesure où les effets thermiques de la téléphonie mobile sont excessivement faibles , on peut s'attendre à l'absence d'effets aux taux d'exposition rencontrés par le public. Cependant, une étude réalisée chez des souris exposées à un parc d'antennes commerciales a montré une rapide chute de la fertilité ainsi qu'une diminution de la taille des embryons [545]. L'absence d'un lot témoin et le fait que ce type de résultat puisse être observé pour d'autres types de stress environnementaux autorise à discuter la validité ces résultats. Cependant ce type d'étude doit être poursuivi en laboratoire selon un protocole expérimental très strict..

La contribution de Jukka Juutilainen traite des études in vitro relevant de la possible cancérogénicité des radiofréquences. L'auteur rappelle tout d'abord en préambule l'importance du DAS dans ce genre d'études, afin de bien dissocier les effets thermiques et les effets non thermiques. La génotoxicité est essentiellement liée aux dommages causés au DNA. Les agents provoquant de tels dommages sont souvent cancérigènes, la génotoxicité in vitro étant souvent utilisée comme pré-screening pour l'identification des substances potentiellement initiatrices. Des agents non génotoxiques peuvent également avoir des propriétés cancérigènes (promoteurs), soit en supprimant ou altérant les mécanismes de réparation de l'ADN, soit en supprimant les réponses protectrices envers le stress oxydatif, soit en agissant sur l'apoptose, soit en stimulant la prolifération cellulaire.
La plupart des résultats actuellement disponibles suggèrent que les radiofréquences n'ont pas d'effet génotoxique direct [113]. Cependant, deux études rapportent des résultats positifs, celle de Maes et coll. à une valeur relativement faible de DAS [542] et celle de Phillips et coll. qui suggère un effet spécifique de la modulation à des niveaux faibles d'exposition [160]. Si l'expérience de Maes peut être critiquée au niveau du contrôle des conditions d'exposition, les résultats obtenus par Phillips, en utilisant les modulations de deux systèmes différents de téléphonie mobile (TDMA et iDEN), semblent intéressants. L'auteur de la communication pense cependant que des effets à des niveaux aussi faibles d'exposition doivent être confirmés par des travaux indépendants avant de pouvoir vraiment être pris en considération.
De nombreuses études ne mettent en évidence aucune augmentation des dommages causés à l'ADN par la combinaison entre des génotoxiques connus et l'exposition aux radiofréquences, ni sur la synthèse réparatrice de l'ADN [701]. Quelques résultats positifs ont été obtenus [544, 543, 781]. Il est intéressant de noter que ces résultats positifs ne sont obtenus que si l'exposition aux radiofréquences est antérieure à l'action du mutagène et jamais si elle est synchrone ou postérieure [544, 543]. Scarfi et coll. [781] a également obtenu des effets par exposition préalable aux radiofréquences, mais les valeurs de DAS excessivement élevées utilisées ne permettent pas d'exclure d'éventuels effets thermiques. Néanmoins, la possibilité d'effets combinés entre les radiofréquences et les substances génotoxiques doit, selon l'auteur, faire l'objet de nouveaux travaux de recherche.
Concernant les effets de radiofréquences sur la prolifération cellulaire, un groupe de recherche a rapporté des résultats paradoxaux par exposition à un téléphone de type GSM-RF ; un accroissement de la prolifération est décrit dans le premier et une diminution dans le second, les deux études ayant été effectuées avec des types cellulaires et de paramètres d'exposition strictement identiques [470, 887]. Différents travaux effectués sur les marqueurs de prolifération ont montré des modifications, soit sur la thymidine (augmentation de la synthèse d'ADN) [830], soit sur l'ornithine décarboxylase (ODC) (enzyme clé de la synthèse des polyamines) [830, 527, 689]. Les travaux sur l'ODC ont par ailleurs mis en évidence un effet dépendant de la modulation en amplitude du signal d'exposition [527, 689] ou de la fréquence de ce signal [120]. L'auteur considère que ces travaux sur l'ODC sont potentiellement importants et que ce champ de recherche doit être activement poursuivi.
S'agissant de l'action des radiofréquences sur l'expression génétique, deux études suggèrent le fait que cette expression peut être modifiée par une faible exposition aux radiofréquences [323, 402]. Ces travaux aboutissent à des résultats divergents, bien que positifs, l'un montrant des effets sur le proto-oncogène fos, l'autre sur le proto-oncogène jun et ils ne peuvent être directement comparés car les types de cellules utilisées sont différents ainsi que les niveaux d'exposition. Bien que ces travaux indiquent un possible effet positif, l'auteur considère que la signification pratique de changements aussi faibles dans l'expression génétique demeure obscure.
Concernant enfin les modèles de transformation in vitro, trois modèles montrent une accentuation des effets d'un promoteur chimique (TPA) [49, 50, 51], mais, ces trois études rapportées par le même groupe n'ont pas été répliquées par d'autres équipes. D'autre part, une étude de Cain et coll. ne trouve aucun effet à un faible niveau de DAS [125]. Cependant, comme précédemment, les différences au niveau des paramètres d'exposition et des méthodologies utilisées interdisent toute comparaison entre ces différents résultats.

 La conclusion générale de l'auteur concernant ce chapitre est que :
Les données obtenues ne suggèrent pas d'effet génotoxiques directs mais que les recherches sur effets indirects et les possibles interactions doivent être poursuivies.
Il est difficile d'évaluer les effets relevant de la cancerogénicité non-génotoxique, peu d'études ayant été effectuées dans ce domaine
Les travaux effectués ont utilisés différents modèles biologiques et paramètres d'exposition rendant très difficile toute étude comparative
Les travaux actuels ne permettent pas d'affirmer avec certitude l'existence d'effets reliés à la modulation d'amplitude mais ne permettent pas non plus de les exclure
En conséquence, les travaux à venir devront se focaliser sur la cancérogenèse non-génotoxique et la co-cancérogenèse. Ils devront également tenter d'éclaircir les problèmes de la dépendance à la modulation d'amplitude et, en règle générale, la réplication indépendante des résultats positifs actuellement obtenus est une priorité.
 

4/ Epidémiologie

Dans son exposé introductif, Elisabeth Cardis a rappelé qu'avant l'apparition de téléphones mobiles, les deux sources principales d'exposition aux radiofréquences étaient professionnelles et domestiques et que toute l'information sur les risques date des études limitées de cette époque. Cette information est jugée à l'heure actuelle totalement inadéquate sur la présence ou l'absence d'association entre l'exposition aux radiofréquences et les effets sur la santé de l'homme. L'auteur conclut cet exposé en introduisant les deux contributions dédiées aux études épidémiologiques récentes sur l'usage du téléphone mobile présentées respectivement par Kjell Hansson Mild consacrée à l'ensembles de symptômes susceptibles d'être observés en association avec l'usage du téléphone mobile et par Joshua Muscat et coll., plus particulièrement ciblée sur les tumeurs cérébrales.

L'intervention de Kjell Hansson Mild rapporte deux études épidémiologiques : une relative aux symptômes subjectifs et aux tumeurs cérébrales, l'autre relative uniquement à la problématique de l'induction éventuelle de tumeurs cérébrales. Concernant les symptômes subjectifs, l'auteur souligne qu'à partir de 1995, de nombreuses personnes ont rapporté éprouver différents symptômes comme des migraines, des sensations d'inconfort, de chaleur derrière ou autour de l'oreille, voire des difficultés de concentration au cours de l'usage du téléphone mobile [667, 365, 611].
Une vaste étude épidémiologique incluant 12 000 utilisateurs en Suède et 5 000 en Norvège a été engagée pour évaluer l'incidence de ce type de symptômes. La comparaison entre les utilisateurs du GSM et du NMT montre que pour ces derniers, le risque de sensation d'échauffement auriculaire est significativement plus élevé que pour les utilisateurs du GSM. Les mêmes conclusions s'appliquent en Suède pour les migraines et la sensation de fatigue [610].
Concernant le problème de la possible induction de tumeurs cérébrales, l'auteur rapporte les résultats publiés par Hardell et coll. [346], à laquelle il a lui même participé, concernant une étude cas témoins portant sur 233 patients atteints de tumeur cérébrale vivant dans les régions d'Uppsala et de Stockholm. L'augmentation du risque de tumeur cérébrale liée à l'utilisation du téléphone mobile a uniquement été observée dans les cas de tumeur dans les zones temporales, tempopariétales ou occipitales en position ipsilatérale par rapport à l'utilisation du téléphone mobile. Cette augmentation du risque n'est observée que pour le système NMT, le temps d'observation étant trop court pour étudier un éventuel effet du GSM. Ces résultats, non significatifs sur le plan statistique, ne portent cependant que sur un faible nombre d'observations (13 cas, 10 avec une tumeur maligne, 3 avec une bénigne, dont 9 exposés au NMT, 3 à la fois au NMT et au GSM et un seulement au GSM). La conclusion de l'auteur est qu'un accroissement du risque de tumeur cérébrale dans les zones anatomiques proches de l'utilisation du téléphone cellulaire doit être particulièrement surveillée dans le futur.

La contribution de Joshua Muscat et coll. rapporte les résultats d'une étude épidémiologique cas-témoins effectuée entre 1994 et 1998 dans 5 établissements hospitaliers de New-York et du Massachussetts chez 469 hommes et femmes chez lesquels une tumeur cérébrale venait d'être récemment diagnostiquée. Les résultats de cette enquête ont montré que le risque de développement d'un cancer cérébral n'apparaissait relié ni à la fréquence mensuelle d'utilisation (évaluée à partir de la facturation) ni au nombre d'années d'utilisation du téléphone mobile. Le risque de cancer était très peu élevé dans les régions cérébrales proches de l'oreille. Par contre, des analyses histologiques spécifiques ont mis en évidence un accroissement du risque pour une forme peu commune de neuroépithéliomes, ce risque étant similaire chez les gros ou les faibles consommateurs du téléphone mobile. Dans cette étude, la distribution spatiale du cancer cérébral n'a pas été reliée à l'utilisation du téléphone mobile. L'auteur pense que quelque possible effet du téléphone cellulaire peut se produire dans les phases de promotion  ou de progression du développement du cancer et que de tels effets peuvent se manifester à relativement court terme. De futures études sont absolument nécessaires pour apprécier les effets sur des périodes d'induction plus prolongées.
 

5/ Evolution du contexte technique, économique et réglementaire.

Dans la première contribution à ce thème, Luis Miro traite de l'évolution du risque sanitaire en rappelant que parallèlement à l'évolution technologique des téléphones mobiles et à leur diffusion presque universelle, il semblerait sage d'envisager des à présent comment le risque sanitaire qui leur est imputé va lui-même évoluer.

Les directions actuellement prises montrent que :
- L'exposition cérébrale devrait normalement diminuer dans les années à venir
- Les fréquences utilisées devraient se situer dans la gamme des 2 GHz
- Le nombre de personnes exposées devrait augmenter de façon extrêmement importante incluant en particulier les enfants, les personnes âgées et les malades.

Sur le plan sanitaire, ce fait est pris en compte dans les diverses réglementations par un facteur de sécurité supplémentaire de " 5 " par rapport aux limites d'exposition prévues pour les travailleurs ou dans les zones contrôlées. Le risque sanitaire semble donc a priori maîtrisé.
Cependant en examinant de plus près la situation, nous constatons que l'évolution qui nous a été décrite ne se réfère qu'aux seuls téléphones mobiles et ne prend pas en compte leur intégration dans le développement général de l'ensemble des télécommunications intéressant la vie quotidienne de chacun de nous. En effet, dans une échéance que l'on pourrait qualifier " à moyen terme " les téléphones mobiles devraient s'intégrer dans une constellation de réseaux constituant les " Wireless Local Area Network " ou WLAN, allant des réseaux de bureau ou de contrôle domestique jusqu'au " Body WLAN " installé sur la personne ellemême. Cet ensemble devrait entraîner une augmentation importante du nombre des émetteurs classiques et surtout du nombre des petits émetteurs peu puissants, mais dont certains pourraient être situés au contact direct du corps humain. Par ailleurs ces intercommunications entre réseaux devraient utiliser des fréquences plus élevées de l'ordre de la dizaine de GHZ, c'estàdire les Ondes millimétriques.
 Cette nouvelle situation risque :
- d'augmenter l'exposition du corps entier à une multitude de champs électromagnétiques
- de placer sur certaines parties du corps des émetteurs de puissance faible mais susceptibles de se coupler avec des éléments réactifs contenus dans la peau.
Une telle éventualité n'est pas déraisonnable si l'on considère que :
- des études sur la profondeur de pénétration dans la peau ont montré que celleci diminuait avec la fréquence, augmentant corrélativement leur absorption dans les couches superficielles cutanées
- de nombreuses études biochimiques, cellulaires, physiologiques et thérapeutiques ont montré une action de ces ondes. Certes les conclusions de ces études ne sont pas cohérentes entre elles, mais il n'en reste pas moins que ces effets semblent exister, même si l'on n'en maîtrise pas les paramètres pertinents.
- un certain nombre de ces études ont montré la possibilité d'effets par résonance liés à la fréquence, bien que ces résultats soient controversés, ou pour le moins discutés.

En conclusion, l'auteur considère donc que c'est dès maintenant, en même temps que se développent les technologies, qu'il faut initier les recherches biologiques et médicales nécessaires pour évaluer au plus près les effets réels ou possibles sur la physiopathologie humaine de ces ondes millimétrique et de l'augmentation de " l'ambiance électromagnétique " dans laquelle va vivre l'homme.

Dans sa contribution, Jörgen Bach Andersen traite du retentissement de l'évolution du contexte technique sur les effets biologiques des téléphones mobiles. Dans ce domaine, l'auteur considère que la conjonction entre l'évolution continue de la microélectronique, la popularité des téléphones mobiles et le " global internet " imprime un mouvement continu de forte croissance du téléphone mobile. Un des changements majeurs  rapidement attendu est la montée en puissance de la transmission d'informations par rapport à la transmission de parole, ces informations étant de différentes natures (images, commerce électronique, nouvelles, publicité, etc …). La condition princeps à l'apparition d'une telle utilisation réside dans la capacité de transmettre des données sous haut débit, qui devrait rapidement croître de 9,6 Kb/s à plusieurs centaines de Kb/s jusqu'à atteindre 2Mb/s pour les terminaux UMTS ou IMT-2000. Cette évolution est également initialisée avec une modification graduelle dans la famille GSM, avec GPRS ou EDGE. Ceci signifie que le mode TDMA (Time Division Multiple Access)  de base persistera. Un nouveau spectre vient d'être alloué aux terminaux EMTS dans la bande 2 GHz mais le système UMTS sera légèrement différent dans la mesure où le système codé de division du signal (W-CDMA) se fera à puissance constante et n'aura pas la nature répétitive du signal TDMA.
D'un point de vue relatif à la biologie et à la santé, ces terminaux qui incluront la vision comme une de leurs caractéristiques, seront à une distance respectable de la tête de l'utilisateur et ne seront plus susceptibles des effets de couplage avec le cerveau, comme le font les modèles actuels de téléphones. Cependant, la fonction phonique de ces nouveaux téléphones demeurera un élément important.
La transmission de données à haut débit fait que l'on peut s 'attendre à une transmission pratiquement constante à la puissance maximale de 2 Watts, ce qui n'est actuellement pas le cas des mobiles. La standardisation de la puissance maximale de transmission sera vraisemblablement influencée par des considérations d'ordre biologique. Une tendance intéressante du monde de la transmission sans fil est la pénétration des petits transmetteurs à faible puissance (de l'ordre du milliwatt)
Beaucoup de capteurs seront encapsulés dans des dispositifs usuels d'usage journalier afin d'éviter les câbles pour se connecter à une imprimante, à une caméra digitale, et seront de faible puissance, à une bande ISM de l'ordre de 2,45 GHz. L'utilisation du téléphone mobile au niveau de l'oreille deviendra donc réduite, ce que l'on peut envisager à faible puissance, son utilisation principale étant à forte puissance mais à une distance de sécurité respectable.
En conclusion, l'auteur considère qu'on peut s'attendre à une croissance énorme de la transmission sans fil. Cependant grâce à la conjonction entre une puissance relativement faible et l'éloignement relatif des tissus sensibles, le problèmes de santé publique ne devraient absolument pas avoir à en pâtir selon lui.
 

Avis du groupe d'experts sur le rapport de l'Académie des Sciences : Cet ouvrage présente le grand intérêt de fournir un instantané de haute qualité scientifique sur les connaissances disponibles en Avril 2000. Les différents domaines de recherche concernant la relation possible entre téléphone mobile et la santé de l'homme sont clairement explicités et portent notamment sur:
la possible induction de tumeurs cérébrales,
des modifications de perméabilité de la barrière hémato-encéphalique,
des modifications de l'électroencéphalogramme, plus particulièrement sur les ondes alpha et la puissance spectrale, et au cours du sommeil, principalement au niveau du sommeil paradoxal,
des modifications cardio-vasculaires, principalement au niveau de la pression artérielle,
l'altération de l'ADN.

L'ensemble de ces travaux met en évidence de nombreuses modifications biologiques sans qu'il soit possible de leur attribuer des conséquences avérées sur la santé. Concernant l'hypothèse d'un risque carcinogène, l'examen de l'ensemble des travaux amène à considérer que les radiofréquences n'ont vraisemblablement pas d'effet génotoxique direct. Cependant, il semble que plusieurs points restent encore à élucider concernant plus particulièrement:
les effets de la modulation du signal qui demandent à être étudiés de façon plus approfondie (Phillips et coll.),
la co-cancérogenèse dont plusieurs études à l'heure actuelle sont évocatrices (Maes et coll., Scarfi et coll.) ;
les variations observées des niveaux d'agents oncostatiques (dont un déficit peut être susceptible d'accroître les risques de cancer), tels que la mélatonine (de Seze et coll.),
les variations observées sur les taux de marqueurs de la prolifération tels que la thymidine (augmentation de la synthèse d'ADN (Stagg et coll.) ou l'ornithine décarboxylase (ODC) (Stagg et coll., Litovitz et coll., Penafiel et coll.), enzyme clé de la synthèse des polyamines. Le groupe rejoint dans ce domaine les conclusions de Jukka Juutilainen qui, en rapportant ces travaux, les a qualifiés de potentiellement importants, et considère que ce champ de recherche doit être activement poursuivi.

Le groupe d'experts observe que le problème des stations de base, malgré ses forts retentissements médiatiques actuels, n'est que très faiblement abordé dans cet ouvrage.

En conclusion générale, bien que les résultats de travaux menés à cette date ne mettent pas en évidence avec certitude de risque sanitaire, il reste nécessaire d'évaluer les possibles retentissements sanitaires futurs des modifications biologiques observées. De nombreux projets internationaux de recherche, cités dans l'ouvrage de l'Académie, sont actuellement poursuivis dans ce but.
ANALYSE DU RAPPORT DE ESSOR-EUROPE
Critique du rapport intitulé "Effets physiologiques et environnementaux des champs électromagnétiques" rédigé par la société Essor-Europe (Jean-Pierre Chevillot, Jean-Pierre Husson, Philippe de Montgolfier) en mai 2000
 

Ce rapport avait été initialement commandé par le STOA du Parlement Européen. Il concerne l'ensemble du spectre électromagnétique non-ionisant et en particulier les gammes très basses fréquences-ELF  du transport de l'électricité et les RF de la téléphonie mobile.
L'information nécessaire à la rédaction du rapport a été rassemblée de diverses manières : analyse de l'information disponible sur Internet, envoi d'un questionnaire à 45 experts, analyse de rapports internationaux,  auditions de 25 personnalités, et révision finale du rapport par trois experts internationaux (U. Bergqvist, M. Repacholi et B. Veyret).

Le rapport concerne aussi bien la recherche que la gestion des risques. Les points suivants sont en particulier développés :
Adéquation des mesures de réglementation,
Attention particulière à certaines populations éventuellement plus fragiles,
Connaissance des mécanismes d'interaction des champs avec l'organisme humain,
Connaissance des champs présents dans l'environnement et information du public.

Conclusions résumées du rapport :

1- Données issues de la recherche
La conclusion générale du rapport est que les résultats de recherche sur lesquels les normes d'exposition sont établies confirment les effets de nature thermique, mais n'apportent pas de preuves de l'existence d'effets délétères associés aux bas niveaux d'exposition rencontrés dans les situations normales professionnelles et résidentielles. Pourtant, certains effets biologiques semblent être observés à bas niveau, qui doivent être confirmés pour que l'on puisse les prendre en  compte dans la révision des normes.
Les effets qui doivent être clarifiés  en priorité sont les suivants:
promotion des tumeurs,
perméabilité de la barrière hémato-encéphalique, EEG,
altération de la pression artérielle,
systèmes immunitaire  et endocrinien,
niveaux d'hormones et en particulier de la mélatonine,
activité  de l'enzyme ornithine décarboxylase (ODC)
transport de l'ion calcium,
altération de l'ADN.
Une attention particulière devrait être portée aux "co-facteurs" qui pourraient augmenter la sensibilité des systèmes biologiques aux actions des champs électromagnétiques. Trois catégories de tels co-facteurs  peuvent être envisagées :
Facteurs agressifs présents dans l'environnement tels que les produits chimiques associés à la pollution atmosphérique
Rayonnements ionisants
Fragilité psycho-somatique ou physiologique de certains individus. Le stress devrait être pris en compte ainsi que l'hypersensibilité déclarée de certaines personnes à l'électricité.

La question de la fragilité éventuelle des enfants est également envisagée. Si aucun effet particulier des téléphones mobiles et des stations de base n'a été observé, c'est, selon le rapport, en partie à cause du très faible nombre d'études spécifiques. La question est complexe car les données objectives manquent. Pourtant, il semble que le facteur de réduction de cinq par rapport aux limites professionnelles est adéquat pour protéger les enfants. Pour mieux cerner le problème il faudra obtenir des données objectives supplémentaires.

2- Recommandations du rapport
Le rapport recommande une attitude générale de "vigilance éclairée et responsable" ('Educated and responsible awareness').
Les données scientifiques disponibles ne justifient pas une révision anticipée de la recommandation européenne récente. Il serait même souhaitable que cette recommandation devienne une directive.
Plusieurs thèmes de recherche devraient être privilégiés : effets éventuels des expositions longues à bas  niveau ; effets éventuels sur les population a priori plus fragiles (enfants, vieillards, malades) ; études cliniques des symptômes ; études des mécanismes d'interaction,
Education du public dans un souci de transparence,
Signalisation des sources et cartographie des émissions autour des émetteurs puissants,
Création de laboratoires possédant la compétence et les techniciens pour effectuer des mesures de champs sur demande,
Etablissement de structures de dialogue entre acteurs et utilisateurs. Une étude de type Delphi pourrait contribuer à ce dialogue.

Conclusions du groupe d'experts sur le rapport d'Essor-Europe :
Ce rapport couvre l'ensemble du spectre et résume les connaissances scientifiques dans des tables qui contiennent des exemples. Il ne s'agit pas d'une compilation exhaustive, et il n'est pas de même nature que les rapports de synthèse considérés par ailleurs.
L'objectif de ce rapport était de dégager les grandes lignes d'interprétation des données scientifiques actuelles et de fournir des recommandations sous forme d'options. Son intérêt est d'avoir été écrit après consultation d'un grand nombre d'acteurs scientifiques et industriels de tous bords.
Les conclusions sur l'attention qui doit être portée aux enfants sont raisonnables, même si les éléments scientifiques correspondants ne sont pas fournis explicitement.
Ce rapport n'a pas connu de dissémination importante en raison de réactions politiques vives contre ses conclusions. C'est dommage, car il constitue un complément utile aux autres rapports internationaux récents.
 
 

ANALYSE DES RAPPORTS DU COMAR
(Committee on Man and Radiation de l'IEEE)

Le Comité sur l'Homme et les Rayonnements de l'Institut d'Ingénieurs de l'Electricité et de l'Electronique a édité deux rapports sur la question de l'impact sanitaire chez l'homme des appareils de téléphonie mobile et de leurs stations de base.

I - Exposition humaine aux rayonnements radiofréquences et micro-ondes des téléphones mobiles et mobiles et autres appareils de télécommunications

Plusieurs organisations nationales et internationales ont établi des recommandations sur l'exposition humaine aux champs radiofréquences. Ces recommandations sont globalement homogènes.

Les mesures ont montré que l'exposition des individus liée à l'usage du téléphone cellulaire et autres systèmes de transmission sans fil de faible puissance restait normalement dans les limites des valeurs recommandées. Quelques-uns de ces systèmes peuvent perturber le fonctionnement d'implants actifs comme les stimulateurs cardiaques, lorsqu'ils sont placés à leur contact. Les porteurs de tels implants doivent demander l'avis de leur médecin en ce qui concerne les risques d'utiliser des appareils de télécommunication mobile.

Les fréquences utilisées aux Etats-Unis sont décrites. La puissance émise ainsi que la distance d'utilisation doivent être définies : les appareils tenus à la main ont une puissance faible et sont très proches du corps, tandis que les appareils mobiles fonctionnent à plus forte puissance, mais sont localisés à distance de l'utilisateur.
La structure des recommandations est décrite, avec deux groupes de limites : pour l'exposition professionnelle ou publique, notions parfois remplacées par celles d'environnement contrôlé ou non-contrôlé. Il existe en général un facteur 5 entre ces deux groupes de limites. Des particularités sont prévues pour différentes conditions d'exposition : exposition corps entier ou exposition locale, faible durée, etc… La norme IEEE exclue la nécessité de contrôler l'exposition les appareils de faible puissance dont font partie la majorité des appareils de radiocommunication cellulaire.
Les bases scientifiques de la détermination des valeurs limites sont ensuite présentées (cf. chapitre III "Les valeurs limites d'exposition"). Une hypothèse, non vérifiée, est que la perturbation de l'apprentissage chez les primates au niveau de DAS de 4 W/kg est transposable à l'homme. Malgré de nombreuses spéculations scientifiques, aucun mécanisme n'a été établi par lequel des champs électromagnétiques à des niveaux en dessous des valeurs recommandées pourraient entraîner des lésions biologiques avec des conséquences pathologiques.
Peu d'informations sont disponibles sur l'exposition humaine, et en particulier à long terme. Deux études épidémiologiques négatives sont citées : celles de Rothman et Hardell, en reconnaissant que le recul est insuffisant.
Il n'y a pas d'évidence que l'exposition aux champs radiofréquences à des valeurs inférieures aux limites recommandées soit nocive pour la santé. Les téléphones cellulaires doivent être conformes aux recommandations. En raison d'un important facteur de sécurité inclus dans les normes, les valeurs recommandées sont bien en dessous des seuils prévisibles de risque. La plupart des téléphones satisfont les normes, mais au moins un constructeur a dû récupérer des téléphones cellulaires qui dépassaient légèrement le DAS recommandé. Les téléphones numériques plus récents fonctionnent à des puissances plus faibles que les anciens analogiques, et respectent d'autant plus les normes.

Conclusion : les DASs produits par les téléphones cellulaires et autres systèmes de radiocommunication ne dépassent pas les valeurs recommandées par les organismes de normalisation. L'évidence scientifique à ce jour ne montre pas de risque pour la santé de ces appareils. Un risque d'interférence existe lorsqu'ils sont utilisés à proximité d'implants actifs.

Commentaires du groupe d'experts : le recul est en effet insuffisant dans l'étude de Rothman, ainsi que dans celle de Hardell qu'il est prévu de prolonger jusqu'à 1000 sujets.
 

II - Considérations sanitaires associées aux stations de base utilisées pour les radiocommunications

Dans la plupart des cas, l'exposition du public aux champs RF des stations de base est nettement inférieure aux valeurs limites recommandées. Dans certains cas inhabituels, lorsque les antennes sont placées sur les toits et en fonction de leur accessibilité, ces niveaux pourraient être dépassés. L'accès de tels sites devrait être protégé ou au moins signalé. Les personnels susceptibles d'être ainsi exposés à des antennes en émission doivent suivre des procédures opératoires, incluant éventuellement l'utilisation de dosimètres ou d'alarmes. A la limite, si les personnels doivent impérativement intervenir sur ou près d'antennes en émission, ils peuvent porter des vêtements protecteurs pour diminuer l'exposition. De plus, le faisceau peut produire des interférences avec les implants actifs comme les stimulateurs cardiaques. Les personnels équipés de tels implants doivent demander l'avis de leur médecin avant de travailler à proximité de ces antennes.

L'emplacement d'une station de base est conditionné par deux besoins : celui de couvrir  une cellule, et celui de fournir la capacité de trafic nécessaire. Lorsqu'un système se développe, les stations sont installées de plus en plus près pour accroître la capacité du réseau, mais elles fonctionnent à des puissances plus faibles pour limiter le risque d'interférences entre les stations de base. La hauteur des antennes est critique, et est typiquement de 10 à 100 m.

Aux Etats-Unis, la Commission Fédérale des Communications (FCC) régule les niveaux des stations de base. La puissance rayonnée efficace est limitée à 500 watts par canal ; une station de base peut utiliser 21 canaux ou plus par secteur (parfois 96). En ville, de nombreuses stations de base utilisent seulement 16 watts par canal. Dans certains bâtiments, les micro cellules fonctionnent même à moins de 1 watt par canal.

Le faisceau émis par une antenne de station de base est étroit dans le plan vertical, et étalé dans le plan horizontal (typiquement 6° en hauteur et 120° d'ouverture horizontale). En dehors du faisceau, comme c'est le cas immédiatement en dessous d'une antenne, l'intensité du champ RF est très faible. Le maximum du champ auquel un individu peut être normalement exposé se situe à l'endroit où le faisceau touche le sol, habituellement entre 50 et 200 m de la base de la tour. Ce maximum est déjà très en dessous des valeurs limites recommandées. A l'intérieur des bâtiments, l'intensité des champs est plus faible qu'à l'extérieur, aussi bien directement en dessous de l'antenne qu'aux alentours.

Conclusion : les niveaux d'exposition du public par les antennes de stations de base sont très inférieurs aux valeurs recommandées. Les stations de base ne constituent donc pas un risque pour la population générale, y compris les personnes âgées, les femmes enceintes et les enfants.

Lorsque des personnes peuvent être exposées à des niveaux supérieurs aux valeurs recommandées, l'accès doit être protégé ou signalé et des procédures opératoires de prévention, de protection ou d'alarme doivent être mises en œuvre. Un risque particulier existe d'interférence avec les implants actifs.

Le groupe d'experts est d'accord avec les conclusions du COMAR sur les stations de base.
 
 

Analyse du Rapport au gouvernement Suédois
« Synthèse sur les champs électromagnétiques et la santé »

Le gouvernement Suédois a commandité en 1997 une évaluation scientifique des travaux réalisés dans le pays et au plan international sur les risques pour la santé liés aux champs électromagnétiques. Le récent et volumineux  rapport présenté par l'Institut de santé environnementale et professionnelle expose les résultats de cette mission. Constitué de deux parties et de plusieurs annexes, il aborde divers segments du spectre électromagnétique non ionisant; une synthèse en a été rédigée en langue anglaise (4 pages), qui seule a pu être analysée. Ne sont considérées ici que les conclusions relevant des RF.
La méthode suivie est proche de celle adoptée par le groupe d'experts français. En soulignant combien les protocoles d'observation et d'expérimentation sont variés, les auteurs de la revue considèrent que, pour conclure, il faut appréhender l'ensemble des travaux publiés sur une hypothèse donnée, et non les seuls résultats d'une étude singulière.

 Considérant d'abord les expositions aux RF en milieu professionnel (autres que les téléphones mobiles), les auteurs observent que divers effets ont été associée à des hausses de températures corporelles de 1 à 2°C (effets sur le comportement, sur le système neuromusculaire, baisse des performances…).

En revanche, pour des expositions respectant les valeurs de référence de la réglementation, c'est à dire pour des expositions sans effet thermique, ils indiquent qu'il n'a pas été montré à ce jour de risque accru de cancer, que ce soit au terme d'études expérimentales animales ou de travaux épidémiologiques. Même dans les conditions les plus défavorables de communication, les niveaux d'exposition des utilisateurs de téléphones sont inférieurs à ces valeurs de référence. Si certaines études mettent en évidence divers effets biologiques, l'évidence scientifique actuelle n'est pas en faveur de conséquences sanitaires de l'utilisation de mobiles, selon ces auteurs.

Un partie de la synthèse est consacrée au problème posé par les personnes déclarant une 'hyper-sensibilité' aux RF. Le rapport  conclue sur ce point qu'aucun facteur particulier associé aux RF n'a pu être à ce jour mis en relation avec ces troubles déclarés. Ils n'écartent pas l'idée qu'une combinaison de facteurs internes (régulation du système nerveux végétatif) ou externes (d'origine physique, chimique et/ou psychosociale) puissent, chez certaines personnes très particulières, produire des effets inexpliqués. Ils soulignent que cette question peut, en soit, représenter un problème de santé publique qui mérite recherches et attention particulières.

 En conclusion, le rapport appelle des travaux visant à vérifier que ces conclusions, fondées sur les données relatives aux RF actuellement en usage, seront extrapolables aux autres gammes de RF associés aux développement technologiques des radio-communications.
 
 

Analyse du Colloque de l'Assemblée nationale « Téléphones portables : un danger pour la santé ? » (19 juin 2000)

Ce colloque a été organisé à l'initiative d'un groupe de députés (A. Aschiéri, J.-F. Mattéi, J.-P. Brard , M. Rivasi, F. Loos, P. Lellouche). MM. Loos et Mattéi n'ont pas participé à la réunion. Environ 150 personnes y assistaient. Le contenu de la proposition de loi que les six députés comptent déposer a par ailleurs été développé par P. Lellouche. Ce Colloque était divisé en trois parties principales : législation, effets sur la santé, gestion des risques. Seule la deuxième partie a fait l'objet de communications écrites : cette analyse ne concerne donc que les interventions concernant la santé ayant un caractère technique ou scientifique, qui relèvent de la compétence du groupe d'experts.

Communication de  r. santini
Maître de conférence à l'INSA de Lyon , R Santini défend l'idée que les normes actuelles sont inadaptées et considère que les effets sanitaires non-thermiques doivent être pris en compte. Il a récemment réalisé une enquête de faible puissance statistique sur les étudiants de son institut. Il s'agissait de déterminer si les utilisateurs de téléphones mobiles ressentaient plus souvent que les non-utilisateurs des symptômes tels que fatigue, maux de tête, etc. Les résultats de cette étude, qui sont essentiellement négatifs, ont été soumis pour publication.

Communication de G. J. Hyland
L'exposé de GJ Hyland propose un mécanisme théorique pour tenter d'expliquer les éventuels effets sur la santé des RF : la biocompatibilité par compensation électromagnétique. Depuis le Colloque, GJ Hyland a publié cette perspective théorique dans une prestigieuse revue médicale internationale (GJ Hyland. Physics and biology of mobile telephony. The Lancet 2000;356:1833-36) ; cet article étant discuté par ailleurs, nous renvoyons à cette analyse (cf critiques des articles récents).

Communication de G. Carlo
G. Carlo a été le président de Wireless Technology Research (WTR) qui était un organisme privé chargé de développer aux USA un vaste programme de recherche financé par l'industrie. Ce sont les principaux résultats acquis dans le cadre du programme WTR qui ont été résumés lors du Colloque. Ces résultats (parfois encore provisoires) concernent des domaines variés et couvrant des disciplines scientifiques diversifiées : études de génotoxicité notamment in vivo et études épidémiologiques essentiellement. On n'analysera pas ici ces résultats, qui sont publiés pour la plupart et dont la discussion est incluse dans d'autres sections du rapport. Il est important de souligner que la principale conclusion proposée par G. Carlo en tenant compte des résultats scientifiques est que les téléphones mobiles présentent un véritable problème de santé publique, et qu'une approche de santé publique est celle qui s'impose dès maintenant. En termes de recherche et de surveillance, ceci implique des travaux centrés sur le recueil systématique de données diverses (plaintes d'utilisateurs, cohortes d'utilisateurs, études concernant les enfants et les femmes enceintes), travaux sur l'adéquation du DAS, sur les effets sur le cerveau, sur les comportements des utilisateurs de téléphones mobiles. Finalement, G. Carlo propose des recommandations concernant l'usage des téléphones mobiles, qui relèvent de fait de « l'évitement prudent » (bien que ce terme ne soit pas utilisé).

Il est intéressant de rappeler l'organisation de ce vaste programme de recherche financé par l'industrie, et les dispositifs mis en place pour en garantir la qualité et l'indépendance. Ceux-ci imposent une revue systématique par les pairs des projets de recherche et des résultats, le processus de révision étant coordonné par une institution universitaire prestigieuse (Harvard School of Public Health) et impliquant des règles strictes de qualité et de transparence ; des organismes publics sont également impliqués dans toutes les étapes du processus d'examen et de suivi des protocoles de recherche (FDA, FCC, EPA, NCI, NIOSH, etc.).

Communication de B. Veyret
Cette communication était destinée essentiellement à présenter le programme français de recherche « COMOBIO » ; ce programme étant présenté par ailleurs, nous renvoyons à la section correspondante du rapport (chapitre V-1).

Communication de M. Bastide
M. Bastide (Laboratoire d'Immunologie et Parasitologie de la Faculté de Pharmacie de Montpellier) présentait les résultats de travaux de recherche concernant les effets sur la mortalité embryonnaire et le système hormonal chez l'animal provoqués par les champs électromagnétiques émis par les téléphones mobiles. Ces résultats, qui montrent des effets extrêmement importants sur la mortalité embryonnaire du poulet et sur les hormones de stress chez la jeune souris, sont tout à fait originaux et uniques dans la littérature scientifique internationale. A ce titre, ils suscitent évidemment un grand intérêt, mais imposent absolument des réplications indépendantes avant de pouvoir être pris en considération, d'autant plus que les protocoles expérimentaux mis en œuvre sont décrits de façon très succincte, et ne semblent pas correspondre à des conditions d'exposition réalistes.
 

D'autres exposés ont été faits par MM J Wiart, de France Télécom, JC Bouillet, de Bouygues Telecom, G Dixsaut, de la Direction Générale de la santé et R de Sèze (membre du groupe d'experts).
 

ANALYSE DU RAPPORT C. SAGE
Rapport du 15 octobre 1999 présenté au Parlement écossais

Dans une première partie, Cindy Sage, qui est consultante, présente au Comité du Transport et de l'Environnement du Parlement écossais ses commentaires sur les informations qu'elle estime nécessaire de prendre en compte pour formuler un avis sur les effets éventuels sur la santé des radiocommunications "en l'état actuel des connaissances". Dans une deuxième partie, elle cite les articles scientifiques qui lui paraissent importants à prendre en considération.

Commentaires

Le développement des radiocommunications se traduit par une exposition cumulative à long terme sans précédent dans l'histoire humaine. Il est évident que des effets biologiques sont produits par l'exposition aux rayonnements radiofréquences (RF). Il n'y a pas d'étude scientifique concluante sur la sécurité de telles expositions, et certains travaux suggèrent que des effets sanitaires graves pourraient survenir au décours d'une exposition cumulative ou chronique. Le comité devrait recommander des "précautions de santé publique" : inciter fortement à limiter les niveaux d'exposition des populations du monde entier à leur minimum jusqu'à ce que des recherches complémentaires puissent clarifier les risques, et prévenir qu'une exposition cumulative du public à des RRF peuvent éventuellement être dangereuses, au vu des résultats scientifiques existants.
Le principe de précaution est souvent avancé en raison du risque de santé publique majeur possible si une telle exposition s'avérait carcinogène ou à l'origine d'autres effets nocifs. Même si le risque individuel est faible, ce qui n'est actuellement pas connu, le nombre considérable de personnes de par le monde qui pourrait y être soumis rend ce choix stratégique critique. La révolution virtuelle qui apparaît maintenant dans le monde scientifique est la reconnaissance croissante qu'une exposition de faible intensité ou "non-thermique" peut être détectée dans les tissus vivants et se traduire par des effets biologiques bien définis. Les effets biologiques d'une exposition RF incluent des modifications de la fonction membranaire des cellules, du métabolisme, des communications intra et intercellulaires, une activation de proto-oncogènes et la mort cellulaire. Les effets résultants cités dans la littérature scientifique incluent des ruptures d'ADN et des aberrations chromosomiques, une augmentation des radicaux libres, une agression cellulaire et un vieillissement prématuré, des modifications des fonctions cérébrales comprenant des pertes de mémoire, une altération de l'apprentissage, des maux de tête et de la fatigue, des troubles du sommeil, des conditions de neurodégénérescence, une réduction de la sécrétion de mélatonine, et le cancer.

Selon Cindy Sage, le comité du transport et de l'environnement devrait exiger que l'industrie des télécommunications fournisse une information complète, honnête et factuelle aux consommateurs, qu'elle contrôle indépendamment tout effet sur la santé lié à l'utilisation des téléphones mobiles, et qu'elle incite fortement le public à participer aux procédures d'élaboration des stratégies et à la normalisation sur les expositions et les technologies des RF. Les Etats-Unis ont de fait vis-à-vis des radiotéléphones une stratégie de "surveillance après vente" : cela signifie que des études auront lieu seulement après plusieurs années d'utilisation pour en définir les éventuelles conséquences sanitaires. En bref, "nous faisons l'expérience" des effets sanitaires. Le comité devrait rejeter la surveillance après-vente car elle ne permet pas la protection des utilisateurs.

Tandis que la communauté scientifique continue à étudier et analyser les bases physiques des effets des champs électromagnétiques sur les systèmes vivants, il n'y a pas grand-chose de fait pour protéger ou informer le public sur les conséquences d'une confiance aveugle dans ces technologies nouvelles. Pour tout le bien que l'on peut attendre de telles inventions, nous devons rester vigilants vis à vis d'éventuelles conséquences imprévues.

Commentaires du groupe d'experts: de nombreuses études n'ont pas montré de risque pour la santé. Il semble  que, pour cet auteur, tant qu'un effet grave n'a pas été démontré, les études ne sont pas concluantes. On peut déjà affirmer que si un risque existe, il est forcément faible, puisqu'il  existe déjà de nombreux résultats expérimentaux négatifs. Une exposition non thermique peut effectivement être détectée dans les tissus vivants, mais il paraît présomptueux de dire que les effets biologiques qui en découlent sont bien définis. Les effets sur la fonction membranaire ne sont pas explicités, ce qui gêne pour savoir à quels effets l'auteur fait allusion. Il n'a pas été décrit de mort cellulaire sauf à des niveaux thermiques très élevés.
Comme le montreront les commentaires sur les études citées en référence, les effets indiqués sont soit loin d'être confirmés, soit dus à une exposition dont les caractéristiques sont très différentes de celles des radiotéléphones : impulsions radar de forte puissance crête ou émissions de forte puissance moyenne.
De nombreuses études ont été réalisées aux Etats-Unis ces dernières années, bien avant que les études épidémiologiques ne viennent compléter les résultats peu inquiétants publiés à ce jour.

Articles scientifiques importants

L'évidence d'une association entre les RF et les effets biologiques dans les systèmes vivants s'étend à tous les niveaux, de l'atome (ion calcium) ou de la molécule (ADN) aux humains et autres espèces de mammifères. Depuis 50 ans, les expérimentations à travers l'ensemble du spectre électromagnétique ont trouvé des effets biologiques sur un grand nombre d'espèces, de la souris à l'homme. La cascade des événements biologiques, chimiques et physiques qui se déroulent dans les systèmes vivants en réponse à des RRF est de mieux en mieux comprise au fur et à mesure que la communauté scientifique multidisciplinaire mûrit. Les risques pathologiques ne sont pas le seul enjeu de cette recherche ; les applications médicales potentielles des RRF constituent une source incomparable de guérison et de bien-être.

Commentaires du groupe d'experts : il existe effectivement des effets sur tous les systèmes biologiques, dont quelques-uns de faible amplitude sont reproductibles, mais dont la majorité ne le sont pas, en particulier ceux de forte amplitude. Les effets dans la gamme des très basses fréquences (ELF) sont plus consistants que ceux rapportés dans le domaine des RF.

Effets sur l'ADN
Les travaux de Lai sur les ruptures d'ADN évaluées par le test de comète après exposition à des RRF à 2450 MHz sont rappelés, de même que ceux de Jerry Phillips. Phillips a suggéré que le taux de réparation de l'ADN puisse être altéré par les RF. Cet auteur a trouvé un effet identique avec un champ d'extrêmement basse fréquence (ELF) de 100 µT à 60Hz. Il postule que les champs ELF puissent augmenter les lésions de l'ADN et inhiber les processus de réparation, et aboutir à une mort cellulaire (apoptose).
La sagesse conventionnelle voulait que les micro-ondes ne soient pas génotoxiques à moins qu'un échauffement important ne soit produit.
Blank et Goodman (1997) postulent que le mécanisme de transduction du signal EM dans la membrane cellulaire peut être expliqué par une interaction directe des champs électriques et magnétiques avec les charges mobiles des enzymes. Des études récentes sur l'ADN montrent que des flux importants d'électrons peuvent exister à l'intérieur des paires de bases de la double hélice des molécules d'ADN. Donc l'activation de gènes par des champs magnétiques pourrait être due à une interaction directe avec les électrons circulants dans l'ADN. Tant les champs électriques que magnétiques stimulent la transcription des gènes et les deux types de champs pourraient interagir directement avec l'ADN. Un travail antérieur de Goodman et Blank sur les protéines de choc thermique, cité dans leur article de 1997, montre que la réponse cellulaire aux champs EM est une activation du même système de réponse aux agressions que lors d'un échauffement, mais à une énergie bien plus faible que la réponse au choc thermique (voir § "Transcription des gènes et induction").

Commentaires du groupe d'experts: les hypothèses de Phillips sur l'apoptose n'ont pas été confirmées par des expérimentations, et concernent de plus les ELF. De même que les hypothèses de Blank et Goodman sur l'interaction avec des charges libres, que ce soit dans des enzymes ou dans des molécules d'ADN.

Aberrations chromosomiques et micronoyaux
Maes et al (1993) ont publié une augmentation de la fréquence des aberrations chromosomiques et des micronoyaux à des niveaux non thermiques. Un type d'aberrations observé (les chromosomes dicentriques) est un indicateur des lésions dues aux rayonnements ionisants. Ces résultats sont cohérents avec les résultats de lésions des micro-ondes à d'autres fréquences et densités de puissance rapportées par d'autres chercheurs (Leonard et al, 1983 ; Garaj-Vrhovac et al, 1990, 1991 ; d'Ambrosio et al, 1992).
Maes et al (1995) ont publié une augmentation des aberrations chromosomiques dans des cellules de sang entier placé pendant 2 heures à 5 cm ou moins d'une antenne GSM. Les effets d'une exposition combinée à des RF de 954 MHz et au mutagène mitomycine C (MMC) ont également été étudiés par les mêmes auteurs sur des lymphocytes humains (référence non citée : Maes et al, 1996). Les échantillons, soumis à un  DAS de 1,5 W/kg et à la MMC, ont présenté une nette augmentation d'une forme d'aberration chromosomique : les translocations (échanges de chromatides sœurs) par rapport à la MMC seule. Des ruptures d'ADN simple brin ont aussi été rapportées.

Commentaires du groupe d'experts : l'étude de Maes de 1993 a été réalisée à 75 W/kg,  DAS qui ne peut pas être qualifié de non thermique, même avec une thermostatation permettant un contrôle précis de la température à 36,1°C. La cohérence avec d'autres études non référencées par Sage ne ressort pas vraiment des résumés des articles publiés par Information Ventures dans la base de données bibliographique EMF Database : Leonard indique que la plupart des résultats des études de mutagénicité sont négatives sauf à des niveaux thermiques, mais que l'exposition à des niveaux sub thermiques pourrait potentialiser d'autres agents mutagènes comme les UV ou des substances chimiques. De même, l'étude de D'Ambrosio montre un effet mutagène, mais à un niveau clairement thermique de 100 W/kg avec augmentation de température de 5°C.
Dans son étude de 1995, Maes dit clairement que les différences observées ne sont pas significatives. Dans celle de 1996 qui associe l'exposition aux RF à celle d'un agent mutagène : la mitomycine C, les résultats indiquent un effet clair de la MMC par rapport aux micro-ondes seules, mais il n'est pas montré que l'inverse soit significatif, à savoir MMC + micro-ondes par rapport à MMC seule.

Effets sur l'ornithine décarboxylase (ODC)
L'ornithine décarboxylase est une enzyme dont la concentration et l'activité sont nettement augmentées dans les tissus en croissance et notamment dans les tumeurs. L'équipe de Litovitz a montré dans plusieurs articles que l'activité de cette enzyme était nettement modifiée par un champ à 835 MHz et à un DAS  de 2,5 W/kg, modulé en amplitude à très basse fréquence entre 16 et 65 Hz.

Commentaire du groupe d'experts : L'amplitude de l'effet observé est d'un facteur 2 ; tandis que  l'augmentation d'activité dans les cellules tumoralessous l'effet de promoteurs de tumeurs est d'un facteur 400 à 500.

Transcription des gènes et induction
Goswami et al (1999) ont rapporté un doublement de la concentration en ARN messager pour le proto-oncogène Fos dans des fibroblastes exposés au champ d'un radiotéléphone cellulaire. L'émission était continue à 835 MHz, modulée en fréquence. Une augmentation moins importante a été obtenue à 847 MHz du système CDMA.

Commentaire du groupe d'experts : le  DAS  utilisé n'est pas précisé dans ce rapport. Il est permis de supposer que Fos est employé à la place de c-fos.

Réponse aux agressions
Daniells et al (1999) ont trouvé que les vers produisaient une réponse aux micro-ondes similaire à celles liées à un échauffement ou à des molécules chimiques toxiques. Le modèle utilisé montre que les plus faibles intensités induisent les plus fortes réponses (à l'inverse d'un échauffement simple). Le rayonnement micro-ondes produit des lésions des protéines dans les cellules (induction de protéines de choc thermique) comparables à des lésions dues à des ions métalliques qui sont reconnues comme toxiques.

Commentaire du groupe d'experts : il faut préciser  les DAS  utilisés et l'amplitude de la réponse obtenue. De même, pour la comparaison avec les ions métalliques toxiques, il faut préciser la concentration équivalente et l'amplitude de l'effet toxique mesuré.

Effets cellulaires des rayonnements micro-ondes
L'équilibre des ions calcium est  très important dans le bon fonctionnement des communications cellulaires, de la croissance et d'autres processus fondamentaux des systèmes vivants. W. Ross Adey et son équipe ont précisé la cascade d'évènements qui aboutissent à l'altération des fonctions cellulaires par les RF.
Adey (1993) a rédigé un résumé explicite sur les effets des micro-ondes au niveau cellulaire qui étaye le concept de réponse athermique. Il discute l'importance des radicaux libres dans de nombreux phénomènes en particulier pathologiques comme des maladies neurologiques, cardio-vasculaires ou le cancer. L'exposition micro-onde à des niveaux athermiques peut avoir le même effet que des promoteurs du cancer. Il recommande que les effets biologiques des micro-ondes de faible puissance fassent l'objet de recherches complémentaires, plus spécialement en ce qui concerne les processus coopératifs dynamiques ("hors équilibre") non linéaires.
Dutta et al (1989) ont publié des modifications des concentrations en calcium dans les cellules de différentes espèces, avec des RF modulés en amplitude à un DAS aussi faible que 0,05 ou 0,005 W/kg. Selon les auteurs, ces résultats confirment que des RF modulés en amplitude peuvent induire des réponses dans les cellules de différentes espèces.

Commentaires du groupe d'experts : l'équilibre des ions calcium est important, mais la précision de leur concentration n'est pas aussi critique que celle des concentrations intra- et extra-cellulaire en sodium et en potassium, par exemple. Seules de très fortes variations de concentration, de l'ordre d'un facteur 100 à 1000, sont associées à des fonctions cellulaires comme la sécrétion, la contraction, la genèse d'un potentiel d'action, une division ou une différenciation. Lorsque les variations produites par des micro-ondes de faible puissance sont de 50 à 100% (un facteur 1,5 à 2), on ne peut pas parler "d'altération des fonctions cellulaires", ni réellement de réponses induites. Ce sont seulement des fluctuations dont l'amplitude est très faible par rapport aux variations spontanées que l'on peut observer sur ces systèmes.
Il est par ailleurs très douteux que Adey ait écrit que " l'exposition micro-onde à des niveaux athermiques peut avoir le même effet que des promoteurs du cancer". Même si c'est le cas, ce qui est à vérifier, cela n'a pas été montré.

Effets cellulaires sur le système immunitaire
Lyle et al (1983) ont rapporté que des RF modulés en amplitude à 60 Hz inhibaient l'activité de lymphocytes dits "cytotoxiques" (capables de tuer une cellule reconnue comme agressive pour l'organisme).
Veyret et al (1991) ont trouvé une modification significative du système immunitaire avec des micro-ondes pulsées et modulées en amplitude à un DAS de  0,015 W/kg.
Elekes (1996) a trouvé une légère augmentation de la production d'anticorps chez des souris mâles (mais pas chez les femelles!) avec des RF modulés en amplitude. Les auteurs postulent que la faible amplitude de l'effet observé peut être liée à la brièveté de l'exposition.

Commentaires du groupe d'experts : l'amplitude des effets dans ces études n'est pas indiquée par le rapport Sage. En ce qui concerne l'étude de Veyret et al (1991), les variations observées portent sur les concentrations d'anticorps produites par une immunisation et sont au maximum de 50% en plus ou en moins. Comparé à une variation d'un facteur 1000 à 10 000 au décours de la moindre rhinopharyngite, même si l'effet est statistiquement significatif et que les mécanismes restent intéressants à explorer du point de vue fondamental, cet effet n'est pas biologiquement significatif, a fortiori en termes de santé. Il faut vérifier si le même raisonnement peut s'appliquer aux travaux de Lyle et d'Elekes. Le commentaire rapporté par Sage sur la relation entre l'importance de l'effet et la durée de l'exposition suppose un éventuel effet cumulatif qui n'a jamais été démontré. Au contraire, dans certaines études comme celles de Lai par exemple, l'effet apparaît plutôt "cyclique", positif à un moment puis négatif quelques minutes plus tard, sans que l'on ait jamais observé un effet croissant au cours du temps d'exposition.

Barrière hémato-encéphalique
La barrière hémato-encéphalique (BHE) protège le cerveau en empêchant les substances toxiques présentes dans le flux sanguin d'atteindre les tissus cérébraux sensibles.
Salford a montré une fuite à travers la BHE produite par des RF à 915 MHz, aussi bien pulsées que continues. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour savoir si ceci constitue un risque pour la santé. Au moins dix références citées dans son article montrent des effets des RF sur la BHE.

Commentaires du groupe d'experts : le travail de Salford est contredit par de nombreux autres travaux (Hossmann, …), mais supporté par d'autres (Albert, 1977), bien qu'à des puissances supérieures. Les travaux de cette époque n'évaluaient pas le DAS. Certains effets cités en référence concernent des expositions de forte puissance. Les molécules mises en évidence sont des molécules normalement présentes dans le cerveau, mais habituellement à de bien moindres concentrations.

Cancer
A tous les niveaux de l'organisme, il a été montré que les champs électromagnétiques produisent des effets biologiques, qui peuvent être nocifs pour la santé. Les fonctions de base, qui contrôlent la croissance et la prolifération cellulaire, la surveillance immunitaire et la protection vis à vis des toxines, sont diversement altérées, souvent à des niveaux d'exposition rencontrés dans l'environnement. Les études humaines et animales montrent une relation entre l'exposition dans certaines conditions et le cancer. Le problème majeur avec la technologie téléphonique est son expansion rapide de par le monde et l'évidence émergente de tumeurs du cerveau.

Guy et al (1984) ont fait une étude de longue durée sur des rats exposés toute leur vie à des RF à 450 MHz à faible puissance (1 mW/cm² ;  DAS : 0,15 à 0,4 W/kg). De nombreux travaux antérieurs n'apportaient pas de réponse à la question du risque pour la santé humaine des expositions de faible puissance. Il a rapporté un nombre de tumeurs malignes primitives quatre fois plus élevé (significativement) dans le groupe des animaux exposés que dans le groupe contrôle.
Repacholi et al (1997) ont trouvé 2,4 fois plus de lymphomes parmi des souris exposées pendant 8 mois à des champs de téléphonie mobile que chez les témoins.
Hardell (1999) a publié un risque augmenté de tumeurs malignes du cerveau chez les utilisateurs de téléphones mobiles analogiques, du côté où le téléphone était habituellement utilisé.
Adey (1996) a trouvé un effet protecteur sur les tumeurs du cerveau chez le rat, sans significativité statistique.

Commentaires du groupe d'experts  : les souris dans l'étude de Repacholi étaient des souris transgéniques, c'est à dire génétiquement modifiées pour produire des lymphomes. Si les résultats de cette étude sont confirmés, il sera important d'étudier plus précisément les possibilités d'extrapolation à l'homme ; deux études de réplication sont en cours. Dans les études de Hardell et Adey, une modification non significative ne traduit ni un risque, ni un effet protecteur, mais une impossibilité de conclure dans l'étude concernée. Contrairement à ce qu'écrit Sage, Hardell lui-même interprète son étude comme ne montrant pas de risque. Le travail d'Adey a été publié en 2000.

Symptômes cérébraux attribués aux téléphones mobiles
Mild et al (1998) ont montré une association significative entre l'utilisation de téléphones mobiles et la prévalence de sensations de chaleur derrière l'oreille, de maux de tête et d'un état de fatigue. Les téléphones GSM étaient moins associés que les téléphones analogues.
Hocking (1998) a également étudié la survenue de symptômes chez l'homme, décrits plus fréquemment avec des téléphones GSM qu'avec des analogiques.

Commentaires du groupe d'experts  : compte tenu d'un échauffement non négligeable des téléphones, probablement supérieur avec des téléphones analogiques de 600 mW par rapport à des GSM de 125 ou 250 mW, la sensation de chaleur ou même les maux de tête ne paraissent pas étonnants. La sensation de fatigue mérite des études complémentaires. L'étude de Hocking est plutôt surprenante en montrant à l'inverse une prédominance des symptômes avec les téléphones GSM.

Effets sur le système nerveux
Les effets sur le système nerveux ont été étudiés à plusieurs niveaux. Au niveau ionique et moléculaire, de nombreux effets ont été publiés et répliqués à des niveaux de puissance non thermiques. Ces effets incluent des modifications du calcium, des neurotransmetteurs, du comportement et du sommeil.
Lai (1994) a rédigé une revue sur le fonctionnement normal du système nerveux et la façon dont les RF pourraient l'influencer. Les modifications du comportement pourraient constituer les effets les plus sensibles de l'exposition aux RF.
Les flux d'ions calcium dans le cerveau peuvent être modifiés par les RF. Les ions calcium contrôlent de nombreuses fonctions du cerveau et du corps, y compris la sécrétion des neurotransmetteurs et leur action au niveau des récepteurs, et toute modification de ces fonctions pourrait retentir sur la santé.

Commentaire du groupe d'experts  : seules les modifications dont l'amplitude dépasse le "bruit physiologique", c'est-à-dire les variations spontanées du paramètre étudié, sont susceptibles d'avoir un retentissement sur la santé.

Médicaments psychotropes
Les modifications du fonctionnement des neurotransmetteurs peuvent retentir sur l'action des médicaments psychotropes. Lai en a montré quelques exemples et déduit que les opioïdes endogènes étaient activés par les RF (Lai, 1992, 1994b).

Commentaire du groupe d'experts  : l'hypothèse de Lai est que l'action des RF sur les opioïdes endogènes serait une interaction précoce ou initiale, à l'origine d'autres réactions biologiques ultérieures en cascade.

Sérotonine
L'activité sérotoninergique est affectée par l'hyperthermie RF (Lai et al, 1984 et Panksepp, 1973 cité par Lai, 1984). Il existe chez l'homme un syndrome d'irritation sérotoninergique qui associe de l'anxiété, des maux de tête, un rougeoiement et un hyperpéristaltisme. Il n'y a pas eu d'autre travail sur les RF et la sérotonine.

Commentaire du groupe d'experts  : ce travail porte sur des puissances élevées. On observe une ressemblance curieuse des symptômes décrits avec ceux d'expositions de faible puissance parfois décrits comme "le syndrome des micro-ondes".

Lésions oculaires
Des médicaments peuvent augmenter l'effet nocif des RF sur l'œil (Kues et al, 1992)

Commentaires du groupe d'experts : les impulsions dans cette étude sont de type radar, avec une durée de 10 µs toutes les 10 ms, ce qui implique que la puissance crête utilisée dans cette étude est 1000 fois supérieure à la puissance moyenne indiquée. Ainsi, le seuil de 0,05 W/kg pour l'observation d'un effet est en réalité obtenu avec un  DAS crête de 50 W/kg. Il est étonnant de retrouver cette étude citée de façon quasiment identique dans le rapport Stewart sans analyse critique : cela incite à penser que certaines contributions externes ont été reprises par le comité d'experts sans vérification des informations fournies.

Modifications du comportement
Le paradigme de blocage de performances sur lequel sont basés les niveaux acceptables de RF dans les limites thermiques, ne prennent pas en compte des effets des micro-ondes sur des processus cognitifs. Sans interrompre complètement les comportements, de tels effets pourraient les modifier (d'Andrea, 1999 ; Silverman, 1973 ; Raslear et al, 1993).

Commentaire du groupe d'experts  : comme pour les fonctions cellulaires, des altérations des processus cognitifs ne sont nocifs pour la santé que si leur mise en oeuvre intervient normalement pendant l'exposition, ou si les effets se prolongent après l'exposition. Dans ce cas, il faudrait alors effectivement revoir les normes actuelles.
Apprentissage et mémoire
Lai et al (1994) ont décrit une diminution de l'apprentissage dans un labyrinthe en étoile. Cet effet était inhibé par un médicament qui stimule l'activité cholinergique.

Commentaire du groupe d'experts : encore une fois, le RF utilisé par Lai est émis sous forme d'impulsions très courtes (2 µs toutes les 2 ms), ce qui se traduit par une puissance-crête 1000 fois supérieure à la puissance moyenne de 0,6 W/kg, soit 600 W/kg crête. On peut tout à fait concevoir des effets de tels rayonnements.

Fonctions cognitives
Preece (1999) a montré une accélération du temps de réaction humain devant une décision à prendre. Cette accélération était d'autant plus importante que la puissance était élevée.

Commentaire du groupe d'experts  : la référence citée par Sage ne correspond pas à celle à l'étude qu'elle décrit. Il n'y avait un effet significatif qu'avec les téléphones analogiques, qui ont effectivement une puissance plus élevée que les GSM. Ceci indique plus un seuil qu'une relation dose-effet telle que le suggère Sage.

Sommeil
Une diminution du sommeil paradoxal (période de rêve) a été publiée par Mann et al (1996).

Commentaire du groupe d'experts  : cet effet n'a pas été confirmé par la même équipe dans 2 études ultérieures : Wagner et al (1998) et Röschke et al (2000), ni retrouvé de façon identique par d'autres équipes (Borbely, 2000).
 

ANALYSE DE L'ARTICLE DE J.M. ELWOOD
A critical review of epidemiologic studies of radiofrequency exposure.
Environ. Health Perspect.  1999, 107(supp1), 155-168

 Cet article a été soumis à la revue EHP en 1998 ; il effectue une revue critique des études épidémiologiques publiées entre 1988 et 1998 sur le risque de cancer en lien avec l'exposition aux RF. La gamme des RF considérée s'étend aux ondes radar, radio et télévision, dans le voisinage d'émetteurs, ou dans le cadre de diverses professions de l'électronique et des télécommunications. Les premières publications relatives à la téléphonie mobile sont concomitantes. Cet article présente donc l'intérêt d'englober des expositions professionnelles ou environnementales aux RF autres que celles liées à la téléphonie mobile.

 L'auteur appartient à un centre universitaire de recherche sur le cancer en Nouvelle Zélande, et a effectué cette revue de la littérature à la demande de Telecom New Zealand. Le journal EHP est l'un des plus prestigieux dans le domaine des sciences de l'environnement et de la santé ; publication du National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS), il rapporte des travaux scientifiques expérimentaux ou épidémiologiques.

 L'auteur regroupe les travaux analysés en quatre catégories : les investigations de 'clusters' (cas agrégés) – 4 publications originales -; les études au sein de la population générale exposée aux émissions radio, télé et autres champs semblables (5); les études de cohorte concernant des expositions professionnelles (5) ; les études cas-témoins, au nombre de 6. Les articles considérés ont été identifiés par une recherche sur la base de données Medline ou dans des revues antérieures. Après une description de chaque étude, et notamment des conditions d'estimation des expositions des personnes ou des populations, les principaux résultats sont présentés de manière tabulée par catégorie de travaux, ce qui en permet une comparaison. Enfin, Elwood reprend l'ensemble de ces informations en les soumettant à une grille d'interprétation inspirée des critères de causalité de B Hill.

Investigations de clusters.
De temps à autre, des cas de maladies rares se présentent de manière groupée dans le temps et/ou l'espace. Ces phénomènes, souvent dus au hasard, doivent être explorés attentivement pour tenter d'identifier des caractères communs aux cas ; il est admis aujourd'hui que ces agrégats permettent de soulever des hypothèses sur des facteurs de risque, mais n'autorisent pas à conclure sans que soient mises en œuvre des études spécifiques à visée explicative. Trois 'clusters' de cancers au voisinage de sources de RF ont été publiés.
Au voisinage d'un émetteur radio à Hawaï, 12 enfants ont présenté une leucémie aiguë, initiant une étude cas-témoins ; parmi le enfants résidant à moins de 4,2 km, un excès (non significatif) de cancers a été suggéré, mais le faible nombre de cas a conduit les auteurs à conclure que l'agrégat avait sans doute été le fruit du hasard. Une situation similaire a été explorée parmi 340 policiers américains équipés de revolvers radar ; les 6 cas de cancers des testicules n'ont pu être reliés à l'exposition. Un autre agrégat a été exploré au voisinage d'un émetteur radio-télé près de Birmingham, en Grande Bretagne, en considérant l'ensemble des cas de cancer survenus pendant 12 ans dans un cercle de 10 km autour de la source suspectée. Un excès de leucémies de l'adulte – mais pas de l'enfant - était suggéré dans un premier rayon de 2 km, par rapport au deuxième cercle, mais cette apparente tendance était due au nombre de cas plus faible qu'attendu dans ce second disque, par rapport à la population générale. Les auteurs ont conclu qu'il n'était pas possible d'imputer les cancers à l'émetteur, mais ont entrepris une étude plus large sur 21 émetteurs RF du pays.

Résidence au voisinage d'émetteurs de radio-télévision
Cinq études ont été publiées sur l'incidence de cancers au sein de la population résidant à proximité d'émetteurs radio ou de télévision. Le cluster de Birmingham a conduit a réaliser, 'à froid' une étude comparative d'incidence de cancers, pendant 12 ans, dans un rayon de 10 km autour de 21 émetteurs britanniques (dans les gammes 430-890 MHz), dont celui ayant déclenché le travail ; cela concernait 3,39 millions d'habitants. L'observation princeps d'excès de leucémies de l'adulte n'a pas été confirmée : le nombre de cas dans le premier rayon de 2 km autour des 20 sites hormis Birmingham était, en moyenne, plus faible qu'attendu, tandis que le risque dans l'ensemble des 10 km était légèrement plus élevé (+3%) qu'attendu. Les résultats variaient cependant selon le type de cancer et d'un site à l'autre, un gros émetteur proche de Londres, exclusivement télévision, montrant quant à lui une tendance décroissante des leucémies de l'adulte avec la distance. Au total, les auteurs considèrent que leurs résultats ne donnent 'au mieux, une très faible indication à l'appui du cluster initial'.
Une autre étude d'incidence a été conduite au voisinage de trois émetteurs de télévision (60 à 500 MHz) au nord de Sydney, Australie. La densité de puissance maximum estimée à 1 km était de 80 mW/m2, et 2 mW/m2 à 4 km. La comparaison a porté sur les cas de cancer de l'enfant ou de l'adulte au cours de la période 1972-1990, selon la distance aux émetteurs (moins de 4 km et de 4 jusqu'à 15 km). Un excès de risque de leucémies a été observé chez l'adulte (RR = 1,18 [0,98-1,42]) et chez l'enfant (RR = 1,58 [1,1-2,3]), mais pas de cancers du cerveau. Ces résultats contrastent donc avec les observations britanniques, malgré des puissances de champs nettement moindres. Ils ne montrent pas de gradient d'effet, et des différences liées aux structures socio-démographiques des populations ne peuvent être exclues. Ce travail a été repris par un autre auteur, qui a étendu l'aire d'étude à d'autres unités territoriales proches ; des mesures de champ ont été faites, montrant des densités de puissance qui variaient de moins de 2,5 W/m2 à 1000 W/m2 au pied d'un émetteur. Si l'une des trois zones les plus exposées montrait, comme dans l'étude initiale, un excès de leucémies de l'enfant, par rapport aux secteurs plus éloignés, deux autres ne le montraient pas, évoquant le rôle possible de facteurs autres que les champs EM.
Dans la région de San Francisco, l'incidence des leucémies, de cancers lymphatiques ou du cerveau parmi les sujets de moins de 21 ans, entre 1973 et 1988, a été analysée, selon la distance à une tour émettrice de télévision, sans montrer d'excès de risque dans un premier cercle de 3,5 km (RR = 0,73). Une autre étude, signalée par l'auteur, est rapportée dans une revue des travaux conduits sur le sujet, mais n'a pas fait l'objet de publication référencée.

Etudes de cohortes rétrospectives professionnelles
Du personnel militaire polonais a été suivi de 1971 à 1985, au moyen de registres indiquant une possible exposition aux RF (principalement des émissions pulsées de 150 à 3 500 MHz, à densité de puissance inférieure à 20 W/m2). Pour l'ensemble des cancers, un excès de risque est calculé chez les militaires ayant encouru une exposition par rapport aux autres autres (RR = 2,1 [1,1-3,6]) ; il est le plus élevé pour les leucémies et lymphomes (RR = 6,3), mais aussi pour certains cancers digestifs (œsophage, estomac, colon et rectum), observation qui n'a jamais été rapportée par ailleurs. Aucun excès n'est montré pour le cancer des bronches. L'information relative aux expositions pourrait avoir été biaisée, selon Elwood, au moment de l'exploration plus attentive des facteurs de risque de cancer dans les hôpitaux militaires ayant pris en charge les malades.
Plus tôt, une étude avait été conduite parmi 20 000 personnels de transmissions radar de la marine américaine, et comparés à 20 000 autres marins ayant eu une moindre exposition, entre 1950 et 1954 ; plusieurs classes d'exposition ont été définies selon les définitions des postes de travail. La mortalité pour cancer a été appréciée en 1974. Elle ne différait pas entre les groupes, pas plus que pour les catégories particulières de cancers digestifs, de leucémies ou de lymphomes. En revanche, la mortalité était plus forte pour les cancers du poumon, avec un gradient selon l'importance de l'exposition.
Une cohorte de radio amateurs hommes des Etats de Californie et de Washington a été étudiée, pour diverses localisations de cancers survenus entre 1979 et 1984. Pour l'ensemble des cancers, la mortalité était plus faible qu'attendu, mais elle était plus forte pour l'une des 9 formes de leucémie considérées :  la leucémie myéloïde aiguë, ainsi que pour la catégorie 'autres cancers lymphatiques'. Malheureusement, trop peu d'informations sont disponibles sur les expositions des sujet qui, dans leur activité ou lors professions (souvent des métiers en lien avec l'électronique), pouvaient encourir des expositions chimiques ou physiques autres. Cela ne permet pas une interprétation valide de ce travail.
Une cohorte de 2600 opératrices radio et télégraphe de la marine marchande norvégienne, actives entre 1920 et 1980, a fait l'objet d'une étude d'incidence des cancers. Un léger excès de risque a été observé pour l'ensemble des cancers (RR = 1,2 [1,0-1,4]), ainsi que pour les tumeurs malignes du sein (1,5 [1,1-2,0]) et de l'utérus (1,9 [1.0-3,2]). Les leucémies, lymphomes et cancers du cerveau n'avaient pas une incidence plus élevée que dans la population de référence (non spécifiée dans la revue de Elwood). Une étude cas-témoins a été nichée dans cette cohorte. La concordance de l'excès de cancers du sein et de l'utérus, en l'absence d'excès pour d'autres formes de cancer dont le lien avec les RF a été parfois montrée, est suggestive d'un rôle de facteurs reproductifs, mais cet excès demeure après prise en compte de l'âge au premier enfant des femmes. Quelques mesures des champs EM effectuées sur des vaisseaux encore équipés de vieux appareils radio a montré des valeurs de champ magnétique (>8MHz) excédant les limites d'exposition professionnelles.
La dernière cohorte étudiée, considérée par l'auteur comme la plus valide sur le plan méthodologique, est constituée d'agents de compagnies d'électricité canadiens et français. Un ensemble de 2679 cas incidents de cancers de tous types a été recensé, ce qui a permis une analyse de type cas-témoins nichée dans la cohorte. L'exposition a été caractérisée par des matrices emploi-exposition, et par des mesures de champs électrique au poste de travail de 1300 travailleurs, pendant 1 semaine, en 1991 et 1992. Les classes d'exposition élevées correspondaient à des champs électriques supérieurs à 200 V/m dans la bande 5-20 MHz, mais pouvait aussi comprendre des champs de 150-300 MHz et des RF (transmissions radio). Un excès de risque 'tous cancers' a été observé (RR = 1,39 [1,05-1,85]), ainsi que pour le cancer bronchique (après ajustement sur le tabagisme et une vaste gamme d'autres facteurs de risque). En revanche, aucune association n'a été montrée avec les cancers rapportés ailleurs avec les CEM (leucémies, lymphomes, cancers du cerveau et mélanomes). Elwood note que les champs EM considérés dans cette cohorte sont, pour l'essentiel, éloignés des gammes de RF.

Etudes cas-témoins
La mention spécifique de RF a été retrouvée dans 6 études cas-témoins. Des personnels de la US-Air Force employés de 1970 à 1989 et qui ont développé un cancer du cerveau ont été comparés à 4 témoins (même arme, âge et catégorie ethnique). L'exposition professionnelle a été caractérisée au moyen de matrices emploi-exposition définies par un groupe. En plus d'une association très forte, et inexpliquée avec le rang hiérarchique, un discrète relation a été observée avec l'exposition aux RF (RR = 1,39 [1,01-1,90]). Une limite de cette étude est le fait que n'ont pas été inclus des agents ayant quitté l'armée, ce qui peut introduire un biais de sélection.
Dans trois régions des Etats Unis, des cas de cancer du cerveau mortels (hommes blancs de plus de 30 ans) ont été comparés avec des témoins (même âge et zone de résidence) décédés d'affections autres que ce cancer, épilepsie, accident vasculaire cérébral, mort violente. Un proche a été interrogé sur les expositions professionnelles (taux de réponse inégal selon les cas et témoins : 74% et 63%). Les emplois ont été classés selon l'exposition potentielle aux RF. Le risque de cancer était lié aux emplois 'exposés' (RR=1,6) parmi les seuls agents d'industries électriques et électroniques, mais pas parmi ceux actifs dans d'autres branches professionnelles (RR=1,0). Cela suggère que le facteur de risque serait plus dû à d'autres caractères des emplois que les RF (solvants, vapeurs…).
Les facteurs de risque du cancer du testicule ont été explorés chez 271 cas de 18 à 42 ans et 259 témoins, dans 3 hôpitaux (dont deux militaires). La catégorie d'emploi et la déclaration des sujets ont servi à classer l'exposition aux micro-ondes et autres ondes radio. Les résultats sont incohérents, avec des excès de risque lorsque l'exposition est fondée sur les déclarations, mais pas selon l'intitulé d'emploi ; les emplois considérés comme les plus exposés aux RF étaient associés à un risque faible (RR = 0,8).
Des facteurs de risque de l'incidence du cancer du sein de l'homme, affection très rare, ont été étudiés chez 227 cas et 300 témoins dans 10 régions des Etats-Unis. Avoir travaillé dans un emploi impliquant des RF définissait l'exposition. Si les risques observés étaient plus élevés parmi les électriciens, poseurs de lignes téléphones et agents d'installations de production d'électricité, il n'était pas significativement accru parmi les travailleurs des secteurs radio et télécommunications (OR = 2,9 [0,8-10,0] ; pour 7 cas). Les taux de participation à l'étude sont décrits comme faibles par Elwood, qui considère ce travail comme préliminaire.
Les facteurs de risque de la mortalité féminine pour cancer du sein, entre 1984 et 1989 dans 24 Etats des Etats-Unis, ont fait l'objet d'une étude cas-témoins, sur un total de 33 000 cas et 117 000 témoins. Les seules données disponibles sur l'exposition étaient dérivées des certificats de décès, qui ont permis de classer les femmes selon des matrices emploi-exposition. A côté de diverses expositions potentielles à des substances chimiques (styrène, solvants chlorés…), le probabilité d'exposition aux RF a été estimée, et catégorisée en 4 groupes, selon un gradient. Si, par rapport au groupe non exposé, les classes 1 et 3 d'exposition sont suggestives d'un effet ( OR moyen = 1,14 et 1,15 respectivement), la classe intermédiaire ne montre pas d'excès de risque (OR = 0,95). Les auteurs concluent que 'les investigations ne montrent pas d'association avec des rayonnements ionisants ou non ionisants'.
L'effet des RF sur le risque de mélanome intra-oculaire a été étudié à partir de 221 hommes blancs d'un hôpital de San Francisco, et 447 témoins de la même aire géographique. De nombreux facteurs d'exposition professionnelle ont été explorés, par catégorie de métier ; seuls ceux s'étant avérés associés au cancer ont été rapportés, ce qui ne permet pas d'apprécier la possibilité d'associations fortuites. Une association a été mise en évidence avec une exposition aux micro-ondes et aux ondes radar (OR = 2,1 [1,1-4,0] sur 21 cas exposés). Ce résultat ne figure pas dans le résumé écrit par les auteurs qui signalent, par ailleurs, la possibilité de biais de mémoire dans ce type d'enquête.

 Elwood rapporte d'autres études pouvant présenter un intérêt pour le sujet. L'une concerne la comparaison du taux de dommages des chromosomes parmi 38 employés de Telecom Australia, technicien lignards ayant une exposition voisine de ou inférieure aux valeurs limites professionnelles, pour des fréquences de 400 à 20 000 MHz, et 38 agents de bureau non exposés. Pratiqués en aveugle, les examens biologiques ne montrent aucune anomalie de la division cellulaire parmi 200 métaphases pour chaque sujet examiné (OR de cellules montrant une aberration = 1,0 [0,8-1,3]). Deux autres données sont évoqués, mais si évasivement qu'il n'est pas possible de les interpréter.

 Au terme de se revue, l'auteur récapitule les observations et les soumet au crible des critères de causalité de Hill. Cela le conduit à conclure que les études individuelles  sont faibles sur le plan méthodologique, tout particulièrement pour ce qui est de la caractérisation des expositions, ce qui ne permet pas de les interpréter clairement en terme de relations cause-effet. « L'impression majeure est que ces études sont incohérentes. Aucun type de cancer n'est relié de manière cohérente avec l'exposition aux RF ».
 

L'avis du groupe d'experts sur l'article : Les travaux considérés dans cette revue ne concernent pas directement l'exposition aux RF liée aux téléphones mobiles et à leurs stations de base. Les gammes de fréquence ainsi que les conditions d'exposition sont sensiblement différentes. Cependant, ces études sont a priori pertinentes, en ce qu'elles pourraient permettent de mettre en lumière des catégories de cancers auxquelles il faudrait particulièrement porter attention dans des études épidémiologiques spécifiques sur la téléphonie mobile.
Les renseignements apportés par Elwood pour apprécier la qualité des études originelles sont très variables quant à leur précision. Il y a parfois une certaine confusion entre la présentation des études et leur critique, ce qui n'en facilite pas la lecture 'objective'. Malgré cela, on doit convenir avec lui que le message véhiculé par cette série de travaux est loin d'être convaincant.
 

Les articles scientifiques récents

Cette section présente, de manière synthétique, les résultats des travaux publiés après l'achèvement des rapports de synthèse discutés plus haut. Ces derniers n'ont donc pas pu les prendre en considération.  Les travaux sont regroupés en deux parties : a- les articles à caractère général ainsi que les travaux expérimentaux ; b- les travaux de type épidémiologique, relativement nombreux au cours de la période récente. Chaque paragraphe expose un article de manière critique. Au terme de cette revue, le groupe d'experts exprimera son jugement d'ensemble sur ces articles récents, en les mettant en perspective par rapport au corps de connaissances déjà rassemblé dans les synthèses exposées plus haut.

Articles généraux et travaux expérimentaux

Non-thermal heat-shock response to microwaves
David de Pomerai, Clare Daniells, Helen David, Joanna Allan, Ian Duce, Mohammed Mutwakil, David Thomas, Phillip Sewell, John Tattersall, Don Jones, Peter Candido. Nature, 25 May 2000.

 Un court article vient d'être publié dans la prestigieuse revue Nature, décrivant les résultats obtenus par des équipes anglaises et canadiennes sur des petits vers de terre appelés nématodes, de l'espèce Caenorhabditis elegans. Ces animaux ont été exposés à des micro-ondes à bas niveau. L'objectif de l'étude était de détecter indirectement l'expression de protéines de choc thermique (HSP) causée par l'exposition. Ces protéines sont fabriquées quand l'organisme est soumis à des agressions telles que la chaleur ou un produit toxique. Les protéines peuvent être endommagées dans les cellules et les HSP sont là pour servir de chaperon aux protéines pour maintenir ou rétablir leur structure tridimensionnelle.
 Les auteurs ont construit des nématodes transgéniques afin de pourvoir suivre expérimentalement la production des HSP. Ils ont donc préparé deux souches qui portent des gènes "reporter" (qui expriment des gènes facilement détectables : ceux de l'enzyme ß-galactosidase et d'une protéine fluorescent dans le vert). Ces gènes reporters sont régulés (exprimés à la suite de l'expression des gènes promoteurs hsp).
  Les vers ont été exposés pendant une nuit à des micro-ondes CW à 750 MHz dans une cellule TEM qui est l'un des systèmes d'exposition les plus usité pour les cellules en culture. Au cours de plusieurs expériences faites à des températures croissantes dans un incubateur standard, il a été constaté que les vers exposés réagissaient très différemment des vers contrôles : l'activité de l'enzyme ß-galactosidase augmentait rapidement avec la température de l'incubateur, comme s'ils étaient chauffés par les micro-ondes. Il y avait une différence de 3°C entre les deux lots (cf. annexe 3). Or, le DAS était estimé à 1 mW/kg ce qui correspond à un échauffement infime.
  Afin d'expliquer leurs observations, les auteurs ont proposé trois hypothèses : 1) une action des micro-ondes sur les liaisons qui maintiennent les protéines dans leur structure de repliement, 2) une production d'espèces réactives de l'oxygène, et 3) une action sur les processus de transduction du signal.
 En fait, aucune des ces "explications" n'a de fondement expérimental (ni même théorique) à l'heure actuelle. Néanmoins les auteurs vont les tester à l'aide de ce modèle simple et rapide. Aujourd'hui, ces résultats, qui sont intéressants et doivent être reproduits, ne peuvent être extrapolés en termes de santé publique. Pourtant, les auteurs suggèrent sans ambages que les limites d'exposition devraient être revues si de tels effets biologiques non-thermiques existent ; audacieux raccourci du vers de terre à l'homme...
 

Mobile-phone type electromagnetic fields do not influence genetic stability in yeast.
Gos P., Heyer W.D., Kohli J., and Eicher B. (1999). In: Proceedings of the Second World Congress for Electricity and Magnetism in Biology and Medicine, Bologna, Italy, June 1997, F. Bersani, Ed.

A la suite des travaux du groupe de Grundler et Kielman sur les effets d'ondes millimétriques sur des levures, le groupe de Gos à Berne a tenté sans succès de répliquer ces expériences. Plus récemment, une étude financée par le FGF et Swiscom été réalisé par ce même groupe. Il s'agissait de déterminer les effets éventuels sur le même modèle de micro-ondes de type GSM 900. Des cultures de Saccharomyces cerevisiae ont donc été exposées en champ lointain à 900 MHz (23°C, DAS de 0,13 et 13 W/kg). Les tests pratiqués étaient ceux de mutation inverse et directe en réponse à la canavanine. Aucun effet n'a été décelé.
 

Prenatal exposure to 900 MHz, cell-phone electromagnetic fields had no effect on operant-behavior performances of adult rats.
Bornhausen M., Sheingraber H. Bioelectromagnetics, 2000, 21, 1-9.

 Cet article concerne les possibles effets des champs électromagnétiques radio-fréquence utilisées dans la technologie de la téléphonie mobile sur le développement cérébral. Pour ce faire, des femelles gravides de rats Wistar ont continuellement été exposées au cours de la gestation. Cette exposition a été effectuée avec des radiations de 900 MHz, modulées à 217 Hz, ce qui représente l'exposition de la population la plus fréquemment observée en termes d'exposition aux radiofréquences utilisées en téléphonie mobile Les DAS totaux (corps entier) correspondant à cette exposition étaient compris entre 17,5 et 75 mW/Kg. Les embryons ayant subi ces conditions d'exposition ont ensuite été soumis à des tests destinés à évaluer les facultés cognitives au niveau des facultés d'apprentissage (obtention de nourriture). Ces tests sont décrits comme particulièrement discriminants à partir des deux paramètres que sont la fréquence d'activation du levier et la durée des intervalles inter-réponses.  Les résultats obtenus au cours de ces différents tests en étudiant plus particulièrement ces deux paramètres ont montré que l'exposition in-utero n'avait induit aucun effet mesurable sur la cognition des animaux soumis aux radiations par rapport aux performances des animaux témoins.
 

Biological effects of electromagnetic fields- Mechanisms for the effects of pulsed microwave radiation on protein conformation
Laurence JA, French PW, Lindner RA, and McKenzie DR  Journal of Theoretical Biology, 206: 291-298 (2000).

En Australie, Laurence et coll. ont étudié les effets de micro-ondes pulsées sur l'induction de protéines de choc thermique. L'induction de HSP-70 était observée dans des cellules de souris à la suite de l'exposition à des "bouffées" de micro-ondes à 2450 GHz durant chacune 6 minutes. L'amplitude de l'effet augmentait avec la dose (DAS de 12 à 58 W/kg). Les auteurs disent avoir montré par là que la durée de moyennage de 6 minutes, préconisée par l'ICNIRP, est inadéquate. Ils ont également effectué des simulations du mécanisme à la base de cet effet. L'hypothèse principale est que la synthèse des protéines de choc thermique est déclenchée par l'échauffement transitoire de protéines, sans que la température macroscopique ne s'élève. Ils estiment que le temps de mise en équilibre thermique d'une protéine de 10 nm de diamètre avec son environnement est de 1 nanoseconde après son absorption des micro-ondes, tandis que le temps nécessaire au dépliement de la protéine est de 50 nanosecondes.

Commentaires du groupe d'experts : Plusieurs hypothèses proposées dans cet article sont peu raisonnables, et notamment que la température de l'eau liée aux protéines soit élevée après absorption des micro-ondes sans que la température du bain soit modifiée En effet, l'équilibre entre les deux formes d'eau (libre et liée) est établi quasi instantanément. De même, l'explication de l'existence de « fenêtres » de puissance n'est pas étayée par les observations expérimentales ni par des considérations théoriques (déclenchement incomplet de la réponse au choc thermique). Il est probable qu'une dosimétrie défectueuse est à la base des observations faites dans cet article, les effets étant vraisemblablement de nature thermique.
 

Exposure to pulsed high-frequency electromagnetic field during waking affects human sleep EEG
R Huber, T Graft, KA Cote et al (NeuroReport, 2000, 11, 3321-3325)

Des volontaires ont été soumis au champ de téléphones mobiles émis par une antenne planaire d'un côté ou de l'autre de la tête. Après une nuit écourtée, limitée à 4 heures de sommeil, les volontaires ont été exposés pendant une demi-heure en position assise en début de matinée avant de s'endormir à nouveau. Un signal GSM a été émis avec une modulation aux différentes fréquences rencontrées dans les téléphones réels : 2, 8, 217 et 1736 Hz, avec un taux de remplissage de 87,5%. Le DAS local maximum sur 10 g a été calculé à 1 W/kg, correspondant à un DAS moyen sur l'hémisphère du côté exposé de 0,28 W/kg. Les paramètres du sommeil (latences, durées, efficacité, …) n'ont pas présenté de différences significatives. Une différence de 10 à 12% dans la densité de puissance spectrale était significative dans les bandes de fréquence 9,75-11,25 Hz et 12,25-13,25 Hz pendant les 30 premières minutes de sommeil non paradoxal. Cet effet ne prédominait pas du côté exposé.

Commentaires du groupe d'experts : les conditions d'exposition ne sont absolument pas physiologiques. Un effet dans de telles conditions n'a aucune signification qui puisse être rapportée à une situation réelle. Les auteurs justifient ce protocole entre autres sur l'argument que le sommeil de jour était favorisé par la privation nocturne immédiatement antérieure. Quelques nuits d'habituation permettent en général aux volontaires un sommeil correct malgré l'environnement inhabituel. Le principal intérêt de cette étude est de montrer un effet différé par rapport à l'exposition qui laisse envisager un possible effet cumulatif. Cette hypothèse reste à démontrer dans des conditions d'exposition plus physiologiques qui pourraient être une exposition le soir avant de s'endormir.
 

Exposure to electromagnetic fields by using cellular telephones and its influence on the brain.
M. Petrides, Neuroreport, 11 (15), F15, 20 octobre 2000

Cet éditorial de la revue Neuroreport est initié par l'article de Huber et al, publié dans le même numéro (cf la critique de cet article présentée ci-dessus) ; il met ce travail en perspective en rappelant 6 autres articles publiés depuis 1998 sur les effets d'une exposition brève aux RF sur la physiologie du cerveau et certaines fonctions cognitives.
Les mécanismes de ces effets sont encore incertains, mais il a été proposé qu'un effet microthermique au niveau des transmissions synaptiques pourrait jouer un rôle facilitateur des fonctions cognitives. L'éditorial souligne que le effets mis en évidence par Huber et al ne sont plus visibles après une période de sommeil de 3 heures, dont il tire la conclusion qu'en l'état actuel des connaissances, il n'est pas possible que ces manifestations à court terme soient prédictives de conséquences à long terme, à la suite d'exposition répétées. Des travaux nouveaux sont nécessaires pour trancher cette question.
 

Radio-fréquences et génotoxicité.

Un appel d'offre conjoint de la Food and Drug Administration et de l'industrie américaine des téléphones (CTIA) vient d'être lancé pour la réplication et l'extension de deux travaux récents (soumis pour publication) montrant une induction de micronoyaux (test de génotoxicité) après exposition de cellules mammifères à des signaux radiofréquences utilisés en téléphonie mobile. Les conditions dans lesquelles un tel effet est démontré sont néanmoins particulières et appellent à la prudence quant à l'interprétation de ces données.

1- Investigation of DNA damage and micronuclei induction in cultured human blood cells
Hook G.J., Donner M., McRee D.I., Guy A.W., Tice R.R (article accepté dans Bioelectromagnetics )

Les différents signaux de téléphonie mobile étudiés ont une fréquence porteuse d'environ 837 MHz (Analogue, CDMA et TDMA) ou de1900 MHz (PCS) et sont modulés ou non par la voix.
Les cultures de lymphocytes humains circulants (2 donneurs) sont exposés à des DASs de 1 ; 2,5 ; 5 et 10 W/kg pendant 3 et 24 heures.
Les deux paramètres étudiés sont  (i) l'induction de dommage de l'ADN (cassures simple brin de l'ADN, sites sensibles aux alcalis) évalué par le test des comètes : ce test permet la visualisation des dommages sur cellules individuelles après électrophorèse. Une cellule altérée présente la forme d'une « comète » avec l'ADN intact formant la tête, tandis que l'ADN fragmenté ayant migré forme la queue .(ii) l'induction de micronoyaux (MN, fragments chromosomiques ou chromosomes entiers ne migrant pas correctement lors de la division cellulaire) évaluée par le test des micronoyaux après blocage de la cytocynèse (cytokinesis-blocked micronucleus assay). Seules les cellules ayant subi une division cellulaire post-traitement (cellules binucléées) sont considérées, ce qui augmente la sensibilité de ce test (M. Fenech, The in vitro micronucleus test, Mutation Research, 2000).

Dans cette étude, le test des comètes ne révèle aucune induction de dommages de l'ADN quelles que soient les conditions d'exposition. Le test des MN est négatif pour tous les signaux après 3 heures d'exposition. On peut noter que 2 expérimentations seulement ont été réalisées dans la plupart des cas. Les signaux testés à 5 W/kg et 24 heures (TDMA et analogue) induisent des MN dans les lymphocytes (p<0,001, une seule expérimentation). Enfin, tous les signaux (modulés ou non) montrent une capacité à induire des MN après 24 heures d'exposition (p<0,001, deux expérimentations par condition).
D'après les auteurs, cet effet pourrait être dû à un échauffement des cellules, la fourchette de DAS au niveau des échantillons étant très large (7 à 31 W/kg - Guy et al., 1999, Bioelectromagnetics, 20, 21-39). En revanche, aucune hypothèse n'est formulée par les auteurs pour expliquer la négativité du test des comètes dans des conditions pour lesquelles une augmentation significative des MN est détectée.
 

2- The effect of radiofrequency radiation with modulation relevant to cellular phone communication (835.62 MHz FDMA and 847.74 MHz CDMA) on the induction of micronuclei in C3H 10T1/2 cells
Bisht K., Moros E.G., Straube W.L., Roti-Roti J.L (résultats présentés à l'Annual BEMS meeting (Munich, juin 2000) et soumis à Radiation Research)

L'étude porte sur la recherche de l'induction de micronoyaux (MN) dans des cellules C3H 10T1/2 (lignées de fibroblastes de souris) exposées à des signaux radiofréquences utilisés en téléphonie mobile aux USA. Des cellules ont été exposées au signal FDMA (fréquence porteuse : 835,62 MHz) à des DASs de 3,2 et 5,1 W/kg ou au signal CDMA (fréquence porteuse : 847,74 MHz) à des DASs de 3,2 et 4,8 W/kg. L'exposition est isothermique (37 ± 0,3°C) et les temps d'exposition sont de 3, 8, 16 et 24 heures pour les cellules en phase exponentielle de croissance ou en phase plateau (phase G0 du cycle cellulaire). Des radiations ionisantes gamma (137Cs) ont été utilisées comme contrôles positifs. Le test utilisé est le test dit « cytokinesis-blocked micronucleus test » dans lequel seules les cellules binucléées, dont la division est bloquée chimiquement, sont considérées.
Dans les conditions expérimentales de cette étude, ce test se révèle capable de détecter les MN induits dès 0.6 Gy de photons gamma.
Les résultats montrent l'absence de toute augmentation de micronoyaux lorsque les cellules sont exposées au signal FDMA, quelles que soient les conditions de l'exposition. Une exposition inférieure à 24 heures au signal CDMA est également sans effet quels que soient le niveau d'exposition et la phase de croissance cellulaire.
En revanche, on note une augmentation du nombre des MN (cellules binucléées avec micronoyaux et nombre de MN pour 100 cellules binucléées) dans les cellules C3H exposées en phase plateau et pendant 24 heures au niveau le plus élevé (5,1 W/kg). L'augmentation est de l'ordre de 20% et significative (p<0.05, t de Student avec n=6). On peut noter que dans les cellules en phase plateau, l'augmentation de MN de 50% observée après une dose de 0,3 Gy de 137Cs n'est pas trouvée significative (n=3).
 

Physics and biology of mobile telephony
G.J. Hyland , The Lancet , 2000, 356:1833-1836.

Le professeur Hyland de l'Université de Warwick propose dans cet article une théorie concernant les effets de nature non thermiques des ondes des téléphones mobiles. Il rappelle brièvement les données de base sur la téléphonie mobile et sur les effets thermiques. Il aborde ensuite les effets non-thermiques en exposant son hypothèse de base qui est que l'organisme réagit aux ondes modulées car celles-ci peuvent interférer avec les oscillations de certains processus biologiques. La comparaison est faite avec les phénomènes d'interférence rencontrés en compatibilité électromagnétique. Suit une liste d'exemples d'effets observés, tels que :
L'activité épileptique dans des tranches de cerveau de rat, observée par Tattersall (or l'effet est observé aussi bien à 700 MHz GSM que non-modulé…) ;
Les effets d'ondes millimétriques sur la croissance de Saccharomyces cerevisiae, obervés par Grundler en 1992,mais que l'équipe de Gos n'a pas pu répliquer (2000),
Dans tous les résultats choisis, sauf ceux de Repacholi, l'amplitude des effets biologiques est faible et ne correspond pas à des effets sanitaires prévisibles.

Commentaire du groupe d'experts : La démonstration est affaiblie par le choix sélectif des articles de la littérature, puisque les expériences négatives, en particulier de réplication, ne sont pas citées et que les exemples sont pris aussi bien dans les gammes ELF que RF et millimétrique sans que ce soit explicite. Par ailleurs, certaines références citées sont relatives à des travaux non publiés. Ainsi, dans la seconde table, les travaux du groupe de M. Bastide sont cités alors qu'ils ne sont pas publiés et qu'ils concernent les très basses fréquences (ELF).

Devant l'impossibilité de reproduction de certains résultats, l'auteur invoque le caractère « non-linéaire » des phénomènes (chaos, effet « papillon »), pour expliquer que les résultats dépendant tellement des conditions initiales que leur reproduction n'est pas possible ! Il s'agit là d'un argument irrecevable sur le plan scientifique. Les citations de données de type épidémiologique sont également biaisées et la conclusion sur l'épisode fameux de l'irradiation de l'ambassade américaine à Moscou est hors de propos, du point de vue des RF de la téléphonie mobile.

En conclusion, il est très étonnant qu'un journal scientifique tel que The Lancet ait publié cet article qui ne respecte pas dans son contenu ni dans sa forme les règles élémentaires de la communication scientifique.
 
 

Criticism of the health assessment in the ICNIRP guidelines for radiofrequency and microwave radiation (100 kHz–300 GHz)
Cherry N, 2000. http:// LIENHYPERTEXTE http://www.emfguru.com/CellPhone/cherry2/ICNIRP-2.htm www.emfguru.com/ CellPhone/cherry2/ICNIRP-2.htm

Neil Cherry est un professeur de climatologie en Nouvelle- Zélande. Depuis plusieurs années, il milite pour que des limites d'exposition basses aux RF soient appliquées. N. Cherry vient de publier sur Internet une critique sévère des recommandations de l'ICNIRP. L'argument principal de l'auteur est que  l'ICNIRP maintient, contre toute évidence, que les seuls effets biologiques établis et concevables sont de nature thermique, alors que les effets non thermiques devraient être pris en compte dans l'évaluation des risques sanitaires.

Malgré la longueur impressionnante de cette contribution (143 pages), qui se veut couvrir l'ensemble des aspects biologiques et sanitaires du spectre électromagnétique non ionisant, la présentation qui suit est courte, comme pour les autres travaux récents commentés par le groupe d'experts. Quelques exemples tirés du rapport de N. Cherry montrent les faiblesses méthodologiques et théoriques de son argumentation :

N. Cherry explique qu'il existe une augmentation de l'amplitude des effets biologiques avec la fréquence sur toute l'étendue du spectre électromagnétique ('EMR Spectrum Principle'). Il s'agit là d'une hypothèse qui n'est étayée ni par la connaissance des mécanismes, qui dépendent de la fréquence, ni par les résultats biologiques obtenus dans les  diverses gammes de fréquences.
Des études de natures différentes sont rassemblées par l'auteur sans discernement (ainsi, sont considérées globalement les champs ELF et le RF),
Le résultat de l'expérimentation n'est pas toujours pris en compte (négatif ou positif).
Apparaissent souvent dans le rapport des résultats mal résumés ou sur-interprétés.

En épidémiologie, il existe une réelle difficulté à estimer l'exposition aux champs des sujets, spécialement lors d'études rétrospectives, comme cela est le cas pour les études cas-témoins, ou lors d'études de type 'écologique', abondamment commentées par l'auteur. Ceci peut induire une sous-estimation du risque. N. Cherry en conclue que toute indication d'un excès de risque, même non significatif, implique une relation causale. Il fait ainsi une lecture très particulière des critères de causalité proposés par B. Hill, par ailleurs longuement appelé à l'appui de sa thèse. De nombreux travaux analysés par des collèges de spécialistes comme 'non suggestifs' d'une association, ou suggérant une relation dont la causalité est sujette à caution, sont présentés par N Cherry comme démonstratifs.

Cette thèse est une bonne illustration  de la fragilité d'une approche critique isolée, dans un domaine scientifique caractérisé par une grande complexité. Le groupe d'experts a insisté, dès son rapport d'étape, sur la nécessité, dans un tel contexte, de mobiliser des compétences variées sur le plan disciplinaire, ainsi que des points de vue différents sur le sujet traité. Ce besoin de la critique scientifique contradictoire est ici clairement mis en lumière.
 

Travaux épidémiologiques

Epidemiological evidence on health risks of cellular telephones
Rothman KJ. Lancet, 2000, 356 : 1837-1840

Rédacteur en chef de la revue Epidemiology et célèbre épidémiologiste, K Rothman fait le point, pour le Lancet, de l'état des connaissances épidémiologiques sur les risques associés aux RF. Dans une courte introduction, il rappelle certains traits distinctifs de l'exposition aux RF, par rapport aux champs électromagnétiques de très basse fréquence (CEM TBF), domaine qui a fait l'objet de très nombreux travaux épidémiologiques : l'exposition est, tout au moins pour les usagers du téléphone, localisée et concerne des tissus bien identifiés, elle a crû considérablement sur la période récente, survient par courtes périodes (les appels), et peut faire l'objet de mesures indirectes (par les facturations) ou d'estimations directes (les DAS), toutes conditions qui devraient rendre le travail des épidémiologistes plus aisé que dans le cas des CEM TBF.  Cependant, le recul est trop court pour donner des réponses définitives pour certains effets éventuellement différés, d'autant que les technologies ont évolué sur la période récente.
La revue traite en premier lieu du cancer. Les travaux relatifs aux RF liées aux antennes de radio ou de  télévision, ou encore à certains environnements professionnels (radar, branche industrielle de l'électronique…) – 11 articles sont discutés - sont instructives mais de faible valeur pour la téléphonie mobile ; l'exposition au voisinage de stations de base pose, pour K Rothman, « de formidables problèmes » de méthode et il attend peu de résultats concluants de telles études, compte tenu de l'interférence de très nombreux facteurs. Trois études concernant les mobiles sont présentées – dont l'une de l'auteur de l'article – et sont considérées comme non conclusives (des doutes sont exprimés sur l'interprétation des résultats de l'étude de Hardell). Les résultats de 3 autres études sont attendus, dont deux à court terme (études cas témoins achevées) et la dernière dans plusieurs années (le projet Interphone du CIRC).
L'effet le plus manifestement établi par l'épidémiologie (3 articles présentés) est le risque d'accident lors de la conduite automobile, avec des excès de risque de plus de 100 %.
La conclusion de l'auteur est qu'il est trop tôt pour prononcer un verdict sur les risques associés aux téléphones mobiles, notamment sur le cancer. Mais K Rothman, se fondant sur les ordres de grandeur des risques envisagés (pour le cancer du cerveau) ou démontrés (pour les accidents), estime que même si la démonstration devait en être faite, le nombre de cas attendus serait en tout état de cause bien supérieur pour le risque accidentel.
 

Radiofrequency exposure and mortality from cancer of the brain and lymphatic/hematopoietic sustems.
Morgan RW, Kelsh MA, Zhao K, Exuzides KA, Heringer S, Negrete W. Epidemiology, 2000, 11 : 118-127

Une cohorte professionnelle a été suivie de 1976 à 1996, au sein de l'entreprise Motorola, où la probabilité d'encourir une exposition aux RF est plus forte que dans la population générale ; les RF en jeu sont relatives au procès de fabrication d'appareils de télécommunication, et ne sont pas propres à la téléphonie mobile. Cette cohorte totalise, avec 195 775 travailleurs et 2,7 millions de personnes-ans d'observation, la plus grande série disponible à ce jour pour l'étude des RF sur la mortalité. La variable sanitaire étudiée est la mortalité, selon la cause de décès, avec une attention particulière portée au cancer du cerveau, aux lymphomes et leucémies, parmi 14 causes de décès par cancer. Une analyse détaillée de l'histoire professionnelle des agents, grâce aux registres de l'entreprise, a permis de les catégoriser selon le niveau de leur exposition  (nulle -c'est à dire égale à la population générale-, faible, modérée et forte) et sa durée; une étude de validation de la matrice emploi-exposition construite pour l'étude a été réalisée, avec comparaison du classement ainsi opéré à des mesures sur site. Deux systèmes de comparaison de la mortalité ont été adoptés : externe, avec la population générale des 4 Etats américains où sont implantés la majorité des établissements de l'étude (calcul de SMR), et interne, la plus valide, par contraste des catégories d'exposition au sein-même de la cohorte. L'analyse statistique, très élaborée, a permis de prendre en compte différentes latences et l'ancienneté de la présence dans l'entreprise.

Au total, ni les comparaison externes (un fort 'effet du travailleurs sain' est observé, avec un SMR 'tous décès' de 0,66 [IC95%=0,64-0,67)], ni les comparaisons internes (que ce soit selon le niveau, la durée, les modalités -  valeur usuelle, maximum ou cumulée -, l'ancienneté, et la latence de l'exposition) ne suggèrent un rôle de l'exposition aux RF, notamment pour les 3 causes de décès qui ont initié l'étude.

Si cette étude n'apporte aucun argument en faveur d'un risque lié à l'exposition professionnelle aux RF dans cette population, les auteurs soulignent la proportion de personnes classées 'moyennement ou fortement' exposées, qui est modeste (environ 9 %), le faible nombre de sujets décédés (3,2 %), et l'âge relativement jeune du personnel de Motorola, ce qui ne permet pas d'exclure, selon eux, que des effets puissent se produire sur le long terme.

Dans un éditorial de la même revue, RD Owen, le chef de la Radiation Branch de la FDA des Etats-Unis, se félicite de ce travail, qualifié de 'commencement', en rappelant qu'il n'est pas possible, en l'état actuel, d'extrapoler des données d'une gamme de RF à une autre, ni de prédire la présence ou l'absence d'effets à long terme. Il insiste sur le besoin de nouvelles recherches, avec une attention spéciale aux conditions d'estimation des exposition, tant en matière d'expérimentation que dans le cadre d'études épidémiologiques.
 

Case control study on radiological work, medical X-ray investigations, and use of cellular telephones as risk factors for brain tumors.
Hardell L. Med Gen Med, may 2000.

Il s'agit d'une étude cas témoins en population réalisée en Suède concernant divers facteurs de risque de tumeur du cerveau. 209 sujets (hommes et femmes) porteurs d'une tumeur du cerveau (maligne ou bénigne) et 425 témoins ont été inclus dans l'analyse.

Les cas sélectionnées dans le Registre national des cancers proviennent de 2 régions différentes de Suède et ont été inclus entre 1994 et 1996 (sauf pour les tumeurs bénignes qui ne concernent que l'année 1996) ; ils étaient vivants au moment de l'inclusion. Le compte-rendu anatomo-pathologique était disponible pour 197 cas (136 tumeurs malignes et 62 tumeurs bénignes). Les témoins appariés sur le sexe, l'âge et la région ont été tirés au sort dans le Registre national de population.

L'exposition aux facteurs de risque a été évaluée par un autoquestionnaire envoyé à domicile aux sujets (complété par un entretien téléphonique en cas de besoin). Le recueil, le codage des questionnaires et les entretiens téléphoniques complémentaires ont été faits à l'aveugle du statut cas ou témoin. Les facteurs de risque concernaient : facteurs professionnels (profession, exposition aux rayonnements ionisants pour les personnels de santé, expositions chimiques), examens radiologiques, utilisation de téléphone cellulaire.

Les résultats montrent des associations parfois significatives pour certaines professions et avoir subi des examens radiologiques de la tête et du cou (on ne commentera pas les résultats concernant ces facteurs). Concernant l'utilisation d'un téléphone cellulaire, on observe une association significative (OR = 2.62 ; IC : 1.02 – 671), qui persiste après ajustement sur l'ensemble des facteurs de risque, avec la survenue de tumeurs de la zone temporale, occipitale ou le lobe temporo-parietal du côté de l'usage habituel du téléphone par le sujet (zone du cerveau la plus fortement exposée). En revanche, on n'observe pas d'association, ni pour les tumeurs de localisation contro-latérales vis-à-vis de l'oreille habituelle, ni pour l'ensemble des tumeurs quelque en soit le site. Ces résultats sont basés sur 13 cas exposés (10 tumeurs malignes et 3 bénignes) ; 9 cas ont été exposés uniquement à des téléphones de technologie analogique, et 3 à des téléphones de technologie analogique et GSM.

Commentaires du groupe d'experts : il s'agit d'une étude de qualité, très solide pour divers aspects : recrutement des cas et des témoins dans un registre de population, recueil de données à l'aveugle et standardisé, prise en compte des principaux facteurs de risques connus ou soupçonnés de tumeurs du cerveau.
Les principaux arguments en faveur de la causalité sont une association claire, la prise en compte des principaux facteurs de confusion, la qualité globale de l'étude, et surtout le fait que l'excès observé corresponde à la localisation a priori la plus à risque sans être retrouvé pour des localisations plus éloignées de l'exposition, conférant ainsi une bonne vraisemblance biologique au résultat positif observé.
Les principales limites sont le faible nombre de cas exposés sur lesquels les résultats reposent (bien que l'étude soit globalement de bonne taille) ; de ce fait, il n'était pas possible de prendre en compte l'analyse de relations exposition-effet, ni des aspects temporels de l'exposition, ni la forme histologique des tumeurs. Le caractère homo-latéral de la localisation du cancer, par rapport à l'utilisation déclarée du téléphone est frappant, mais il est tout à fait possible, compte tenu des conditions de l'étude, qu'il s'agisse d'un artefact de déclaration.
En conclusion, cette étude apporte des arguments en faveur de l'hypothèse causale, mais reste malgré tout trop limitée pour aller plus loin dans ce sens ; en particulier, l'existence d'un biais de déclaration quant au côté habituel d'utilisation du téléphone, ne peut être exclue. L'étude se poursuit, et il sera évidemment intéressant d'avoir d'autres résultats, et de les confronter alors avec les autres études publiées sur le sujet.
 

Handheld cellular telephone use and risk of brain cancer
JE Muscat, MG Malkin, S Thompson, RE Shore, SD Stellman, D McRee,  AI Neugut, EL Wynder, JAMA, 284 (23), 3001-3007.

Cet article très attendu (il avait été présenté en juillet 2000, par G. Carlo - lequel avait contribué à son financement par le WTR - comme « étant suggestif d'un risque de cancer du cerveau », en particulier de site homolatéral à l'usage du téléphone mobile, comme tendait à le montrer le travail de Hardell en 1999), a été publié mi-décembre. Il présente les résultats d'une enquête cas-témoins conduite entre 1994 et 1998 dans 5 établissements hospitaliers universitaires de la côte Est des Etats-Unis, sur 469 sujets (de 18 à 80 ans) atteints d'un cancer du cerveau et de 422 témoins appariés. L'exposition aux ondes associées aux mobiles a été caractérisée par questionnaire, et mesurée par le nombre d'heures d'utilisation mensuelle, et le nombre d'années d'usage.

Comparé aux non-utilisateurs, et après ajustement sur divers facteurs de confusion, l'usage du téléphone mobile se traduit par un 'Odds Ratio' (OR, mesure usuelle de « l'excès de risque ») de 0,85 (IC95% : 0,6-1,2) ; la durée moyenne d'utilisation était de 2,8 ans chez les cas contre 2,7 chez les témoins. Le caractère homo- ou contro-latéral du site du cancer, chez les cas, dépendait de la région du cerveau atteinte.  Tous les types histologiques de cancer montraient des OR inférieurs à 1, sauf une forme rare, les neuro-épithéliomes (OR=2,1 [0,9-4,7]).

Les auteurs concluent de ce travail qu'il ne montre pas d'excès de risque de cancer du cerveau en lien avec l'usage d'un mobile, tout en considérant que des études sont encore nécessaires pour pouvoir prendre en considération, éventuellement, des durées d'induction qui seraient plus longues.
 

Cellular telephone use and brain tumors.
PD Inskip, RE Tarone, EE Atch, TC Wilkosky, WR Shapiro, RG Selker, HA Fine, PM Black, JS Loeffler, MS Linet. New England Journal of Medicine, 2001, 344 : 79-86 (mis sur internet le 19 décembre 2000).

Cette autre étude cas-témoins a été conduite entre 1994 et 1998 auprès de 782 sujets atteints de tumeurs intra-crâniennes (cancers du cerveau, méningiomes et neurinomes du nerf acoustique) et de 799 témoins victimes d'affections non tumorales, appariés (zone de résidence, âge et sexe), dans trois villes des Etats-Unis. Cette série est la plus grande disponible à ce jour.

L'usage d'un mobile pendant au moins 100 heures cumulées n'est pas associé à la présence d'une tumeur (OR= 1,0 [IC95% = 0,6-1,5] pour l'ensemble des formes de cancer, résultat qui varie selon cette forme, mais qui reste toujours non significatif sur le plan statistique, après prise en compte de divers facteurs de confusion). Les auteurs n'ont pas trouvé de relation entre la présence d'un cancer et l'intensité de l'usage (plus de 60 minutes par jour ou plus de 5 ans), non plus qu'entre cet usage et le côté de la tumeur.

Comme pour l'article précédent, les auteurs concluent que si leur étude ne montre pas de lien entre l'usage d'un mobile et l'apparition d'une tumeur du cerveau, elle ne permet pas de se prononcer sur les conséquences d'une exposition à long terme (8 % des sujets seulement avaient commencé à utiliser un mobile avant 1993).

Dans un éditorial de la même revue, deux sommités de l'épidémiologie du cancer considèrent que ce travail devrait être considéré comme rassurant, car il tend à confirmer d'autres publications sur le même sujet, et est cohérent avec la faiblesse des observations empiriques et l'absence de fondement théorique pour des effets carcinogènes d'origine non thermique.
 

Prevalence of headache among handheld cellular telephone users in Singapour : a community study.
Chia, S-E, Chia H-P, Tan J-S. Environ. Health Perspective, 2000, 108 : 1059-1062

Une étude épidémiologique transversale a été réalisée dans un échantillon aléatoire d'habitants d'un  quartier de Singapour, dans le but de comparer la prévalence de divers signes subjectifs (maux de tête, étourdissements, fatigue, perte de mémoire…) selon l'usage fait de téléphones mobiles (TM). Dans cette population, constituée de 808 hommes et femmes de 12 à 70 ans, l'usage d'un TM est très fréquent (44,5 %). Une attention particulière a été portée à la maîtrise de biais de sélection et de déclaration des troubles. Seuls les maux de tête sont associés significativement à l'usage d'un TM (OR = 1,31 [IC95% : 1,00-1,70]), avec une prévalence croissant selon la durée d'usage déclarée (jusqu'à 1 h par jour). Fait remarquable, les utilisateurs d'un TM déclarent  moins de maux de tête s'ils sont équipés d'une oreillette mains-libres (41,7% si l'usage est constant, 54,4 % irrégulier, et 65,4 pour les non utilisateurs d'une oreillette). Les auteurs envisagent deux hypothèses étiologiques : les effets des ondes RF sur la barrière hémato-encéphalique et sur le système dopamine-opioïdes. Malgré les limites des études transversales, notamment la difficulté d'établir la séquence temporelle entre les facteurs étudiés, ce travail est en faveur d'un rôle des RF sur les maux de tête dans une population générale non sélectionnée. Il reste à vérifier que le contexte de la région étudiée (densité du rayonnement électromagnétique, bruit, pollution atmosphérique…) rend ces résultats extrapolables à d'autres situations. On remarquera que le taux de prévalence de maux de tête déclarés dans cette population est très élevé ; ainsi, par exemple, au sein de la cohorte GAZEL (40-60 ans), en France, les taux (prévalence au cours des 12 mois) sont de l'ordre de 15-20 % chez les hommes et de 33-38 % chez les femmes.
 

The Possible Role of Radiofrequency Radiation in the Development of Uveal Melanoma.
Andreas Stang, Gerasimos Anastassiou, Wolfgang Ahrens, Katja Bromen, Norbert Bornfeld, and Karl-Heinz Jöckel. Epidemiology, Volume 12, Number 1, January 2001,

Un très récent article vient d'être publié dans la revue Epidémiology, qui présente les résultats d'une étude cas-témoins réalisée par une équipe Allemande sur la relation entre l'exposition professionnelle à différentes sources de CEM, dont des RF, et l'incidence d'un mélanome uvéal, qui affecte un tissu de l'œil entre la cornée et le cristallin. Sur une série de 118 cas et 475 témoins, un excès de risque associé aux RF est mis en évidence en relation avec les téléphones mobiles (OR = 4.2, IC95% = 1.2-14.5).
Malgré le sérieux de la revue scientifique, le groupe d'experts ne peut se prononcer sur ce travail, n'ayant eu que le résumé de l'article, et non le texte in extenso.
 
 

Conclusion générale du groupe d'experts sur les travaux récents : La littérature récente n'apporte pas d'éléments tranchant nettement d'avec les connaissances disponibles précédemment

Les publications relatives aux travaux de type expérimental précisent ce qui était déjà décrit concernant l'effet d'une exposition sur certaines fonctions cognitives, chez l'animal comme chez l'homme. S'agit-il d'un effet 'microthermique' ? Des phénomènes hormonaux sont-ils en jeu ? Il est difficile de le dire en l'état actuel des connaissances, comme il est à ce jour impossible de conclure que ces manifestations représentent véritablement des risques pour l'homme, lors d'expositions prolongées et/ou répétées. Cependant, on ne manquera pas de mettre ces résultats en relation avec le travail épidémiologique conduit à Singapour qui suggère de manière convaincante qu'un usage important du téléphone mobile pourrait entraîner des maux de tête. Issu d'un protocole d'étude relativement fruste, un tel résultat doit être confirmé et validé par d'autres approches et dans d'autres circonstances, avant de prendre force d'évidence.

Les publications relatives à l'apparition de micro-noyaux dans des cellules exposées aux RF demandent aussi réplication. Elles ne sont pas les premières à s'intéresser à des expositions de durée relativement longue (24 heures en continu, voire plusieurs jours) ; on notera à cet égard que d'autres études sont 'négatives. Cependant, si des expositions ininterrompues d'aussi longue durée sont peu réalistes dans la vie quotidiennes, elles suggèrent des voies d'exploration de l'effet d'expositions répétitives, dont l'effet cumulé est incertain ; des travaux sont d'ailleurs en cours dans ce domaine.

Les travaux épidémiologiques concernant le risque de tumeurs crâniennes sont concordants et n'autorisent pas à conclure à un rôle des RF dans l'apparition de ces formes de cancer, dans les conditions de ces observations, c'est à dire après des périodes d'induction relativement courtes (5 à 6 ans au maximum). Si ces résultats sont rassurants, ils ne permettent pas d'exclure des effets à long terme. Mais ils ne donnent aucune indication en leur faveur.
 

Les enfants et l'exposition aux RF associées à la téléphonie mobile

Le rapport dirigé par W. Stewart a recommandé que l'usage de téléphones mobiles par les enfants (de moins de 16 ans) soit découragé, sauf en cas de besoin essentiel. Cet avis s'appuie sur les principaux arguments suivants :
la dose d'exposition reçue par le crâne d'un jeune enfant serait supérieure à celle reçue par un adulte, à puissance égale d'émission du mobile ;
la sensibilité des enfants à des agents extérieurs serait supérieure à celle des adultes,
l'exposition cumulée des enfants serait, dans le futur, supérieure à celle des adultes, en raison de l'irruption récente de la téléphonie mobile.

Le groupe d'experts a également étudié cette importante question.

Concernant le rayonnement absorbé par la tête d'un enfant, laquelle est de plus petite dimension, les faits ne sont pas clairement établis à l'heure actuelle. Un travail de l'équipe de Gandhi (1996), de l'Université de l'Utah, avait conclu que le DAS reçu par le crâne d'un enfant de 5 ans était 3,3 fois supérieur à celui reçu par un adulte, ce ratio étant de 2,2 pour un enfant de 10 ans, pour une fréquence de 835 MHz, mais sans différence à 1900 MHz. En 1998, Schönborn et al font une nouvelle étude de modélisation et de simulation, aux mêmes fréquences, mais avec des fantômes de crâne plus représentatifs de ceux des enfants (respectivement 3 et 7 ans), et contredisent les résultats de Gandhi et al. Parmi les critiques formulées à l'encontre du travail initial, ces auteurs indiquent en effet que les modèles de crâne utilisés n'étaient que des réductions proportionnelles de ceux d'adultes, ce qui ne correspond pas à des crânes d'enfants. D'autres auteurs (Kuster et Balzano [1992], Hombach et al [1996], et Meier et al [1997] vont dans le même sens que Schönborn et al. Un autre travail, sur lequel semble s'appuyer Stewart,  a été réalisé sur des rats de différents âges (Peyman et al 2000), montrant des différences de constantes diélectriques du cerveau, des glandes salivaires et de la masse musculaire, entre des jeunes rats de 10 et 20 jours, mais sans réduction de la conductivité électrique au delà de l'âge de 20 jours. Il est très difficile, à partir de telles données animales (non encore publiées), d'extrapoler ces résultats à la situation des âges dans l'espèce humaine.

Les autres arguments de W Stewart et al sont discutés et développés dans la suite. L'âge à la première exposition est un paramètre pouvant influencer le risque de développer une pathologie à effet différé à long terme. C'est surtout pour le risque de cancer que le problème est posé, mais tout effet différé peut présenter les mêmes caractéristiques. L'épidémiologie des cancers apporte des arguments pour la prise en compte de l'âge à la première exposition, qui peut moduler le risque pour diverses raisons.
Sensibilité différente : pour des raisons tenant au développement (tissus en évolution, …), et à la physiologie (plus grande activité s'accompagnant d'une absorption plus élevée, paramètre dont la pertinence pour les rayonnements des RF n'est pas évidente), les enfants peuvent être plus sensibles que les adultes à l'effet cancérigène d'une exposition. L'exemple peut-être le mieux établi est celui du tabac : plus l'âge de début du tabagisme est faible, plus le risque de cancer du poumon est élevé, toutes conditions d'exposition égales par ailleurs (quantité moyenne, dose cumulée, etc.). On a, cependant, également des contre-exemples : pour l'amiante, tous les résultats disponibles montent qu'il n'existe vraisemblablement pas d'effet de l'âge à l'exposition, le risque étant identique lorsque la première exposition survient dans l'enfance ou à l'âge adulte.
Effets « mécaniques »  du temps : qu'il existe ou non une sensibilité accrue pendant l'enfance, le risque « vie entière » de développer un cancer occasionné par une exposition est d'autant plus important que cette exposition intervient tôt dans la vie. Ceci est du à la conjonction de deux phénomènes qui vont dans le même sens : (i) globalement, plus l'exposition est précoce et plus l'exposition cumulée vie entière sera élevée (si cette exposition est continue : ceci évidemment n'est pas vrai si l'exposition cesse ou diminue avec le temps) : or, le paramètre pertinent pour la quantification du risque dans le domaine du cancer est en règle le niveau d'exposition cumulée ; (ii) plus l'exposition est précoce et plus le temps « disponible » pour développer un effet lié à cette exposition est élevé, et ceci d'autant plus que le temps de latence entre exposition et occurrence de l'effet est long. Par exemple, le risque de développer un mésothéliome de la plèvre est quasiment nul si on est exposé à l'amiante, même de façon très intense, à partir de l'âge de 80 ans, le temps de latence moyen étant de 35 ans environ : on sera probablement décédé avant d'avoir eu le temps de développer un mésothéliome ; inversement, si l'exposition est précoce, le risque sera d'autant plus élevé, alors même qu'il ne semble pas exister de sensibilité intrinsèque pour les enfants, comme cela est rappelé plus haut.

A ces arguments, il est fondé d'opposer que l'hypothèse sur lesquels ils reposent est que l'exposition sera continue dans le temps. Or, s'agissant des technologies des radiocommunications, il est clair que les rayonnements unitaires ont tendance à baisser, en particulier le téléphone mobile va rapidement quitter la proximité de la tête (cf le paragraphe sur les évolutions technologiques dans le chapitre II) ; la multiplication des sources de rayonnement dans notre univers quotidien pourrait en revanche compenser cette évolution favorable.

Ces différentes données conduisent le groupe d'experts à recommander une attitude « d'évitement  prudent », sans considérer que les données scientifiques actuelles justifient des mesures réglementaires contraignantes.
4- Les auditions d'experts
Les auditions des personnalités des milieux scientifiques, administratifs, associatifs ou industriels se sont déroulées au cours de deux séances plénières du groupe d'experts, les 27 octobre et 23 novembre, au Ministère des Affaires Sociales. Chaque entretien se déroule en deux parties. Dans un premier temps, l'intervenant est invité à présenter ses réponses aux questions que le groupe d'experts lui a adressées par courrier en septembre. Dans un second temps, est organisée une discussion avec les membres du groupe d'experts. Enregistrés, ces entretiens ont été retranscrits puis soumis pour validation à chaque personnalité invitée.
Trois auditions se sont déroulées différemment de ce format : George Carlo, qui fut le directeur du programme de recherche WTR aux Etats-Unis, a répondu au groupe d'experts lors d'une conférence téléphonique le 23 novembre en soirée ; Marc Séguinot, représentant  la DG SANCO de l'Union Européenne, a rencontré le groupe d'experts le 14 décembre 2000. Dans ces deux cas, les entretiens n'ont pu être retranscrits, et le compte-rendu qui en est fait est plus synthétique. Philippe Quenel, responsable du Département Santé-Environnement de l'InVS a répondu par courrier aux questions qui lui avaient été posées sur la surveillance des possibles effets sanitaires associés à la téléphonie mobile. Par souci de cohérence, cette contribution, dont le groupe d'experts endosse le contenu, est placée dans le chapitre relatif aux recommandations de recherche et d'études (chapitre VI). Enfin Monsieur Roger Santini de l'INSA de Lyon sollicité pour exprimer son point de vue, a fait savoir par courrier en date du 5 septembre 2000, qu'il ne jugeait pas nécessaire de venir exprimer son avis devant le groupe d'experts. Cette section comporte aussi la réponse donnée, par Laurent Bontoux, de la Direction générale de la recherche de la Commission européenne, au courrier qui lui a été adressé sur les orientations de recherche en matière de RF et santé.



 
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